habillage
une mappemonde illuminée avec des mains
© William Navarro via Unsplash

La méthode de Gunter Pauli, le Steve Jobs du développement durable, pour sauver la planète

Le 3 juin 2019

Changer nos méthodes pour relever les défis de la transition écologique ? On est plutôt pour. Mais concrètement, comment fait-on ? Gunter Pauli nous l'explique en 12 principes, testés et approuvés.

Passer à une approche 3D

Vous voyez l’agriculture intensive, en monoculture et spécialisée ? C’est la vision 2D. La 3D fonctionne en considérant que tout est ressource.

Exemple  

L’école polytechnique de Jakarta voulait faire passer un élevage intensif de crevettes en format 3D. Les équipes ont planté des palétuviers le long de bassins désaffectés. Les eaux assainies ont attiré des microalgues qui ont rendu possible l’élevage d’autres espèces – des crabes et deux types d’algues alimentaires (la chlorelle et la spiruline). Par ailleurs, ces arbres produisent des fruits qui ont permis de fabriquer des confiseries, et leurs feuilles ont nourri des chèvres qui ont donné du lait. Chacun de ces développements a généré de nouveaux revenus, amélioré les rendements de l’élevage et assaini son bilan écologique.

 

Utiliser ce qu'on a autour de nous

Que les ingrédients d’un cookie aient fait le tour du monde avant d’être cuisinés et le refassent pour être commercialisés ne gêne personne ? On siffle la fin de la partie pour la mondialisation à outrance, et on revient à une approche plus locale

Exemple 

La fondation ZERI (Zero Emissions Research and Initiatives) a mené un projet au Zimbabwe. Il s’agissait de faire pousser des champignons tropicaux très riches en protéines et acides aminés sur des jacinthes d’eau coupées. Simple ? Oui. Vingt ans après, le modèle a essaimé. Plus de 5 000 entreprises partout dans le monde utilisent leurs déchets agricoles pour lancer un business complémentaire avec ces champignons. La ville de Belgrade, sur ce modèle, est devenue autosuffisante en champignons.

 

Viser la qualité

Nous produisons des aliments de moins en moins riches en valeur nutritive, et nos dépenses de santé explosent – 10 000 dollars par an pour un Américain moyen. Et si on inversait la tendance en subventionnant une agriculture permacole, dont les produits sont nettement plus sains ?

Exemple 

Karl Schweisfurth, fondateur de Herta, a vendu son entreprise à Nestlé afin de lancer une ferme de 100 hectares sur un modèle intégré : maîtrise de la production (bio, évidemment), de la transformation, de la distribution avec création d’un restaurant et même d’un hôtel. Aujourd’hui, l’entreprise a reproduit son modèle en Allemagne, mais aussi à l’international. À consulter : herrmannsdorfer.de

 

Créer une multitude d'avantages pour tous

Fabriquer des produits qui ne servent à rien pour concentrer la création de richesse sur quelques-uns… est-ce qu’on ne peut pas faire mieux que ça ? Si. On peut assurer de meilleures conditions de vie aux humains, à la flore et à la faune.

Exemple 

En Inde, l’exploitation des thés Hathikuli était confrontée à un appauvrissement de ses sols. Sa rentabilité ayant dévissé de moitié, elle ne pouvait plus assurer un emploi stable à ses salariés. Elle a retrouvé le profit en passant à une culture raisonnée de ses théiers, et en lançant des activités complémentaires : la culture de champignons sur ses résidus agricoles (encore), des safaris-photos grâce aux animaux sauvages revenus…  

 

Penser optimisation

On adore les pandas. On devrait pourtant s’inspirer des cafards. Résilients, inventifs, ils ne mangent pas que des pousses de bambou. Ils s’adaptent à tout type d’environnement et en tirent le meilleur parti.

Exemple

La petite entreprise italienne Novamont s’est intéressée aux propriétés du chardon, une plante sauvage qui pousse sans engrais. Ils ont découvert qu’on pouvait en extraire une huile qui s’avère être un excellent pesticide, et un lubrifiant efficace pour l’entretien des machines agricoles. Ils ont aussi mis au jour une bactérie enzymatique qui permet de faire du fromage de chèvre, de la cellulose pour faire de l’alcool, et un fabuleux antirides. Et quand ils ont tout extrait, ce qui reste peut encore nourrir les animaux d’élevage.

 

Générer de la diversité

A-t-on vraiment besoin de boire le même soda de Pékin à Buenos Aires, alors que la nature fournit une variété de plantes qui répondent à nos besoins en tenant compte du climat et des saisons ?

Exemple

Le mouvement Slow Food, fondé par Carlo Petrini pour sauvegarder la diversité des cultures et des cuisines, a lancé des initiatives partout dans le monde. Il est à l’origine du projet des supermarchés italiens Eataly, qui ne proposent dans leurs rayons que des produits issus de la production locale.

