Balance ta start-up : comment la marque Lõu Yetu se retrouve dans la tourmente

La promesse ? « Des bijoux espiègles et made in France ». La réalité ? Des conditions de travail déplorables et des produits made in China. Le tout documenté par des centaines de témoignages, venus d’un compte Instagram. Et ça fait déjà bouger les choses.

« Inhumaine », « L’enfer sur terre », « Abus de biens sociaux », « Production en Asie », « Bijoux achetés chez des fournisseurs chinois »… les témoignages à l’encontre de Lõu Yetu dénotent avec les commentaires élogieux que les médias consacraient à l’entreprise de bijoux il y a encore quelques années. À l’époque, on vantait les mérites de sa créatrice, le « brillant succès » de son Insta-marque, et la qualité de ses bijoux fantaisie. Sauf que depuis quelques jours, les langues se délient. Le succès de Lõu Yetu est peut-être né sur Instagram, mais c’est aussi le réseau qui pourrait causer sa perte. À l’origine du tourment, le compte @balancetastartup, qui cumule plus de 110 000 followers et des centaines de témoignages.

Quand Instagram fait et défait les marques

Créé en décembre 2020, le compte Instagram Balance Ta Start-Up s’inscrit dans la lignée de nombreux autres. Des agences de com’ aux rédactions en passant par les tatoueurs, tous les secteurs ont leur balance. Objectif : dénoncer les pratiques abusives et, si possible, rectifier le tir. « Parce que le baby-foot, c’est cool, mais [que] le droit du travail c’est encore mieux », BTSU dédie sa page aux abus de la start-up nation. Lydia, Meero, Swile, Doctolib… les dénonciations sont nombreuses, mais celles qui ont fait exploser le compte ces derniers jours concernent les bijoux Lõu Yetu. Il faut dire que, contrairement aux autres entreprises incriminées, Lõu Yetu n’aurait pas fait qu’abuser les personnes qui y travaillent. Sont concernées directement les consommatrices qui pensaient acheter des produits made in France et de bonne qualité. On ne touche pas là qu’aux pratiques RH : on assiste aux dérives d’un storytelling mensonger. Résultat : les fidèles de la marque se désabonnent par milliers. Le compte Instagram de la marque, qui comptait plus de 620 000 followers avant les révélations de BTSU, a perdu plus de 25 000 abonné.e.s en l’espace de 48 heures, selon les données de Social Blade. Un désamour qui répond aussi à la stratégie déployée par la marque sur Instagram depuis des années. Entre jeux concours, sondages ou collaborations participatives, Lõu Yetu a tout misé sur le réseau chouchou des créateurs et créatrices pour se faire un nom. Il n’est donc pas surprenant que ce soit aussi le terrain que désertent les personnes les plus déçues.

Des critiques « entendues »

Les premières réactions ont été de fermer la boutique – officiellement pour inventaire –, de supprimer le compte Instagram de la créatrice puis de désactiver les commentaires du compte de la marque.

Plus tard, les équipes ont partagé un communiqué :

« Si nous entendons les critiques, et saluons les alertes lorsqu’elles sont justes, nous ne pouvons pas laisser circuler des choses fausses ou infondées sans y répondre. (…) Depuis 2017, nos produits sont créés et assemblés en France dans notre atelier à Paris. Nous ne travaillons avec aucun grossiste qui nous livrerait des produits finis sur catalogue et encore moins avec des fabricants étrangers de bijoux finis. Certains composants de nos bijoux – pierres, fontes, chaînes – peuvent provenir de pays étrangers mais ils sont transformés et assemblés par nos soins avec nos ateliers partenaires parisiens », peut-on lire.

Quant aux conditions de travail en interne, les équipes promettent un audit. Des annonces insuffisantes pour les gens qui y travaillent, qui craignent l’obligation de devoir témoigner à visage découvert.

Commentaires

  • On précise que la totalité des attaques sont anonymes, que le compte lui même est anonyme et que si la marque prend un avocat tous ces gens qui attaquent en meute une entreprise en croyant rester anonymes vont se retrouver au tribunal et devront apporter des preuves recevables et rendrent des comptes. La vengeance en meute numérique est aussi aujourd'hui une pratique de marques concurrentes qui veulent "tuer" un concurrent. Tout ça est totalement illégal.

    • 1. Toutes les attaques ne sont pas anonymes
      2. Vous mettez sur la table une possible orchestration, par la concurrence, d'une campagne de dénigrement : vous reprochez l'absence de preuves derrière les témoignages, quelles sont alors celles vous permettant de formuler cette hypothèse ?
      3. Bon nombre des témoignages mentionnent l'existence d'éléments de preuve (stocks; boutiques adjacentes vendant les mêmes produits; emails; dossier médicaux) qui auront peut-être un certain poids dans le cas d'un éventuel jugement, dont le délibéré selon vous ne pourrait avoir qu'une seule issue.

      Attendons patiemment, donc.

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