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adolescents dans un lit

Millennials : ils ont le coït facile, mais l'amour délicat

L'ADN
Le 23 janv. 2018

Drivées par les nouvelles technologies, les pratiques sexuelles explosent mais quid de nos aspirations amoureuses ? Aucun changement à signaler constate la chercheuse Helen Fisher associée au site match.com. Indécrottables romantiques, nous restons.

Les sites de rencontre ont-ils provoqué un big bang dans le processus de séduction ou ne sont-ils qu'une évolution technologique ? 

Hélène Fisher : D'abord, on se trompe beaucoup en parlant des sites de rencontre. Ce ne sont pas des sites de rencontre, mais des sites d'introduction. Bien sûr, ils vous permettent de trouver rapidement quelqu'un dont l'âge, le lieu de résidence, et la situation socio-économique vous plaisent, mais ça n'est pas de la séduction... Après cette recherche, il faut sortir et rencontrer la personne, et le cerveau humain reprend alors le dessus  nous sourions, rions et transpirons comme nous l'avons toujours fait. Le vrai changement, c'est l'élargissement du spectre : le plus grands succès aujourd'hui concernent les sites ouverts aux célibataires de plus de 50 ans. Ça, c'est neuf ! Comme nous ne nous marions plus avec un.e partenaire rencontré.e au lycée, il faut de nouveaux outils pour de nouveaux âges de rencontres. À 50 ans, vous n'allez plus dans un bar pour rencontrer des inconnu.e.s ; Internet est plus pratique pour cela. Les derniers chiffres aux États-Unis nous apprennent que 40% des gens disent qu'ils ont rencontré quelqu'un via Internet, 25% par un.e ami.e, et 8% seulement par l'église ou le bureau... Les sites changent la façon dont nous échangeons et rencontrons, mais ne modifient rien à la séduction amoureuse. Toutes mes études prouvent que le cerveau fonctionne exactement de la même manière qu'avant l'époque des rencontres en ligne.

Quid des pratiques sexuelles ? Observez-vous de fortes différences dans les usages de la génération née avec les écrans ?

H. F. : Je ne parlerai pas d’une révolution sexuelle, mais d’un changement des attentes. Je pose souvent les questions « avez-vous vu eu des aventures d’un soir ? », des « friends with benefits ? ». Quelque 50 % répondent « oui » au deux, ce qui est énorme. J’appelle cela « fast sex, slow love ». Anthropologiquement, c’est un renversement : historiquement, le mariage était le début d’une relation, désormais c’est la consécration. Le taux de divorce gigantesque de nos sociétés effraie les jeunes qui sont tétanisé.e.s par l’engagement amoureux. Ils et elles vont extrêmement rapidement au lit, mais mettent plus de temps pour dire à leurs ami.e.s et leurs familles qu’ils et elles sont avec quelqu’un, encore plus pour vivre ensemble et, finalement, se marier. Plus fort, quand je pose la question « voudriez-vous vous marier de nouveau avec la personne avec qui vous vous êtes marié.e.s ? », 81 % disent « oui ». C’est juste énorme ! Les sacrements historiques sont finis : plus de virginité avant le mariage, plus de « jusqu’à ce que la mort nous sépare », en revanche, le but ultime d’une vie est un mariage heureux.

Quelque 50 % ont connu des « aventures d’un soir », dites-vous. Diriez-vous que la facilité de contacter des partenaires potentiel.le.s est un encouragement à commettre l’adultère ?

H. F. : Non. Désolée de vous décevoir, mais il n’y a pas de hausse de l’infidélité. Au contraire, avec l’émancipation des femmes, elle recule. En France, les hommes avaient souvent une femme et une maîtresse. Aujourd’hui, c’est fini car les femmes divorceraient. Aux États-Unis, les femmes de moins de 40 ans sont aussi adultères que les hommes : elles ont le salaire, les loisirs, elles peuvent se permettre de perdre un homme et donc de le tromper ; l’égalité est arrivée sur ce point ! Au-delà de la dimension économique, il y a des éléments génétiques : certaines personnes sont plus sujettes, plus sensibles, à l’adultère. Quelqu’un qui ne l’est pas par nature ne passera pas à l’acte, même « soumis à tentations ». Il faut envisager l’adultère comme l’alcoolisme : quelqu’un qui peut acheter de l’alcool quand il veut ne sera pas nécessairement alcoolique, en revanche, un.e alcoolique fera tout pour trouver un bar même dans une ville où tout est fermé… Les raisons de l’infidélité sont aussi culturelles et religieuses, ce qui explique les différences très fortes observées entre pays. Mais la mobilité technologique ne nous rend pas adultérin.e.s par nature : il n’y a rien de neuf, désolée ! Au contraire. Quand les gens voyageaient avant la révolution industrielle, ils partaient pour des semaines et pouvaient faire la même chose.

« Fast sex, slow love ». Est-ce à dire que le sexe crée peu à peu de l’attachement jusqu’à créer un couple ?

