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Une jeune femme à lunettes écoute son téléphone avec un casque
© wundervisuals via Getty Images

Les conseils de 4 experts pour réussir son podcast

Le 28 févr. 2019

Le podcast est tendance. Ok. Mais peut-il faire émerger des offres sérieuses ? Ou est-ce juste la possibilité pour des communautés de se faire entendre ? Quatre experts nous donnent leur avis.

Créer des podcasts par thématiques

Armand Campolo, responsable projet Vertical Audio MinuteBuzz

« Les podcasts ont une énorme capacité de fidélisation : pas loin de 90 % des auditeurs reviennent après la première écoute ! Et pour sa diffusion, on peut capitaliser sur la force des réseaux sociaux. »

« Chez MinuteBuzz, notre expérience des plateformes sociales nous montre que la capacité d’attention chez les millennials est de plus en plus réduite. Nous avons donc pris le parti de proposer une offre de formats courts, de cinq à dix minutes. C’est plus long que les formats vidéo diffusés sur les réseaux sociaux, qui sont plutôt d’une à trois minutes, mais nettement plus courts que la durée des podcasts.

Il existe aujourd’hui des réseaux de podcasts, comme Binge Audio, Nouvelles Écoutes et Louie Média. Notre différence est que nous voulons construire un magazine audio autour de verticales (voyages, street culture, gaming, ciné et séries, bien-être, food, futur et entrepreneuriat) plutôt que de miser sur des programmes. L’internaute peut ensuite s’abonner aux thèmes qui l’intéressent. Contrairement à Facebook où c’est le contenu qui vient à lui, ici, il doit aller le chercher volontairement.

Nous nous appuyons aussi sur la puissance du social. Pour être sûr que le message soit vraiment entendu, nous publions des vidéos dynamiques sur nos réseaux. Nous leur donnons une forte identité graphique. Si tu vois une vidéo estampillée "gaming", tu dois reconnaître immédiatement la verticale "jeux vidéo".

Pour l’animation, nous faisons appel à des influenceurs de chaque secteur. Ils ont déjà une communauté et sont légitimes. D’où l’intérêt d’avoir des niches et de se positionner sur un modèle d’influence. De cette façon, quand je vais voir les annonceurs, j’ai deux cordes à mon arc : j’ai créé une communauté très forte et engagée, et, derrière, je relaie mon podcast sur les réseaux de MinuteBuzz. C’est aussi cela qu’ils attendent : un volume important. Dernièrement, nous avons créé un podcast avec Pierre Ménès, journaliste sportif. L’audience a été immédiate et nous avons été numéro 1 du top d’iTunes. »

POUR DÉCOUVRIR

Sur business.minutebuzz.com : « Waves, le nouveau format qui va faire du bruit… »

Il manque les grosses têtes du podcast

Grégory Pouy, blogueur, podcasteur (Vlan) et consultant fondateur du studio de podcast Plink

« J’ai l’impression que ça part un peu dans tous les sens ! Je fais le parallèle avec l’avènement des blogs. Le podcast répond à de nombreuses problématiques. À celle du temps long et de l’information de qualité, dont nous avons tous besoin, mais que nous n’arrivons plus à placer dans nos vies surchargées de médias et de notifications.

C’est aussi l’opportunité de capter une attention qui ne dépend ni de Google, ni de Facebook. C’est une autre porte d’entrée, une forme d'indépendance vis-à-vis des GAFA. Même si la bataille fait déjà rage pour se positionner sur le sujet : Google a lancé Google Podcasts sur Android, Twitter a annoncé de la diffusion audio avec l’application de vidéo en direct Periscope…

Quant aux marques, elles font exactement la même erreur qu’au temps des blogs : elles veulent parler uniquement d’elles-mêmes ! De toute façon, le modèle publicitaire pour le podcast est un modèle de fainéant ! La publicité sur un podcast ne transforme pas. Tu as déjà googlé un truc que tu as entendu sur un podcast ? Pour que tu transformes, il faut bien que tu cliques à un moment quelque part ! La pub ennuie l’auditeur et le seul bénéficiaire est celui qui produit le podcast. C’est pour ça que je refuse de le faire. Pourtant, avec 80 000 auditeurs tous les mois, ça pourrait m’assurer un revenu de 4 000 euros.

Je pense que les annonceurs vont se rendre compte que c’est bien plus malin de créer le leur. Ce n’est pas parce qu’on sponsorise un podcast qu’on est dans le podcast. Après, ça reste un format hyper bobo. C’est pensé dans le thème, dans le ton, dans le titre pour des happy few parisiens. Ce n’est pas du tout fait pour le grand public.

