Elon Musk l'avait promis, il l'a fait : la publication en feuilleton et exclusivement sur Twitter des échanges mails et Slack des équipes de modération de Twitter. Le tout s'avère décevant, mais dangereux. On fait le point.

« Le public a le droit de savoir », « suppression de la liberté de parole », « ça va être génial ». Si vous arrivez à suivre les tweets d’Elon Musk, vous connaissez sans doute l'affaire des Twitter Files. Si vous êtes passés à côté, voici un petit résumé de l'affaire et pourquoi c'est important.

C’est quoi les Twitter Files ?

Ce qu’on appelle les Twitter Files, ce sont ces archives de mails et d'échanges sur Slack des équipes de modération de Twitter – récemment virées avec pertes et fracas. Pour justifier ce limogeage violent de ses troupes, Elon Musk tweete depuis plusieurs semaines que le contenu de ces archives prouverait que la liberté d’expression a été manipulée sur la plateforme et que le camp républicain et réactionnaire a subi plus de censures que le camp démocrate ou progressiste. On s'attendait donc à découvrir un scandale. On a surtout découvert une nouvelle forme de journalisme.

Twitter devient un média

Pour publier ces révélations, Elon Musk a choisi de travailler avec un seul journaliste, Matt Taibbi, une plume qui a fait ses armes pour le magazine dédié à la musique, Rolling Stone. Comme le note le journaliste français Olivier Tesquet dans un thread complet, c’est la première fois qu’un professionnel de l’information réserve un scoop à une plateforme sociale. En effet, les Twitter Files ont été exclusivement publiés sous forme de thread, donnant de facto au réseau une forme de politique éditoriale politiquement orientée, bien loin de l’image de neutralité dont elle pouvait se parer auparavant.

L’affaire Hunter Bidden : rien de nouveau sous le soleil

Le premier épisode de ces Twitter Files – qui devrait en compter plusieurs – est consacré à la révélation des mails privés d'Hunter Biden, homme d’affaires américain, et fils de Joe Biden, le président américain. En octobre 2020, Hunter avait confié son ordinateur portable à un réparateur qui avait fait une copie de son disque dur et fait fuiter le contenu de sa correspondance au tabloïd conservateur New York Post. On avait découvert des photos compromettantes d'Hunter Biden en compagnie de prostituées qui consommeint du crack. À trois semaines de la fin de la campagne présidentielle américaine, beaucoup pensaient que ces révélations étaient une opération de désinformation venant de Russie. Twitter et Facebook ont supprimé les articles et les photos qui circulaient sur leur plateforme tandis que plusieurs médias progressistes ont hurlé à la fake news. En fin de compte, les photos étaient réelles, et cette affaire – un brin sordide – avait finalement été traitée par plusieurs médias. Mais pour le camp conservateur, la suppression des articles du NY Post sur Twitter incarnait les atteintes à la liberté d’expression. Les mails des Twitter Files révèlent que les modérateurs estimaient que ces images pouvaient venir d’un hack de l’ordinateur portable d'Hunter Biden, ce qui rendait la diffusion de ces derniers contraires à la charte d’utilisation de la plateforme. À ce stade, on peine à trouver dans ces échanges une atteinte à la démocratie et au free speech dénoncés par Elon Musk. 

Pas de révélations mais des conséquences négatives

En revanche, on peut retenir de l’affaire des Twitter Files que la publication du journaliste Matt Taibbi a révélé le mail personnel de Jack Dorsey, mais aussi celui du membre du Parti démocrate Ro Khanna ainsi que les noms de famille de plusieurs employés de Twitter impliqués dans l’affaire. Tous sont possiblement exposés à des actes de harcèlement et de violence. Quant à la supposée censure orchestrée de la part des démocrates, le journaliste rappelle que les retraits de tweets étaient demandés par les deux camps durant la campagne présidentielle. Elon Musk a beau jurer que les progressistes ont plus souvent gain de cause dans les histoires de modération, plusieurs études menées par le MIT, Yale et l’université d’Exeter ont montré que si les conservateurs sont plus souvent censurés, c’est parce qu’ils racontent plus souvent n’importe quoi.

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