Le Lapin blanc d'Alice au pays des merveilles avec la tête d'Elon Musk

Complot, pédophilie... Derrière les accusations, Elon Musk applique le manuel de QAnon à la lettre

Depuis quelques semaines, le nouveau CEO de Twitter a multiplié les clins d’œil envers la communauté complotiste QAnon. Mais dans quel but ?

« Follow the rabbit ». Publié dans la nuit du 13 décembre ce tweet d’Elon Musk à de quoi surprendre. Loin d'être une innocente référence à Alice au pays des merveilles ou au film Matrix qui l'avait reprise, l'expression fait aujourd'hui beaucoup plus écho à la mouvance complotiste QAnon. Dans la culture Web, tomber dans un « rabbit hole », à traduire par terrier de lapin, désigne le fait de plonger dans une succession de contenus, sur un sujet précis. Ce phénomène concerne souvent les gens qui enchaînent des vidéos complotistes jusqu’à se forger une opinion qui décolle de toute réalité, mais qu'ils considèrent comme des vérités que les hauts dirigeants veulent tenir cachées.

Accusation de pédophilie

C’est loin d’être la seule référence un peu étrange qu’Elon Musk a pu faire ces dernières semaines. Le 10 décembre 2022, il tweetait des extraits vieux de 12 ans du travail de thèse de Yoel Roth, l’ancien dirigeant de la branche Trust and Safety de Twitter. Il en profitait pour insinuer que ce dernier était en faveur de l’accès à des contenus pornographiques pour les mineurs et que son équipe n’avait jamais rien fait pour s’attaquer à la pédopornographie censée être présente sur le réseau. Accusé à demi-mot d’être pédophile et menacé de mort, Yoel Roth, qui est par ailleurs gay et juif, a été forcé de fuir son domicile sous la pression de comptes d’extrême droite.

La méthode QAnon

D’après le Washington Post qui rapporte cette dernière affaire, Elon Musk suit à la lettre les méthodes de QAnon, mouvance conspirationniste d'extrême droite américaine qui, regroupant les promoteurs de théories selon lesquelles une guerre secrète a lieu entre Donald Trump et des élites implantées dans le gouvernement (l'État profond ou Deep State), les milieux financiers et les médias, qui toutes commettraient des crimes pédophiles, cannibales et sataniques. Elon Musk avait déjà utilisé l'argument pédophile en 2018 durant le sauvetage de 13 enfants enfermés dans une caverne inondée de Thaïlande. Devant le refus du plongeur et spéléologue Vernon Unsworth d’utiliser le prototype de mini-sous-marin proposé par le milliardaire, ce dernier l’avait publiquement insulté de « pédo » sur Twitter.

Une stratégie bien huilée

Ces accusations s’inscrivent dans le cadre d'un dénigrement systématique qu'Elon Musk mène sur l’ancienne équipe à la tête de la modération du réseau. Cela a pu passer par la publication des Twitter Files, ces extraits sélectionnés de mails et de conversation Slack internes à Twitter devant démontrer l'existence d’un groupe secret exerçant un pouvoir au sein du réseau et pouvant orchestrer le Shadow banning (c’est-à-dire l’invisibilisation sans la censure) de tweets provenant de compte conservateur. Là encore, la narration de cette histoire vient taper directement dans les méthodes développées par QAnon. Or, il s’avère que ce groupe secret n’était pas si secret que ça puisqu’il s’agissait du « Site Integrity Policy, Policy Escalation Support » (groupe de renforcement du code de conduite du site) dirigé par les exécutifs de l’entreprise, à savoir les CEO Jack Dorsey et Parag Agrawal, Vijaya Gadde, cheffe du département Head of Legal, Policy et Yoel Roth. Sous prétexte de dévoiler une sorte de complot interne à Twitter, il semblerait qu’Elon Musk cherche surtout à justifier sa guerre personnelle contre les comptes progressistes influents de la plateforme et le retour en grâce de plusieurs milliers de comptes d'extrême droite et complotistes bannis en 2021.

commentaires

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  1. alex dit :

    Il va être donc grand temps de trouver une alternative à Twitter qui risque de sombrer vers du Truth Social ...
    Quelle déchéance pour Musk

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