Jeune femme sous un plastique

Pollution plastique : « Le plastique recyclé, c’est du poison ‘recyclé’ pour notre santé et pour la planète »

© Béatrice Piacente

100% de recyclage des emballages en plastique à usage unique d’ici 2025. L’objectif affiché par le gouvernement vous réjouit ? Pour Rosalie Mann, fondatrice de No More Plastic, il ne devrait pas.

Chaussures en plastique recyclé, bijoux en plastique recyclé, vêtements en polyester vantés pour leur écoresponsabilité, et même briques en plastique recyclé pour construire des maisonsLe plastique recyclé est partout. À première vue, réutiliser nos déchets plastiques plutôt que de les laisser s'échouer dans des décharges est une bonne idée. Mais porter une robe en matière synthétique ou habiter dans une maison en plastique recyclé, c’est surtout mettre sa santé en danger. C’est pour le rappeler que Rosalie Mann, anciennement directrice commerciale dans le secteur du luxe, a changé de cap en juin 2018 pour fonder l’ONG No More Plastic. Depuis quatre ans, elle emploie toute son énergie à alerter sur les dangers écologiques et sanitaires de ce matériau que nous avons tellement intégré à nos modes de vie qu'on a fini par oublier ses dangers.

Life in plastic, it’s fantastic

En matière de pollution plastique, l'essentiel est invisible à l'œil nu. Le chiffre a beaucoup tourné ces dernières années : sans nous en apercevoir, chacun de nous ingère l’équivalent d’une carte de crédit en plastique par semaine, sous forme de microparticules. Le plastique est partout, même là où nous ne le voyons pas. Dans l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, la salade à emporter qui nous sert de déjeuner, et jusque dans notre sang où il vient se fixer à nos globules rouges. C'est là que les problèmes commencent : les microplastiques perturbent l'oxygénation, entraînant de l'asthme, des cancers, des problèmes de peau ou de fertilité. Les liens entre plastique et maladies chroniques sont avérés, bien que souvent ignorés : « la pollution plastique n’est pas seulement un problème écologique, c’est aussi une question de santé publique », rappelle Rosalie Mann.

La fondatrice de No More Plastic n’a pas besoin de chercher bien loin pour trouver de quoi faire sa démonstration. « Prenez cette bouteille d'eau », indique-t-elle en désignant une bouteille en plastique écrasée dans le caniveau. « Si on la laisse là, elle va se dégrader en microparticules de plastique dans l’air, passer dans l'eau de pluie, et finir dans l’océan. Sachant que l’océan produit 50% de notre oxygène, vous pouvez être sûr que le plastique de cette bouteille va finir dans vos poumons. »

Campagne sur la présence de microplastiques dans le sang humain. © Common Seas.

La démonstration est limpide et n’a rien de nouveau. Pourtant Rosalie considère qu’un trop grand nombre de citoyens ignore encore les implications sanitaires exactes de la pollution plastique. Elle-même ne se sentait pas concernée, jusqu'à ce que son fils de dix ans tombe malade à cause de la pollution aux microplastiques. C’est cela qui l'a poussée à fonder No More Plastic en 2018. Aujourd'hui encore, le premier ennemi de Rosalie, c’est l’ignorance. « Les microparticules émises par le plastique ne sont pas visibles à l’œil nu », explique Rosalie Mann. « Or ce qui est invisible n’existe pas. On a beaucoup de mal à faire comprendre aux gens que le problème du plastique va au-delà de ce qu’ils voient. »

Ignorance certes, mais aussi, parfois, refus de comprendre. « Il y a comme une sidération », rapporte-t-elle des conférences qu’elle donne. Peut-être un déni. Certains continuent à me dire que l’essentiel de la pollution plastique des océans est dû aux filets de pêche, alors qu’on sait très bien que c’est faux. À chaque fois que j’interviens, on m’oppose des contradictions pour surtout, surtout, ne pas avoir à remettre en cause nos modes de production et de consommation. » Pendant ce temps, la production de plastique continue d'exploser. Elle a doublé ces vingt dernières années.