H. F. : Ce qui a changé, c’est que pendant la période d’avant l’engagement sérieux (mariage ou autre), les nouvelles générations expérimentent beaucoup de pratiques sexuelles que leurs aîné.e.s, qui se mariaient à 20 ans… Elles ont dix ans de plus pour essayer l’échangisme, les plans à trois et tout le reste, ce qui peut laisser penser à une révolution sexuelle, mais c’est faux, elle arrive juste avant le mariage. Passé le mariage, cela rentre dans le rang car l’homme est un animal jaloux ! À la question « approuvez-vous le polyamour ? », 65 % des sondé.e.s répondent « oui ». « L’avez-vous fait ? », 6 % seulement sont passé.e.s à l’acte. L’infidélité est plus dans les têtes que dans les lits !

Au point d’y lire un retour du puritanisme ?

H. F. : Non. Il y a des phénomènes visibles de repli puritain, mais ils sont peu significatifs. J’ai fait une étude sur 5 000 personnes où environ 35 % ne voulaient pas faire l’amour avant le mariage, mais cela reste une étude isolée. Toutes les tendances montrent plutôt, à un niveau national (États-Unis), que 34 % des célibataires ont fait l’amour avant le premier rendez-vous sérieux. Je ne vois pas de retour de l’ordre moral… Oui, il y a des protestations contre le mariage gay, mais pensez d’où l’on vient : avant, les gays vivaient cachés. Les opposants sont plutôt les dernières flammèches du conservatisme dans un monde où l’homosexualité est complètement banalisée. La déconstruction des normes, c’est l’avenir : Macron a vingt-quatre ans de moins que sa femme, quand Trump a vingt-quatre ans de plus que sa femme. Trump est le passé, Macron le futur !

Est-ce qu’un algorithme peut vraiment nous aider à trouver l’amour ?

H. F. : Votre seul vrai algorithme, c’est votre cerveau ! Je travaille pour le site match.com depuis douze ans. On peut vous trouver tous les critères qui vous plaisent, tout ce qui vous paraît constituer votre portrait-robot du prince et de la princesse charmant.e, mais vous devez faire le travail vous-même. Vous devez sortir, parler, sourire, rire, poser des questions et vous laisser submerger ou non par l’amour comme cela a toujours existé. Avec Internet, on rencontre juste plus de monde à tous les âges de la vie. Les algorithmes élargissent et allongent les possibles rencontres mais ne vous aident en rien pour concrétiser l’amour. C’est le second renversement anthropologique : avant, vous vous mariiez sur des critères familiaux et économiques très précis, mais avec peu de chances de tomber amoureux.se. Aujourd’hui, nous voulons nous marier pour nous-mêmes, pas pour notre famille, pour des considérations économiques ou le regard des autres… C’est un progrès sans précédent : 81 % des sondé.e.s veulent le grand amour romantique. Le prince et la princesse charmant.e ont de beaux jours devant eux… et quand il et elle tombent amoureux.se, ce n’est pas le résultat d’une formule algorithmique.


Cet article est paru dans sa version intégrale dans le numéro 13 de la revue de L’ADN – SEXE, UNE QUESTION DE GENRE. Pour vous procurer un exemplaire de la revue, cliquez ici.


 

PARCOURS D’HELEN FISHER

Titulaire d’un PhD en biological anthropology à l’université du Colorado, Dr Helen Fisher est l’auteure de six essais sur l’amour et les relations amoureuses et sexuelles. Spécialiste des techniques d’observations neurologiques, elle a étudié l’évolution des mariages et des divorces dans 80 pays. En outre, elle est depuis douze ans la Scientific Advisor du géant des sites de rencontre match.com

BIOGRAPHIE D’HELEN FISHER

Helen Fisher, Anatomy of Love: A Natural History of Mating, Marriage, and Why We Stray, W.W. Norton and Company, édition entièrement revue, 2016.

Crédit photo : LOVE by Gaspar Noé

Anatomy of love - Helen Fisher
Commentaires
  • ah ! l'écriture inclusive plus l'animation en boucle des images d'illustration rendent la lecture vraiment compliquée. Dommage - l'article est vraiment passionnant ; mais il faut s'accrocher pour réussir à se concentrer.

  • ah ! l'écriture inclusive plus l'animation en boucle des images d'illustration rendent la lecture vraiment compliquée. Dommage - l'article est vraiment passionnant ; mais il faut s'accrocher pour réussir à se concentrer.

  • l'écriture inclusive ne gêne en rien @frédéric et il suffit de ne pas faire attention aux images d'illustration version gif, tout va bien dans cet article

  • l'écriture inclusive ne gêne en rien @frédéric et il suffit de ne pas faire attention aux images d'illustration version gif, tout va bien dans cet article

  • "il y a des éléments génétiques : certaines personnes sont plus sujettes, plus sensibles, à l’adultère. Quelqu’un qui ne l’est pas par nature ne passera pas à l’acte, même « soumis à tentations »".

    C'est quoi cette connerie ?

  • "il y a des éléments génétiques : certaines personnes sont plus sujettes, plus sensibles, à l’adultère. Quelqu’un qui ne l’est pas par nature ne passera pas à l’acte, même « soumis à tentations »".

    C'est quoi cette connerie ?

  • L'avenir, c'est d'avoir 24 ans de moins que sa femme ?
    Navrant !
    De grâce évitez cette écriture "inclusive" débile, vous êtes bien les seuls à penser que torturer l'orthographe changera quoi que ce soit.

  • L'avenir, c'est d'avoir 24 ans de moins que sa femme ?
    Navrant !
    De grâce évitez cette écriture "inclusive" débile, vous êtes bien les seuls à penser que torturer l'orthographe changera quoi que ce soit.

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