 

Revenir aux sciences physiques

Inutile de transformer le vivant ! Il s’avère nettement plus efficace et moins dangereux de jouer avec la nature plutôt que contre elle.

Exemple

Paolo Lugari s’est installé en 1967 dans les plaines orientales de la Colombie. Les sols étaient trop arides, la chaleur trop intense, et rien ne poussait. Les engrais s’avéraient inutiles. Il a fini par trouver la solution avec un pin originaire du Nicaragua. Aujourd’hui, la région est couverte de 8 millions d’arbres, de 250 plantes indigènes… et la terre est à nouveau fertile.

 

Rechercher le régénératif

Le biodégradable, c’est bien, le durable, c’est utile. Mais on peut aller plus loin. Nous devons viser un bilan carbone positif. Et c’est possible… pas simple, mais possible.

Exemple

Le nylon a détrôné la soie. Mais cette dernière pourrait prendre sa revanche. En effet, elle présente de très nombreux débouchés : dans la cosmétique, dans la médecine, pour réparer les cartilages ou la moelle épinière ; elle peut même remplacer certains métaux et le plastique. Par ailleurs, le mûrier est un arbre qui résiste très bien aux conditions extrêmes et a l’avantage de régénérer et fertiliser les sols.

 

Favoriser l'autonomie

Acheter moins cher permet d’acheter plus souvent… mais à ce jeu-là, les producteurs locaux ont été les grands perdants, et nous les avons vu peu à peu disparaître. Cela a eu pour conséquence de nous rendre dépendants des très grands groupes. Et si on revenait à l’autonomie ?

Exemple

L’île d'El Hierro est la plus petite de l’archipel des Canaries. Autrefois riche en ressources, elle était pourtant devenue totalement dépendante des importations. Il n’y avait plus de boulot pour ses jeunes, qui partaient. Mais, en quelques années, elle a retrouvé sa vitalité. Elle a réhabilité une activité de pêche raisonnée, puis a relancé ses vignobles, son élevage – en optant pour celui des chèvres et non plus de bovins –, et organisé son indépendance énergétique.

 

Susciter l'abondance

Nous avons perdu l’habitude d’envisager nos déchets comme des ressources. C’est d’autant plus dommage que c’est là que se trouve la clé de l’abondance.

Exemple

Pour produire une tonne de papier, nous abattons 20 arbres, et une seule feuille nécessite 14 litres d’eau. Son recyclage en consomme encore davantage. En Chine, on fabrique désormais du papier à base de déchets de roche des carrières, sans avoir recours à une seule goutte, et avec des capacités infinies de recyclage.

 

Régénérer les écosystèmes

La nature ne choisit pas entre vivre et mourir. Chaque destruction porte en elle la semence d’une création nouvelle. C’est pourquoi il faut chercher à accompagner le germe de ce qui peut advenir.

Exemple

L’île de Zanzibar était mal en point. Sa flore et sa faune étaient exsangues, et sa population, d’une grande pauvreté. Il a été choisi de cultiver des algues marines dans des fermes d’élevage. Elles ont une valeur marchande, et surtout la capacité de régénérer les récifs coralliens… et donc l’ensemble des fonds marins.

 

S'améliorer à tout moment

Non. Nous n’avons pas à choisir entre une perfection qui serait du côté d’un bien absolu et un mal qui serait tout le reste. Comme, par ailleurs, chacun arrive avec sa propre vision de la perfection (la mondialisation, c’est top, ou le protectionnisme, c’est génial), chercher dans ce sens ne fait qu’alimenter la machine à tensions… et constitue surtout un barrage à la recherche. Nous devons nous focaliser avant tout sur les solutions pour, collectivement, créer un modèle meilleur et plus efficace, plus rapidement et à plus grande échelle.


Cette méthode est parue dans la revue 18 de L'ADN. Pour vous procurer votre numéro : cliquez ici.


À LIRE

Gunter Pauli, Soyons aussi intelligents que la nature ! Éditions de l’Observatoire, mai 2018

PARCOURS DE GUNTER PAULI 

Industriel belge, il reprend la société de produits ménagers Ecover et la transforme en modèle d’économie verte. Quand il comprend que la base de son entreprise repose sur l’exploitation de l’huile de palme, il la vend. Il crée alors la fondation ZERI (Recherche et Initiatives pour Zéro Pollution), qui se présente comme « un réseau global d'esprits créatifs ». Membre du Club de Rome, il milite pour la diffusion de solutions véritablement durables à dimension sociale, notamment au travers de livres, de conférences et de cours d’éducation auprès des plus jeunes.


ALLER PLUS LOIN

> Pourquoi les entreprises doivent passer à l'économie bleue

> Les industriels qui ne changent pas leurs pratiques devraient aller en prison

> Comment les villes peuvent montrer la voie en matière d'écologie

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.