Le même poison, recyclé

« Aujourd’hui, la seule solution avancée par les gouvernements à la pollution plastique, c’est le plastique recyclé », constate Rosalie. Or à l’heure actuelle, le plastique recyclé n’est absolument pas une solution. » Pourquoi ? « Tout simplement parce qu’il émet lui aussi des microparticules de plastique. »

Sur le sujet du plastique comme sur celui des métaux, le recyclage est brandi comme une solution alors qu’il est au mieux un pansement, au pire un cache-misère. Dans le secteur du textile qui, avec le packaging et le bâtiment, compte parmi ceux qui produisent le plus de plastique, la mode surfe sur une communication pseudo-éthique en soutenant « que nous allons sauver la planète grâce aux matières synthétiques recyclées », se désole Rosalie. Or, non seulement nous ne sauverons pas la planète en achetant du plastique recyclé, mais les risques de ces matières pour la santé sont considérables. « Quand vous portez un vêtement fait à base de polyester, d’Econyl ou de nylon, les pores de votre peau absorbent les microparticules de plastique. » Recyclé ou non, le plastique nous empoisonne. « Quand je vois une pub qui encourage à acheter des baskets en plastique recyclé pour sauver la planète, j’ai envie de pleurer », s’emporte Rosalie.

Les marques sont pourtant de plus en plus nombreuses à se positionner sur le créneau du plastique recyclé. Adidas se vantait en 2021 d'avoir conçu une paire de Stan Smith constituée à 50% de plastique recyclé, un coup marketing jugé trompeur par le Jury de Déontologie Publicitaire. La marque Coca-Cola avait quant à elle annoncé en 2019 qu'elle sortait une bouteille constituée à 25% de plastique recyclé. La folie du plastique se poursuit. Pire: on y a ajouté une couche de vernis vert qui rassure.

Le gouvernement s’est lui aussi engouffré dans la brèche du recyclage de plastique, y voyant un objectif plus facilement atteignable que de diminuer la production. La loi antigaspillage et économie circulaire (AGEC) votée en 2020 vise (sans pour autant s'y engager) 100% de recyclage des plastiques à usage unique à l’horizon 2025. Pour Rosalie Mann, cet objectif a des effets pervers. Il contraint les marques ayant abandonné le plastique à le réadopter. Ainsi la chaîne de restauration Wild and the Moon, qui met un point d’honneur à utiliser des emballages en plastique biosourcé, c’est-à-dire d’origine naturelle et sans danger pour la santé et l’environnement, s'est vue demander de recommencer à se servir de plastique recyclé à partir du 1er janvier 2023, sous prétexte que les matériaux de ses emballages ne sont pas recyclables et « perturbent les chaînes de tri ». Ils sont en réalité compostables et biodégradables, une bien meilleure option d’un point de vue environnemental. Rosalie n’en revient pas : « C’est un non-sens absolu d’encourager les marques à utiliser du plastique au nom du recyclage. »

Pour marquer son désaccord avec la ligne de conduite « Réduire, réutiliser, recycler » affichée par le gouvernement, No More Plastic a imprimé son propre « Manifeste 3R : Repenser, retirer, réapprendre » au dos d’une collection de bouteilles en verre de Wild and the Moon. Repenser, pour adopter des alternatives au plastique plutôt que de chercher à le réutiliser en bout de chaîne. Retirer, parce qu’il faut prendre le problème à la racine. Et enfin réapprendre, car il faut tout simplement « bannir l’idée du recyclage. Le plastique recyclé, c’est du poison ‘recyclé’ pour notre santé et pour la planète. »

« Je rêve d’une taxe sur les microplastiques »

Si le recyclage est un leurre, la vraie solution se devine aisément : « réduire drastiquement notre production de plastique. » Et comme toute la société a son rôle à jouer dans ce changement de cap, No More Plastic s’adresse à chacun.

Elle demande en premier lieu aux gouvernements de prendre leurs responsabilités: « Je rêve d’une taxe microplastiques au prorata des microplastiques produits, et d’une loi santé qui contraindrait les industriels à notifier sur un produit en plastique qu’il est dangereux pour la santé. » Pour Rosalie, ces deux lois sont parfaitement envisageables : « c’est une question de volonté politique ». Au lendemain de la réélection d’Emmanuel Macron, No More Plastic lui a adressé une lettre ouverte, signée à ce jour par un peu plus de 16 000 personnes. L’ONG y réclame une politique bien plus ambitieuse sur le plastique.

