Emeute Brésil 8 janvier

Comment les émeutes de Brasilia se sont organisées sur les plateformes sociales

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Sur Facebook, Instagram, Twitter, TikTok et Telegram, les partisans bolsonaristes ont organisé durant quatre jours cette tentative de coup d'État sans être inquiétés par la modération.

Comme une répétition des émeutes du Capitole américain le 6 janvier 2021, la capitale Brasilia s’est embrasée le dimanche 8 janvier. Au cours de la journée, des milliers de supporters de l’ancien président Jair Bolsonaro ont participé à des émeutes et pénétré dans différents lieux de pouvoir comme le Congrès, le palais présidentiel et la Cour suprême. Filmée par des centaines de smartphones, cette tentative de putsch a été largement retransmise sur les réseaux. Mais les plateformes sociales n’ont pas seulement joué le rôle d’espaces de diffusion. Dans un article bien documenté du Washington Post, on apprend que Facebook, Twitter, TikTok ainsi que les messageries privées Telegram ont permis l’organisation d’un tel évènement, de manière plus ou moins cachée.

« Fête du cri de guerre »

Pour lancer ces émeutes bolsonaristes sans trop éveiller les soupçons, les influenceurs du mouvement avaient lancé de multiples appels au rassemblement depuis le 3 janvier dernier. Certains messages étaient plus ou moins cryptiques comme cet appel à la célébration de la « Festa da Selma » . En portugais, selma ne veut rien dire de particulier. C’est normal, il s’agit d’un mot écrit en algospeak, c’est-à-dire avec des lettres remplacées pour éviter d’être repérées par les bots en charge de la modération. En changeant le M par un V, on obtient le mot selva, qui signifie cri de guerre chez les militaires. Sur Telegram et WhatsApp, on retrouve toutefois des messages plus directs appelant les « fermiers, les conducteurs de camions et les propriétaires d’armes à feu à tuer tous les rats qui avaient pris le pouvoir ». Sur Telegram, les organisateurs ont mis en ligne les horaires et les routes à suivre à travers tout le pays pour covoiturer les supporters jusqu’aux lieux de manifestation, sous l’appellation « caravane de la liberté ». 

Les portes ouvertes de la déstabilisation politique

Ces messages et menaces à peine cachés ont proliféré au vu et au su de tous sur les plateformes comme Twitter, Facebook et TikTok. Dans le cas de la plateforme à l’oiseau bleu, l’ironie de la situation est plutôt mordante étant donné qu’Elon Musk a licencié une grande partie du staff de modération situé au Brésil. Le milliardaire avait même soufflé sur les braises en postant quelques semaines auparavant un message indiquant que Twitter aurait pu donner l’avantage à la gauche sur le réseau. Aujourd’hui, ce dernier a posté un nouveau message indiquant qu’il espérait que les choses allaient se « régler de manière pacifique ». 

Comme à son habitude, Meta a déclaré avoir supprimé les contenus appelant à la violence, après que ces dernières ont eu lieu tout en indiquant que l’élection du Brésil avait été désignée « comme lieu à haut risque ». Pourtant, le Washington Post indique que Facebook et Instagram ont, par l’intermédiaire de leurs moteurs de recherche, mis en avant des contenus et des groupes qui remettaient en question les résultats du scrutin durant les dernières semaines. Le média Rappler raconte dans son article comment une vidéo virale appelant à participer à la révolution militaire avait été vue 820 000 fois et partagée 48 000 fois.

De son côté, la plateforme vidéo TikTok a joué un puissant rôle de relais pour le même type de contenus. Dans le moteur de recherche de TikTok, 5 résultats sur 8 portant le terme « bulletin de vote » renvoyaient vers des contenus utilisant l’expression « vote truqué ». D’après un rapport réalisé par l’organisation Global Witness and the Cybersecurity for Democracy Team basée à l’université de New York, la plateforme vidéo accepte sans broncher une majorité de publicités politiques basées pourtant sur des mensonges. Dans un article de Forbes, la plateforme est clairement pointée du doigt comme un outil de propagande et de déstabilisation politique. 

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