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un homme regarde une grande carte murale
© pholio via Getty image

Carte du QI : comment l'extrême droite manipule l'effet Streisand sur Twitter

Le 14 nov. 2019

La fachosphère a trouvé le moyen de manipuler l’effet Streisand, une règle implicite du web qui permet de rendre virale n’importe quelle information.

Dans la nuit du 12 au 13 novembre 2019, un étrange hashtag a pris la une du classement des tendances Twitter. La #CarteduQI, c’est son petit nom, a été tweetée plus de 15 500 fois sur une période de 24h avec souvent des mèmes montrant un planisphère coloré. Le mot d’ordre qui revenait sans cesse était le suivant : « Il ne faut surtout pas  partager cette carte ».

C’est quoi la carte du QI ?

Pour comprendre ce qui se cache derrière ce phénomène viral un peu particulier, il faut d'abord comprendre ce qu'est cette fameuse « carte du QI ». Ce planisphère a d’abord été publié sur la page Wikipédia du livre « IQ and the wealth of nations » (« le QI et la richesse des nations »), avant d'être retirée. Cet ouvrage a été écrit par le psychologue Richard Lynn, bien connu pour ses idées racistes et suprémacistes, notamment « l’élimination progressive » de certains peuples jugés « inaptes ». Ce dernier a d’ailleurs été destitué de sa chaire de professeur émérite de l’université d’Ulster en Irlande du Nord après la mobilisation d’étudiants.

La carte, très critiquée dans la communauté scientifique, est naturellement devenue un symbole pour l’extrême droite. Elle met en évidence le soi-disant niveau de QI moyen de chaque pays. En un coup d’œil, on s’aperçoit que le niveau est plus élevé dans les pays occidentaux et en Chine alors que les pays d’Amérique du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique présentent un taux plus bas.

Qui a diffusé cette carte ?

D’après les informations fournies par l’agence Visibrain, le hashtag #CarteduQI a d’abord été partagé le 7 novembre 2019. Le soufflé retombe, mais pas pour longtemps. Le 11 novembre, soit un jour après la manifestation contre l’islamophobie, le compte @StarterCarte enjoint ses followers à lancer un raid Twitter. Concrètement, il demande à retweeter en masse des mèmes « humoristiques » basés sur la fameuse carte afin de lui apporter un maximum de visibilité.

Plusieurs gros comptes d’extrême droite comme ceux de Gregory Roose ou Michel Ney vont alors publier la carte et être retweetés des centaines de fois. À chaque fois, les twittos répètent le même mot d’ordre : « il ne faut surtout pas diffuser la carte du QI ». Selon Visibrain, plus de 2 100 tweets se positionnent clairement sur cette ligne qui peut paraitre contradictoire. Il s’agit en fait d’un stratagème très étudié.

Quand l’extrême droite manipule l’effet Streisand

Cette idée selon laquelle il faut « interdire cette carte », on la doit surtout à Laurent Alexandre. L’ancien fondateur de Doctissimo, gourou du transhumanisme en France et opposant acharné de Greta Thumberg avait mené une campagne allant dans ce sens en avril 2019.

Suivi par plus de 62 000 personnes, ce tweet a bien évidemment déclenché un effet Streisand. Cette règle implicite du web veut qu’une information que l’on essaye d’effacer du web devienne paradoxalement beaucoup plus visible. Elle tient son nom de la chanteuse Barbra Streisand qui avait rendu virale une photo de sa villa en tentant de l’effacer. Impossible de savoir si Laurent Alexandre avait connaissance de cette règle, et s'il voulait vraiment militer pour la suppression de cette carte. Après tout, il s'exprime régulièrement sur les thématiques du niveau de QI et de l'eugénisme.

Dans tous les cas, il a réussi à rendre cette carte beaucoup plus populaire qu’elle ne l’était auparavant. Et c’est justement cette demande d’interdiction, en apparence naïve, que les internautes d’extrême droite ont reprise sous forme de mèmes afin de continuer à propager leurs idées. Mais ils ne sont pas les seuls à utiliser ces techniques à des fins de manipulation de l'information et de l'attention. Certaines personnalités politiques ou médiatiques ont aussi très bien compris que la mise en avant de l'interdiction d'une idée ou d'un objet permet une montée en puissance dans l'opinion publique. Et bien souvent, de détourner des vrais sujets.

Chiffres fournis par Visibrain, l'outil de veille des médias sociaux

David-Julien Rahmil - Le 14 nov. 2019
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