À mon sens, personne n’a fait les "Grosses Têtes" du podcast. C’est soit intellectualisant soit cool. Donc pas vraiment pour tout le monde. On n’a pas réussi à séduire la vraie France. »

À ECOUTER

gregorypouy.fr/vlan-le-podcast

Imaginer des contenus qui rendent les gens meilleurs

Matthieu Stefani, entrepreneur et créateur du podcast Generation Do It Yourself

« Si nous sommes la somme de gens que nous fréquentons, alors j’ai envie de fréquenter des gens incroyables ! Le podcast donne accès au savoir. »

« Depuis quatre ans que j’en écoute, et un peu moins que j’en produis pour GDIY, j’ai l’impression d’avoir progressé de manière hallucinante. Je rencontre des personnes passionnées, des sportifs, des entrepreneurs, des écrivains et j’en passe. Ils travaillent tous d’arrache-pied et livrent leurs techniques, leurs petits secrets. Je réfléchis mieux, je m’énerve moins et je pense être un meilleur chef d’entreprise.

Je suis sur du format qui inspire. Mon audience cherche à progresser. Ce que je vois, c’est que sur mon podcast, l’audience est de plus en plus forte et le public reste de plus en plus longtemps. L’un des annonceurs que j’ai, Petit Bambou, une application de méditation, s’inscrit bien dans ce cadre. Je pense que si je sais faire de l’"endorsement" comme disent les Américains, c’est-à-dire si je suis capable d’adhérer à mon propos, alors je ne vois pas le problème d’avoir un annonceur au début du podcast, surtout si c’est moi qui choisis la manière dont j’en parle. Et je vends mon CPM (coût par mille) très cher : entre 80 et 100 euros. Ça se justifie parce qu’au-delà du branding, c’est une vraie association. Et on me propose de nombreux deals publicitaires – une marque automobile allemande récemment – que j’ai refusés parce que ça ne rentre pas dans ma ligne éditoriale.

Aux États-Unis, sur les grands podcasts, il n’est pas étonnant d’écouter quatre à cinq minutes de pub. Je trouve que ça n’est pas dérangeant pour le consommateur. Alors, évidemment, dans le podcast, sur le lot, il y en a probablement, comme les blogueurs, qui vont "bullshitter. " Mais beaucoup s’arrêteront au bout de trois épisodes. Ceux qui seront réguliers et feront de la qualité resteront. »

À ECOUTER

Facebook : GDIYmedia

Proposer le Netflix du podcast

Carine Fillot, formatrice, consultante fondatrice de Hack the Radio / Elson et des ateliers de formation radio TacTacTac

« On assiste aujourd’hui à un véritable engouement pour le podcast. Dans mes ateliers, je vois débarquer de nombreux créateurs avec des sujets de niche, comme le commentaire d’œuvres d’art ou la PMA. Problème : cet enthousiasme va de pair avec une uniformisation des productions. »

« “Bonjour. Je m’appelle Machin, vous êtes dans le podcast Truc et on va parler de ça.” Il existe une foule de contenus de qualité mais aussi une foule de trucs tout pourris ! Je pense que le podcast va sortir du mimétisme, des formats faciles du “vas-y que je t’interviewe des personnes inspirantes”. Le podcast va se professionnaliser. On observe aussi une quête de visibilité.

Avec la plateforme Elson, nous souhaitons être le Netflix du podcast. L’enjeu est aussi de développer une plateforme qui soit une alternative à celles qui existent depuis 15 ans. On ne fait pas de la curation de podcasts comme le font Google ou Apple. Nous voulons mettre tous les créateurs sur un pied d’égalité. Parmi un panel de 500 podcasts, nous sélectionnons des contenus atypiques, des voies singulières et des émissions de reportages sonores. Nous agrégeons le contenu et nous l’éditorialisons. Par exemple, il se peut qu’une émission soit intéressante à partir de la deuxième minute : nous coupons la première. Dans une logique de curation, nous pouvons tout aussi bien assembler un podcast de Radio France, un format indépendant et un autre de brand content bien réalisé.

Notre business model réside sur l’abonnement, soit mensuel, soit au pay-per-view. Il est équitable et transparent. Nous rémunérons les producteurs selon trois critères : l’écoute réelle, la typologie des programmes (tous ne coûtent pas la même somme à produire) et le type de producteur. Pour Radio France ou RTL, la rémunération est très faible. C’est un peu plus pour les réseaux de podcasts comme Binge Audi, Louie Media ou Nouvelles Écoutes. Pour le producteur indépendant, c’est le maximum. Les données d’écoutes sont accessibles tant aux auditeurs qu’aux producteurs. »

À ECOUTER

elson.fr/?locale=fr


Cet article est paru dans la revue 17 de L'ADN consacrée aux tendances 2019. Pour vous procurer votre numéro, cliquez ici.


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