Stickers de Saint Javelin, un mème représentant la Vierge et une arme anti-tank

Memification des armes, légendes badass… Sur les réseaux, une pop culture émerge autour de la guerre en Ukraine

© SaintJavelin/Instagram

L’icône d’une madone tenant une arme anti-tank, des logos à l’effigie du président ou de héros de guerre… Une iconographie nourrie de mèmes et de légendes (pas toujours avérées) est née sur les réseaux sociaux, donnant lieu à un merchandising du conflit en Ukraine.  

L’image montre la Vierge, la tête légèrement penchée, l’air compatissant, dessinée dans le style classique des icônes religieuses orthodoxes. Elle ne tient pas de petit Jésus dans ses bras, mais un Javelin, une arme anti-tank notamment utilisée par les Ukrainiens pour s’attaquer aux blindés russes. Cette petite icône appelée « Saint Javelin » a fait le tour du web. Elle est devenue un mème, accompagné de diverses légendes soutenant les Ukrainiens, ou incrusté dans d’autres images. Le FGM-148 Javelin est l’une des armes que les pays occidentaux livrent aux Ukrainiens pour se défendre. Et il est rapidement devenu le symbole de leur résistance face à l’invasion militaire russe. 

Merchandising de la guerre 

Selon le site Know Your Meme, l'icône Saint-Javelin a été créée à partir de l’œuvre Madonna Kalashnikov de l’artiste américain Chris Shaw. La Kalashnikov que portait l'originale a été remplacée par un Javelin. L’image a été publiée par un utilisateur anonyme en 2018 sur le réseau social VK dans un groupe pro-Ukraine, avant d’être partagée sur Twitter. 

Plus récemment, Christian Borys, un professionnel du marketing canadien, a repris l’icône pour en faire des stickers, des patchs, t-shirts et autres goodies qu’il vend dans le but, dit-il, de récolter des fonds pour différentes organisations qui aident la population ukrainienne. Depuis le lancement de son e-shop le 16 février, il aurait déjà récolté plus de 600 000 dollars. 

Capture d'écran du e-shop Saint Javelin

Imagerie badass

Dans un thread Twitter Alexis Rapin, chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Quebec, énumère d’autres symboles qui sont venus former une sorte de « micro-mythologie, voire de pop culture de la guerre » , dit-il. Le NLAW, une autre arme anti-tank utilisée par l’armée ukrainienne s’invite lui aussi dans des mèmes. Et puis il y a les différentes légendes de guerre apparues récemment sur les réseaux sociaux. L’une des plus connues, appelée le fantôme de Kiev, raconte qu'un pilote d’aviation ukrainien aurait abattu à lui seul tantôt cinq, six, voire dix avions russes, en quelques heures à peine. Aucun élément ne permet d’attester la véracité de cette histoire. Certaines images utilisées pour illustrer ses exploits se sont avérées être des images tirées du jeu vidéo Digital combat simulator (DCS World), et les portraits censés dévoiler l’identité du fantôme de Kiev sont bien souvent des photomontages. 

Mais pour ceux qui la partagent, cette histoire est surtout un symbole, une illustration de l’image badass (dure à cuire) donnée à la résistance ukrainienne. Celle-ci s’exprime aussi dans les vidéos TikTok de jeunes soldats, qui conduisent leur véhicule de combat avec en fond sonore un air de hip-hop. Ou dans de petites phrases devenues elles aussi des mèmes reproduits sur des t-shirts. Le « Allez-vous faire f**** » , qu’auraient lancé les soldats ukrainiens de l'île des Serpents en réponse aux menaces d’un navire russe. 

Memification de Zelensky : une si bonne idée ?  

Vlododoymir Zelensky, président Ukrainien et ancien acteur devenu chef de guerre, fait lui aussi partie de cette mythologie. C’est l’icône des icônes, juge Alexis Rapin. Sa réplique « j’ai besoin de munitions, pas d’un taxi » figure d’ailleurs sur l’un des t-shirts vendus par l'e-shop de Christian Borys cité plus haut. 

Dans un récent article, Wired s’interroge sur les bienfaits de la mémification du président. « La mémification aide un message politique ou une cause à être plus largement diffusé, mais cela se fait souvent au détriment d'un affaiblissement de l’histoire » , explique au média américain Sulafa Zidani, professeur spécialiste de la culture numérique au Massachusetts Institute of Technology. Pour Wired, considérer le président comme une icône de cinéma réduit le sort de l'Ukraine à un mème, que les citoyens d’autres pays voient passer, s’en amusent ou se lamentent sur la situation puis continuent de scroller. 

Dans son thread, Alexis Rapin estime quant à lui que l’intérêt de cette curieuse iconographie qui participe à la guerre d'information entre les deux pays n’est pas négligeable. Certes « l’hipsterisation d’une guerre sanglante peut évidemment être questionnée » , observe-t-il, force est toutefois de constater que cette iconographie contribue à galvaniser les Ukrainiens et à mobiliser les opinions étrangères. 

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