Futura, le dino du futur ?

Futura, le dino du web qui a vécu 20 ans de bouleversements média

© Tomasz Frankowski et Jake Fagan

Depuis l’Internet des forums à celui de Patreon, Guillaume Josse, fondateur du média Futura, a vécu les grands bouleversements économiques et algorithmiques du web. 

Depuis le mois de mars 2021 le site de vulgarisation scientifique Futura est sur Patreon, un choix qui peut paraître étrange au premier abord. Pourtant, après 20 ans d’existence on peut dire que Guillaume Josse, le fondateur du site, est plutôt rodé aux grands changements qu’ont traversés les médias sur le web et les différents modèles économiques qui fonctionnent, ou pas. Aujourd'hui, il retrace son parcours.

Audiences désagrégées

Pour rappel, Futura-Science (le nom d'origine) est né en 2001, période bénie où les réseaux sociaux n’existaient pas. « À l’époque, les gens visitaient les sites internet qu’ils avaient dans leur onglet favori, raconte Guillaume Josse. Les forums avaient le vent en poupe et pouvaient représenter jusqu'à 60 % de notre audience sur certaines thématiques. Jusqu’en 2010, malgré les premiers changements algorithmiques majeurs de Google, les audiences se développaient bien, puis les réseaux sociaux comme Facebook se sont imposés et on a dû faire face à une désagrégation de l’audience. »  Aujourd’hui, Futura revendique 60 % de son audience sur de l’organique. Pour arriver à ce résultat la rédaction a mis en place un système de référencement basé sur 200 000 mots-clés répartis dans 5 grandes thématiques : science, planète, tech, maison et santé. 

« On a appris qu’il existe une vraie prime aux pionniers, poursuit Guillaume. Les médias qui investissent un réseau social en premier conservent pendant longtemps un avantage historique sur les retardataires. On était une autorité en termes de référencement sur les moteurs de recherches, mais on est rentré un peu tard sur les réseaux sociaux et notamment sur YouTube qui a vu naître une nouvelle génération de vulgarisateurs scientifiques comme Dr Nozman par exemple. Même si on est présent sur la plateforme vidéo, on reste très loin derrière eux. Aujourd’hui YouTube nous rapporte de quoi nous payer 4 ou 5 cafés par mois ». Ne voulant pas répéter deux fois la même erreur, Futura a décidé d’investir TikTok. Pour le moment le média cumule 452 000 abonnés pour 5 millions de j’aime (soit un peu plus que Le Monde). « On ne sait pas ce que ça va donner, on n’a juste pas voulu rater le coche, explique Guillaume. C’est une sorte de pari sur l’avenir. » Pour assurer ses arrières, le média maintient toutefois un véritable filet de sécurité avec l’e-mailing. « En cas de souci avec Google ou bien Facebook, on sait que l’on peut compter sur notre base de données contenant plusieurs millions d’adresses », indique le dirigeant qui met en avant une trentaine d’infolettres thématisées. 

Quels modèles économiques ?

Assurer une audience qui dépasse les 20 millions de visites par mois, c’est bien. Mais qu’en est-il du modèle économique ? Sur ce point aussi, Futura semble un peu à part. À l’heure où il n’est question que de paywall et d’abonnements, le média continue de faire le pari du contenu gratuit, comme au début du web. « Il a tout de même fallu faire face à l’effondrement du marché publicitaire, précise Guillaume qui a cofondé la régie publicitaire 191 Média en 2019 avec le groupe Humanoïde. À présent un tiers de nos revenus vient de la publicité, un tiers des opérations spéciales et du brand content que l’on fait avec les marques et un dernier tiers avec l’affiliation qui propose bons plans et promotions vers des sites d’e-commerce qui travaillent avec de gros médias. Avec la crise du Covid, ces deux derniers modèles ont bien fonctionné et ont pris le relai de la publicité. »

Si Futura veut conserver son modèle gratuit, pourquoi dans ce cas avoir ouvert un compte Patreon ? Pour Guillaume Josse, tout part d’une demande des internautes. « On nous a souvent demandé une offre premium sans publicité, explique-t-il. La Covid a accéléré ce pivot, mais on s’est dit qu’il fallait aller plus loin en testant le membership. Du coup on s’est tourné vers Patreon pour tester ce modèle et proposer aux lecteurs un accès privilégié au site, mais aussi à la rédaction. » Futura n’est pas le seul média à essayer ce mélange entre accès gratuit et abonnement à un club prémium. The Guardian a récemment revendiqué un million d’abonnés à 6 livres par mois tout en maintenant un accès gratuit à son contenu. Futura est encore loin du compte avec ses 1000 abonnés Patreon, mais pour Guillaume Josse, c’est un bon commencement. « À l’avenir on voudrait pouvoir proposer des abonnements à l’année avec des services exclusifs pour nous soutenir sur le long terme et sans doute internaliser tout ce processus pour fidéliser cette audience particulière ». Cet essai dans le financement participatif n’est d’ailleurs pas le seul pour le média. Ce dernier a aussi lancé sur Ulule son premier magazine papier, pour tenter de toucher une audience différente. Un pari qui semble réussi avec plus de 3 000 préventes sur 1000 prévues. 

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