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hommes la tête dans le sable
© Getty Images / Jan-Otto

Les journalistes sont-ils « cons » ?

Le 5 févr. 2019

Dans son ouvrage Ces cons de journalistes (Éditions Max Milo), le photo-reporter Olivier Goujon dresse l'état des lieux d'une profession en pleine crise de confiance de la part du public. Interview. 

L'ADN - La tendance est à la défiance envers les journalistes. Est-ce parce qu’ils sont cons ?

Olivier Goujon - Dans mon livre, j’utilise cette insulte dans un sens ironique. Le propos général est de faire comprendre la condition journalistique. On fait peser de plus en plus lourdement sur les épaules d’une population de journalistes de plus en plus fragiles, le poids d’une information de plus en plus difficile à aller chercher et de plus en plus difficile à analyser.

Pensez-vous que le public ait conscience des mécanismes de fabrique de l’information ?

O.G. - Non, pas du tout ! C’est tout l’objet du livre. Il existe une grande méconnaissance de la réalité de la production dans les journaux, et une multitude de mythes. Le tout, sur fond de crise de confiance.

Pourquoi ?

O.G. -  Qu’on le veuille ou pas, neuf milliardaires qui possèdent 89% de la presse française, ça crée de la défiance aux yeux du public !

C’est une donnée qu’il est difficile de changer…

O.G. -  On peut réguler ! Ça paraît fou, mais pourquoi n’interdirait-on pas aux milliardaires de posséder la presse française ?

Parce que la presse mettrait la clé sous la porte ?

O.G. -  Ce n’est pas sûr ! On assiste à l’appauvrissement du fonctionnement de la presse aujourd’hui. Il n’y a plus d’argent pour les reportages, ni pour la production d’informations, alors même que la presse appartient à des milliardaires ! Donc on ne peut pas dire qu'ils soutiennent la presse : ils l’utilisent. Même en 2019, et même affaiblie, la presse a toujours du pouvoir.

Quelles alternatives de financement ?

O.G. - On pourrait décider de soutenir une presse qui appartient à des journalistes, sous forme de coopérative journalistique. Le Monde pourrait appartenir à ses équipes plutôt qu'à des financiers. Des sommes importantes, sous forme d’aides, sont déjà distribuées, par Google par exemple. C’est un système nébuleux, où l’on ne sait pas bien pourquoi certains sont aidés plus que d’autres. 

La formule « infotainment » se porte à merveille, comme elle est pratiquée chez Le Quotidien ou Konbini. Est-ce une solution viable ?

O.G. - Un chapitre de mon livre y est consacré. Le mélange des genres est néfaste pour l’information. Parce que dans « info divertissement », le mot important est « divertissement », et non pas « info ». Chez Konbini, par exemple, le format est moderne. Hugo Clément touche un public.

Alors quel est le problème ?

O.G. - Ces médias sont limités à une information d’immédiateté ou de superficie. Ce sont d’excellents observateurs, scrutateurs. Ils vont chercher ce qui existe déjà. Mais c’est rare qu’ils lèvent un vrai sujet. En plus, ils ont de l’argent, mais payent de jeunes journalistes en auto-entreprise et leur font enchaîner des CDD. Le fond et la forme sont indissociables pour défendre un modèle d’information sain !

Anne Nivat nous disait il y a quelques mois que « C’est toujours la faute du journaliste ». À quel moment la responsabilité personnelle prend-elle le pas sur les conditions de travail ?

O.G. - Question difficile. Évidemment, il faut avoir une éthique personnelle. Mais elle est mise à mal par les conditions de travail. Par exemple, en tant que photo-reporter, j’ai beaucoup travaillé et bien gagné ma vie. Comme je bossais en tant qu’indépendant, c’est moi qui faisais l’avance de frais de mes reportages. Chez VSD, chacun des sujets proposés bougeait ma ligne de budget de 5 000 à 8 000€. J’avais donc tout intérêt à ce que mon reportage soit accepté et vendu. D’abord, tu vas bien travailler, évidemment. Mais après, est-ce que tu ne vas pas être tenté de « survendre » un sujet parce que tu as besoin de ressources pour vivre ?

Un exemple ?

O.G. - J’ai été l’un des premiers à faire des sujets sur le mouvement FEMEN. Les premières images étaient spectaculaires. Mon rédacteur en chef m’a donc dit : « Ok, les photos sont bonnes. Mais est-ce qu’il y a du fond ? ». Je ne peux pas dire que je n’en étais pas tout à fait sûr. Mais je ne pouvais pas dire non plus que ça allait devenir un grand mouvement féministe. Si j’avais été un journaliste intégré à la rédaction avec une garantie, je ne sais pas si j’aurais pris le risque. J’aurais peut-être attendu pour publier le reportage.

On touche du doigt la responsabilité du journaliste...

O.G. - Oui, mais jusqu’à un certain point, parce qu’il a besoin de bouffer, le journaliste ! Cette situation où l’on fait reposer l’information sur des indépendants crée naturellement du sensationnalisme. Et tu peux appliquer ça à des pigistes en galère. Quand tu gagnes entre 500 et 1 000 euros par mois, la qualité de l’information, tu t’en fous ! C’est clair et net : TU T’EN FOUS ! De l’extérieur, tu peux toujours dire « salaud de journaliste, sa responsabilité est engagée ». Pourtant, la première responsabilité qui est engagée, c’est celle des médias qui sous-payent leurs reporters et les pressent comme des citrouilles.

Quelques mots sur Olivier Goujon 

Journaliste et photo-reporter, Olivier Goujon a réalisé plus de 500 reportages dans 160 pays pour la presse française et européenne. Il est également l'auteur de Femen. Histoire d'une trahison

Commentaires

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  • Le Monde appartient en partie aux journalistes, par le pole d'indépendance .... donc renseignez vous un peu avant d’émettre ce type d'information, ils détiennent une partie des parts

  • Le sujet n’est pas vraiment de savoir si les journalistes sont cons
    Ce n’est pas que la presse appartient à des milliardaires qu’elle est mal perçue
    Ils ont tous fait Iep et école de journalisme bonjour la différenciation de traitement de l’info
    Toujours les mêmes sujets ( je parle radio TV)
    La quête permanente du sensationnel du scoop
    Que dire des chaînes d’infos
    Pas de sujet de fond pas d’objectivité
    Des chaînes publiques gauchistes et tellement orientées
    Regardez la BBC ou RNE TVE en Espagne et vous comprendrez le décalage...

    • Bonjour l'article traite précisément ce que vous dites. Peut-être pourriez-vous le lire avant de vous exprimer s'il vous plaît car ce que vous écrivez est intégralement balayé par la seule première phrase de l'interviewé.
      Merci