No More Plastic attend également des milliardaires qu’ils se servent de leur fortune pour financer les innovations des scientifiques. L'ONG elle-même propose aux scientifiques de collaborer : elle est partenaire de l’équipe d’une scientifique ayant développé une enzyme capable de dévorer le plastique sans émettre de gaz à effet de serre.

Quant aux industriels, elle leur intime de cesser la production de plastique. Si plusieurs marques de vêtements conçoivent désormais une partie de leurs collections sans plastique, le geste ne deviendra réellement intéressant que lorsqu'il concernera l'ensemble de la chaîne de valeur plutôt que de se cantonner à une sous-collection. Mais les industriels du textile sont encore réticents. Abandonner le plastique dans un système qui l’a intégré jusqu’à oublier sa présence est un casse-tête économique que Rosalie ne nie pas. « C’est pour cela que l’action des gouvernements est prioritaire. Avec une taxe sur les microplastiques, les industriels n’auront plus le même discours. »

Et le consommateur, dans tout cela ? Il doit essayer de réduire au maximum son utilisation du plastique, mais Rosalie met un point d’honneur à ne pas lui faire porter la responsabilité. « On nous enjoint sans cesse de manger bio et de consommer sans plastique. Dans ce cas, produisons bio et produisons sans plastique ! » Car il est trop facile de faire peser le poids de la transition sur des consommateurs plongés dans un monde où renoncer au plastique est quasi-impossible. Rosalie elle-même s’avoue incapable d’éviter totalement le plastique. Elle consomme en vrac, achète peu de vêtements et toujours en matières naturelles, utilise du maquillage sans plastique dans des pots en verre, et sa carte bleue est en métal… « Mais parfois, reconnaît-elle, je n’ai pas le choix. » Lorsqu’elle s’est retrouvée à court d’eau avec sa famille dans un lieu où ne se vendaient que des bouteilles en plastique, il a bien fallu en acheter une. « Nous voulons simplement que les consommateurs aient le choix. S’ils veulent choisir le plastique, qu’ils le fassent. Mais ils doivent être informés, et avoir la possibilité de consommer autrement. »

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Bonjour,
    L’article suscitait au départ mon intérêt… mais j’avoue ne pas avoir suffisamment d’éléments concrets (chiffres, sources,…) Pour me convaincre vraiment que le plastique recyclé est nocif.
    Le plastique recyclé émet il toujours des micros particules ? Le plastique recyclé qui devient un objet avec une bonne traçabilité et qu’on pourra mettre dans le bon tri sélectif et c’est pas plus intéressant ? Que faites-vous de ces millions de tonnes de déchets plastiques chaque année ?

  2. P Dutartre dit :

    bravo pour cet article, le consommateur a bon dos quand il s'agit de lutter contre les pollutions du type microplastique, à noter par ailleurs que depuis que la mode du "jetable après usage" se développe, il est surprenant de noter que le jetable en question est devenu ultra-résistant ce qui est absurde non?!

  3. Gerard dit :

    N’oublions pas non plus les entreprises ayant conquis le créneau du recyclage des mégots !! Pour en faire du mobilier urbain ou des vêtements !!
    Merci d’avoir publier cet article
    zeromegot .fr

  4. marsu dit :

    Lorsqu'on veut faire quelque chose on a contre soit tout ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voudraient faire le contraire et surtout la grande armée de ceux qui ne font rien...

  5. marsu dit :

    Dire que le "plastique recyclé est du poison recyclé", c'est un point de vue qui gâche les efforts de ceux qui tentent de recycler le plastique
    Etre totalitaire permet de gêner les améliorations, afin que rien ne change jusqu'a l'extinction
    La transition se passe par des compromis. Ceux qui empêchent les compromis sont probablement payés par ce qui veulent que rien ne change...

  6. marsu dit :

    Notamment les efforts pour recycler le plastique et faire quelque chose effraient les commerçant de bien, habitués à ne rien faire d'autre que vendre.
    http://bitly.wswtuY

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