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Une tête de pepe the frog sur des pilules rouges

Ce mouvement d'extrême droite saura vous retourner le cerveau en 3 mèmes

Le 15 oct. 2018

Dans le jargon du web, le « red pill », ou « pilule rouge », est un mouvement de conversion à l’idéologie de l’extrême droite américaine. Comment ce dernier s’appuie sur de nombreux forums comme Reddit ou 4chan pour gagner en influence ? 

« Choisis la pilule rouge : tu restes au Pays des Merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre ». Depuis la fin des années 90, cette ligne de dialogue du film Matrix est utilisée sur le web pour désigner l’action « d’ouvrir les yeux » à un autre internaute. Pendant longtemps la « red pill » était une analogie qui s’appliquait aux personnes s’ouvrant à des idées politiques nouvelles par l’intermédiaire de discussions sur des forums. Mais depuis quelques années, le terme a été détourné par l’extrême droite américaine. À présent, prendre une « red pill », consiste à se convertir à une idéologie prônant la supériorité masculine et blanche.

Qui sont les red pill ?

Pour Donna Zuckerberg, la petite sœur du patron de Facebook et auteure du livre, Not all Dead Men consacré à ce mouvement, le Red Pill regroupe en son sein les aficionados de la alt-right, les masculinistes en anti-féministes ainsi que les hommes derrière le GamerGate. « Ils sont plus jeunes que la moyenne des conservateurs, blancs et de sexe masculin, indiquait-elle dans sa publication universitaire Eidolon. Ils sont antisémites homophobes transphobes. Certains se décrivent comme néo-nazis. » Après un rapide coup d’œil, on se rend compte que le mouvement a émergé dans le sillage du Gamergate en 2014. Cette polémique qui avait opposé amateurs de jeu vidéo masculinistes et la communauté féministes. Par la suite, le mouvement a atteint un pic après l’élection de Donald Trump entre 2016 et 2017.

Comment fonctionne le « red-pilling »

Comment ce mouvement a-t-il pris autant d’ampleur ces dernières années ? Le collectif de média Unicorn Riot ainsi que le site de journalisme participatif Belingcat a publié une enquête sur les méthodes de conversion du « red-pilling ». Pour cela, les journalistes ont analysé des centaines de messages postés sur le forum de discutions Discord par 75 membres d’Atomwaffen. Ce groupuscule néo-nazi a été cité dans pas moins de 5 revendications d’assassinat depuis 2016. L’enquête révèle que le red-pilling agit par un long processus. La première étape commence souvent dans les sections commentaires des vidéos YouTube, ou sur des forums ultra-populaires comme Reddit ou 4chan. Sur ces dernierson y décrypte les séries et les dessin animés les plus populaires du moment. Un simple trolling sur les messages politiques cachés de Mon Petit Poney ou Star Wars permet de basculer dans des discussions beaucoup plus ambigües. 

un texte extrait d'un forum

Les mèmes : des armes de propagande parfaites

C'est aussi sur ces forums que l'on créé de nombreux mèmes. La section /pol/ de 4chan ou /r/The_Donald de Reddit sont les places-fortes de cette nouvelle forme de propagande. Pour le journaliste Robert Evan qui a signé l’enquête, les mèmes sont une porte d’entrée parfaite vers les idéologies extrêmes. « Il n’est pas rare de voir des croyances suprématiste, fasciste ou antisémite monter grâce à l’humour, explique-t-il. S’habituer aux mèmes ironiques est une façon de tester la température du bain avant de plonger dedans. » Même constat pour Fabrice Epelboin qui estime que les mèmes sont des outils de propagande extrêmement efficaces. « Il y a deux phénomènes internet qui ont été pris à la légère depuis quelques années, explique-t-il. C’est le trolling pour intervenir dans un débat et l’utilisation des mèmes qui sont des choses que l’extrême droite américaine maîtrise sur le bout des doigts. N’importe qui est capable de faire un mème et ça permet de faire passer un message idéologique et émotionnel très fort en 1 à 2 secondes. C’est une nouvelle forme de langage universel que l’on verra dans chaque nouvelle campagne politique. » 

« Not all men »

Une fois ferrées, les victimes du red pill peuvent glisser sur d'autres médias plus riches en contenus. Youtube reste la plateforme privilégié. On y trouve une galaxie de vidéastes d’extrême droite - Steven Crowder, Paul Joseph Watson, Milo Yiannopolos ou bien encore Black Pidgeon Speaks - qui peuvent finir de convaincre les internautes. Heureusement, l'enquête de Bellingcat nuance quelque peu le processus. Si quelques membres de d’Atomwaffen se décrivent comme d'anciens libéraux passés de l'autre côté du miroir, la plupart des internautes sensibles à la pilule rouge semblent avoir déjà été exposé à une idéologie d'extreme droite pendant leur enfance. De quoi mieux comprendre la mécanique de radicalisation qui est à l'oeuvre. Du côté des solutions... on reste malheureusement sans nouvelle !

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