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Illustration signée Jouissance Club d'un homme qui tire la langue
© Jouissance Club

Entre libération et censure, la relation compliquée d'Instagram avec la sexualité

Grégory Pouy
Le 29 mars 2019

Une multitude de comptes liés à la sexualité sont apparus sur Instagram. Ils parlent du corps et du sexe autrement... mais la plateforme ne semble pas goûter la nature subversive de ces contenus. 

Une tribune signée Gregory Pouy, fondateur du podcast VLAN.

La parole des femmes s’est enfin libérée du regard masculin, de l’industrie du porno et plus généralement des médias. Elles parlent désormais de sexualité et de sexe à leur manière, plus libre. Le podcast Vlan qui s’intéresse à l’évolution de la société a donné la parole à l’une des ambassadrices de ce mouvement, June, fondatrice du compte @jouissance.club.

Lorsque les femmes s'emparent du sujet de la sexualité, la controverse s'enflamme

Nous sommes en plein paradoxe. Si l’hyper sexualisation des femmes a été utilisé dans toutes les industries, dès lors que des voix féminines s’emparent du sujet… la controverse s’enflamme. Preuve en est, leurs comptes Instagram sont suspendus les uns après les autres. Évidemment, cela agace les intéressées comme la créatrice du compte La Prédiction.

Elle nous explique : « Engagée dans diverses protestations féministes, j’ai mis en valeur sur mon compte des corps d’hommes et de femmes différents, sortant des clichés qu’utilisent et revendiquent les magazines. Chacune de mes photos est tirée de comptes de photographes. Par conséquent, elles existent déjà sur Instagram. Or c’est mon contenu et mes mots, qui ont été censurés, et pas les leurs. Je suis donc visée alors que je prône la littérature comme moyen d’apprendre et de s’instruire sexuellement, plutôt que le porno. Je prône les mots comme explications, comme expérience, et le point de vue féminin, afin que les hommes puissent mieux nous comprendre, et pour que les femmes puissent s’identifier à ce qu’elles aiment. Mais je fais aussi office d’oreille attentive. En message privé, énormément de gens viennent me demander conseils sur comment aborder certaines thématiques. Je suis un peu comme une grande sœur qui écoute mais ne juge pas. »

A priori, la démarche de La Prédiction est plutôt saine et à portée éducative. Pourquoi la plateforme de photo américaine se montre-t-elle si sévère ?

Dans les faits, Instagram ne censure personne

Sur Instagram, il existe des règles claires : pas de tétons féminins, pas de gros plans sur des parties sexualisées des corps, pas de mots explicitement sexuels. Et l’explication de ces contraintes est fournie par l’entreprise. La plateforme étant accessible à tous (quand on sait que l’accès à un smartphone en France se fait désormais à l’âge de 7 ans), dans tous les pays, les contenus explicitement sexuels ne doivent choquer aucune culture et s’adapter à tous les âges de la vie.

Mais, dans les faits, Instagram ne censure personne, ou en tout cas ne le fait pas directement.

C’est parce que ces comptes ont été signalés par un nombre suffisant de personnes qu’ils ont été, de manière automatique, suspendus… jusqu’à une vérification humaine ultérieure. Quand on s’intéresse à ces signalements, on constate qu’ils souvent le fruit de groupes Facebook constitués qui font des « raids » et signalent très largement un compte ou plusieurs jusqu’à ce qu’ils soient suspendus. Le groupe « Paye ta féministe » qui regroupent près de 8 000 personnes organise ce genre de « raid » de manière régulière.

Le détenteur.trice du compte reçoit alors un message simple l’informant que son compte est suspendu sans plus d’informations, comme ce fut le cas pour Jouissance Club qui totalisait 100 000 followers. June, créatrice du compte, ne s’en plaint pas. Elle s’en félicite même : « Merci aux personnes qui ont eu la riche idée de faire supprimer mon compte. Grâce à elles, j’ai gagné 50K d’abonnés en quelques jours ». C’est ce que l’on nomme l’effet Barbara Streisand du nom de la fameuse actrice qui avait protesté contre le survol de sa propriété par un drone qui ne s’intéressait qu’à la géographie du rivage californien. En débutant une action juridique, alors que personne ne s’intéressait aux images de ce drone, tout le monde s’est jeté dessus pour savoir ce que l’actrice voulait cacher à tout prix.

Instagram est-il le bon endroit pour faire de l’éducation sexuelle ?

June constate surtout que, jusqu’à présent, les endroits censés donner ce type d’enseignement ont beaucoup failli. Dans les livres scolaires d’éducation sexuelles, le clitoris a toujours été le grand absent. Elle raconte qu’une intervenante en école lui a rapporté les propos d’une jeune fille : « Mais madame, je ne peux pas me masturber, je n’ai pas de sexe moi, c’est un truc de garçon ». Pourtant, nous savons à quoi ressemble un clitoris depuis 1998, date à laquelle il fut pour la première fois imprimé en 3D. Mais apparemment, il reste encore du chemin avant que l’égalité de la représentation des sexes soit acquise… sur Instagram, comme ailleurs.

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