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Le New York Time s'en va de chez Apple News
© mizoula via Getty Image

Pourquoi le New York Times tourne le dos à Apple News

Le 1 juill. 2020

Pour la Directrice d’exploitation du journal, le temps est venu de réexaminer les relations entre les médias et les grandes plateformes du Web.

Dans un monde où les audiences passent de plus en plus par les plateformes sociales pour accéder aux contenu des médias, est-il judicieux pour ces derniers de s’émanciper des GAFAM ? C’est en tout cas la décision qu’a prise Meredith Levien, la COO du New York Times. Cette dernière a récemment annoncé que le journal quittait le service Apple News. Elle reproche à la plateforme de ne pas offrir à l’audience la possibilité d’aller directement sur l’environnement du média, environnement où il est possible de contrôler la présentation des reportages, la relation avec les lecteurs et la nature des règles commerciales.

Les trois questions à se poser

Dans un article de Nienlab, la directrice d’exploitation du journal explique qu’elle a posé trois grandes questions avant de prendre sa décision de s’émanciper d’un agrégateur de contenu touchant 125 millions de personnes. La première consiste à savoir si la plateforme jouait un vrai rôle dans l’accès d’une audience au média. La seconde question posée était : « est-ce que la plateforme nous aide vraiment à faire notre travail, à savoir, faire de la mise en relation à grande échelle avec les consommateurs de média, créer des habitudes et les inciter à payer pour l’information ? » Enfin, la troisième question concernait la valeur du travail journalistique. Est-ce que les grandes plateformes capitalisent sur du journalisme de qualité ou bien se contentent-ils de n’importe quel contenu, du moment qu’il rapporte de l’audience ?

Les bonnes audiences du New York Times

Cette décision de partir d’Apple News était en suspens depuis plusieurs mois, mais Meredith Levien explique que les audiences réalisées durant le confinement de mars et d’avril 2020 ont bien aidé à franchir le dernier pas. « Nous avons touché entre 250 et 300 millions de personnes au plus fort de la crise du Covid, explique-t-elle. Près de six adultes américains sur dix ont utilisé le New York Times au mois de mars. Ce que nous voulons faire, c’est jouer un plus grand rôle dans la vie des gens et j’ai l’impression qu’au fil des ans, nous faisons ce travail de mieux en mieux nous-mêmes. » Le média a pour objectif d’atteindre les 10 millions d’abonnés d’ici 2025.

Ce n’est pas la première fois que le média prend ses distances avec Apple. Lors du lancement d’Apple News + en 2019 (un service d’abonnement donnant accès à plus de 300 magazines), le New York Times avait décliné la proposition d’en faire partie, tout comme le Washington Post. Cela fait plusieurs années que les médias américains critiquent Apple News, notamment sur le mode de rémunération jugé trop faible et injuste (la firme prend 30% de commission). Le NYT estime aussi que la manière dont les articles sont sélectionnés pour un push (par des humains et non par un algorithme) n'est pas éthique.

Sortir des plateformes ou les faire payer ?

Une telle décision pourrait-elle s’étendre à d’autres plateformes d’agrégation comme Google ou Facebook ? Pourrait-elle concerner d’autres médias ? La réponse n’est pas si évidente, car le NYT et ses 6 millions d’abonnés sont dans une position de force plutôt rare. Grâce à l’argent des lecteurs, le média est capable d’investir et d’embaucher cette année près de 130 personnes, dont 47 journalistes écrits ou audio, 7 data-analystes et une douzaine de développeurs. Pour, Meredith Levien, c’est bien cette capacité qu’a le journal de pouvoir investir dans le journalisme et non dans les tuyaux des plateformes qui lui permet d’acquérir son indépendance au fur et à mesure.

Même si la question de sortir de l’écosystème de Google ou Facebook ne se pose pas vraiment, les choses sont en train de changer. Le 25 juin dernier, Google a annoncé la signature d’accords avec des éditeurs de presse en Allemagne, en Australie et au Brésil tandis que la France continue de mettre la pression sur le géant américain pour lui faire respecter la directive européenne du droit voisin. Cette dernière oblige théoriquement les réseaux sociaux à payer les médias dont ils diffusent les contenus. Quoi qu’il arrive, les grandes plateformes vont devoir passer à la caisse pour financer la presse, voire payer directement pour avoir des articles à relayer.

David-Julien Rahmil - Le 1 juill. 2020
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