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une femme blonde dans une caverne
© Disney Marvel

Les trolls s'en prennent aux films féministes, les plateformes contre-attaquent

Le 21 mars 2019

Pour saccager la sortie d’un film ou d’une vidéo qui ne leur plait pas, les trolls usent depuis quelques mois de la technique du bombardement de critiques. Mais les plateformes commencent à contre-attaquer.

Depuis les 18 derniers mois, les blockbusters hollywoodiens passent par un drôle de tribunal virtuel. Si le film met en avant des super héros virils, les critiques des sites dédiés aux actualités cinématographiques sont généralement bonnes et le bouche-à-oreille fonctionne à la perfection sur les réseaux sociaux. En revanche, si le personnage principal est féminin, ou si les thématiques du film touchent un tant soit peu au féminisme, alors une armée de trolls se lève et se lâche sur les dislikes. On appelle cette méthode, le « review bombing » ou « bombardement de critiques ».

C’est en suivant ce rituel implacable que Captain Marvel, s’est ramassé un score de 62% sur le site de critique cinéma Rotten Tomatoes. Ce dernier est en quelque sorte l'« Allociné » américain et agrège d’un côté les critiques des internautes et de l’autre, celle de la presse. Très influent auprès du public, le site peut participer au succès ou à l’échec commercial d’un film. Lors de la sortie de Star Wars, Les derniers jedis, l’épisode avait pris une note de 44% ; du jamais vu pour cette franchise. Black Panther et ses thématiques antiracistes et féministes avaient aussi été la cible de trolls tandis que le remake féminin de Ghostbusters avait écopé d’un pauvre 51%.

Sur YouTube aussi les trolls passent à l'attaque

Cette méthode de trolling se constate aussi beaucoup sur d’autres plateformes comme YouTube. En 2016, la bande annonce de Ghostbusters était entrée dans l'histoire comme la vidéo la plus détestée de la plateforme avec plus d'un million de dislikes. Cette avalanche de pouces rouges s'était fait ressentir dans les salles de cinéma puisque le film avait fait un four au box office avec seulement 125 millions de dollars de recettes.

La guerre contre les trolls a commencé

Bien décidées à empêcher les trolls de venir pourrir des films à plusieurs millions de dollars, les plateformes ont décidé de contre-attaquer. En janvier 2019, YouTube a ouvert le bal en publiant une vidéo de Creator Insider, une chaîne alimentée par l’équipe technique qui gère la communauté de créateurs. On apprend que ces derniers envisagent de rendre le processus de vote négatif chronophage. Plutôt que de simplement cliquer sur le pouce rouge, les internautes devront justifier leur choix en cochant des cases comme « ça ne m’intéresse pas » ou encore « je n’aime pas cette chaîne ». Ce genre de pratiques s’approche dangereusement de la zone des dark patterns. Voilà pourquoi YouTube envisage aussi de rendre invisible le décompte de likes ou de dislikes, ou bien de ne rendre que les likes visibles.

Sur Rotten Tomatoes aussi, la guerre contre les trolls est engagée. Le site a décidé de fermer la section « commentaires » d’un film, jusqu’à sa sortie officielle. Grâce à cette méthode, ils espèrent empêcher l’accumulation de mauvaises notes avant même que les spectateurs ne soient allés en salles. En cas de raid (une attaque massive de trolls) des modérateurs sont censés surveiller les commentaires et pondérer les notes qui semblent être de mauvaise foi. Sur d’autres plateformes comme IMDB (la référence encyclopédique du cinéma), on fait plutôt confiance à une formule algorithmique qui donne aux votes des poids différents. Cette manière doit permettre de repérer les internautes votant « pour le simple plaisir de changer la note d’un film plutôt que de donner un véritable avis dessus ».

Si la guerre contre les trolls est loin d’être terminée, notons toutefois une petite victoire. Malgré les tentatives de bombardement de critiques et autres shitstorms sur Twitter, le film Captain Marvel a réalisé un très beau score de 125 millions de dollars lors de son premier week-end d’exploitation. Comme quoi, il faut parfois laisser parler les chiffres plutôt que les mauvaises critiques.

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