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Un homme face à un géant
© ra2studio via Getty Images

RSE : le CAC40 exige, les prestataires subissent

Le 7 oct. 2019

Quand LVMH, L’Oréal ou Coca-Cola promettent plus de transparence et d’engagement, ce sont tous les prestataires de ces groupes qui doivent se mettre aux normes. Et ce n’est pas toujours facile.  

On ne cesse de le répéter : pour réussir aujourd’hui, il faut être une marque engagée. Et entre l’explosion des normes ISO et la multiplication des labels RSE, on aurait presque tendance à croire que les grandes entreprises ont – enfin – compris la conduite à adopter.

Cet élan de responsabilité s’est accompagné de beaux discours… et de sombres pratiques. En tête de celles-ci : une délocalisation massive pour externaliser ses activités crado dans les pays dits « à risque ». Pour les grandes boîtes, c’est tout bénef : on porte fièrement des valeurs et des causes à défendre, on sort du collimateur des ONG… et on délègue à des fournisseurs extérieurs (généralement en Asie ou en Amérique du Sud) le soin de gérer la production, et d’essuyer, s’il le faut, les critiques.

Enfin ça, c’était avant.

En France, le devoir de vigilance

Il y a d’abord eu les ONG et les médias d’investigation, qui sont allés voir ce qui se passait au-delà de nos contrées pour dévoiler les pratiques peu clean des entreprises. À ce moment-là, « les directions des achats ont pris conscience que les comportements à risque des fournisseurs pouvaient avoir un impact réputationnel », témoigne Sylvain Guyoton, cofondateur d’EcoVadis. La société évalue, selon des critères dédiés, les prestataires des grandes entreprises depuis 2007. « Une entreprise du CAC40 aura plusieurs milliers de fournisseurs. Les directions des achats savent les évaluer selon des critères de qualité ou de fiabilité financière. Mais elles ne sont pas formées pour noter les critères RSE. »

Certains ont eu le nez fin, et ont décidé de s’y mettre avant qu’un scandale n’éclate. D’autres se retrouvent au pied du mur. En 2017, une loi relative au devoir de vigilance des entreprises a été votée. Ces dernières doivent prévenir les risques sociaux, environnementaux et de gouvernance liés à leurs opérations. Un devoir qui s’étend aux activités de leurs filiales… et de leurs sous-traitants et fournisseurs.

Plus possible de regarder à l’Ouest, donc, quand ça chauffe dans les usines de l’Est.

La mondialisation continue mais change de visage

On pourrait se demander si le fait d’évaluer les fournisseurs ou d’en être responsables ne donnerait pas des envies de relocalisation aux entreprises. « On le voit de temps en temps, souffle Sylvain Guyoton. On reparle du made in France… mais c’est encore trop petit, à mon avis, pour en faire une généralité. »

Ce qu’il constate en revanche, c’est que les chaînes d’approvisionnement sont très volatiles et que les pays jugés compétitifs il y a quelques années ne le sont plus forcément aujourd’hui. Si l’on prend l’exemple de la Chine, les salaires ont augmenté ces dernières années, et le gouvernement adopte une politique environnementale très stricte, qui permet notamment de fermer une usine du jour au lendemain. « De nouveaux pays s’ouvrent à la mondialisation. Pour le textile, les entreprises auront plutôt tendance à sous-traiter en Éthiopie. »

La course au moindre coût continue

Des pratiques qui sont loin d’être alignées avec les discours. « La course au moindre coût continue », reconnaît Sylvain Guyoton. Sauf quand elles sont obligées de recourir à de la main d’œuvre qualifiée – il explique que dans la tech et la chimie, il n’existe pas d’alternatives à la Chine – les entreprises continuent de chercher à produire plus pour moins cher. « Je pense néanmoins que ça ne pourra pas continuer indéfiniment. » On l’espère, mais on attend de voir.

Se faire évaluer pour changer les pratiques

Les intentions d’EcoVadis sont louables : en évaluant les prestataires, les équipes espèrent aussi éveiller les consciences. « Une entreprise qui se fait évaluer, ce sont potentiellement des conditions de travail ou un impact environnemental qui s’améliorent. Ces sociétés ont tout intérêt à être bien notées : elles figurent ensuite sur notre plateforme, et bénéficient de la force du réseau. » Bien sûr, nul n’est obligé d’accepter d’être évalué. « Mais c’est dans leur intérêt, estime Sylvain Guyoton. La démarche demande un peu de travail la première fois, pour réunir les documents nécessaires, mais ensuite c’est facile. Et ça permet d’être bien référencé. »

Sur le principe, évidemment qu’il est plus heureux qu’une entreprise, quelle que soit sa taille, respecte l’environnement et ses employés. Dans les faits, on ne peut s’empêcher de se demander si ce ne sont pas les exigences des grands groupes qui ont initié de telles dérives. Auquel cas, plutôt que d’exiger de leurs fournisseurs qu’ils soient d’équerre, et de les sanctionner dans le cas contraire… pourquoi ne pas les accompagner sur la voie de la transition ?

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