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Aude WTFake
© aude WTFake

Une rédaction collaborative en ligne ? La journaliste youtubeuse Aude WTFake fait le pari

Le 23 juin 2020

La journaliste spécialisée dans le debunkage de fake news et de théories du complot tente de réunir 9 000 euros par mois pour lancer une nouvelle rédaction.

Peut-on lancer un média en ligne indépendant et totalement financé par une communauté ? C’est la question que pose actuellement la journaliste Aude Favre, créatrice de la chaîne YouTube Aude WTFake en lançant un appel aux dons sur les réseaux. Spécialisée dans le debunkage de fake news et de théories du complot la journaliste tente de pérenniser son projet de rédaction collaborative intitulé WTFake Academy.

Enquêtes participatives

Lancée au début du confinement, la WTFake Academy avait pour objectif d’être un exercice de journalisme collaboratif tourné autour des fabricants de fake news français. Avec sa communauté de 1 000 internautes qu’elle anime sur un serveur Discord, Aude Favre réunissait le plus de sources possibles sur des personnages ou des théories qui ont émergé pendant la crise sanitaire. Au fur et à mesure de l’enquête, la journaliste réalisait des vidéos live dans lesquelles elle racontait ces trouvailles collectives.

« Outre le format du live qui s’est imposé pendant le confinement, je voulais faire participer ma communauté au métier de journaliste, explique-t-elle. J’en avais marre que certains haters me critiquent, disant que je menais mes enquêtes par-dessus la jambe. J'ai donc voulu montrer la montagne de travail que représente le journalisme d’investigation avec son lot de recherches, d’impasses ou de fausses pistes. »

Les participants ont notamment travaillé sur Jean-Jacques Crèvecoeur, un gourou en ligne qui manipule ses audiences pour leur faire croire que le Covid-19 permettrait d'imposer la vaccination et l'installation d'antennes 5G, ou bien encore sur le médecin Raymond Rife qui aurait trouvé un remède universel contre le cancer à base d’ondes.En plus des vidéos, les informations trouvées sont aussi mises en ligne sur Wikipédia afin de rendre plus visible le debunk de ces théories complotistes.

« J’ai vraiment pris plaisir à travailler en collaboratif avec plusieurs centaines d’internautes, poursuit-elle. Certains se sont investis à fond, travaillant entre 2 et 5h par jour pour trouver de l’information. Des chercheurs ou des spécialistes de dérives sectaires ont rejoint le projet. En fin de compte c’est une nouvelle façon de faire du journalisme qui donne un sentiment d’empowerment aux gens, surtout quand il s’agit de chasser les fake news ».

9 000 euros par mois

Pour transformer cet essai et faire de la WTFake Academy une véritable rédaction, Aude Favre a fait les comptes : elle a besoin de 9 000 euros par mois pour lancer les enquêtes, aller sur le terrain et réaliser des enquêtes filmées. Pour cela elle fait appel à ses 86 000 abonnés afin que ces derniers participent à la recherche d’information, à la fabrication de ses vidéos ou tout simplement à son financement. « Il suffit de deux mille abonnés qui donnent 5 euros par mois ou alors un abonné sur quatre qui donne 1 euro pour que ça fonctionne », explique-t-elle dans sa vidéo. Pour le moment le Tipee de cette rédaction participative affiche un compte de 1 087 euros pour 179 participants.

Ce n’est pas la première fois que le journalisme d’investigation se lance dans la chasse aux dons pour fonctionner. Outre le lancement du média Disclose qui s’est fait sur la plateforme KissKissBankBank, on peut aussi citer les Jours, Le Média ou bien encore StreetPress qui ont mis en place des dispositifs du même type, s'apparentant au membership. Et il est possible que ce modèle se multiplie à l’avenir. « Avec la chute des revenus publicitaires, les médias n’ont plus d’argent. Même les télévisions tirent la langue. Je connais plein de collègues qui galère à mener des investigations. Ce modèle peut peut-être nous aider à sauver les meubles ».

David-Julien Rahmil - Le 23 juin 2020
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