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Un ours polaire marchant sur la banquise fondue
© Mario_Hoppmann via Getty Images

Rob Hopkins : « Être climato-sceptique en 2019, c'est comme affirmer que la Terre est plate »

Le 1 avr. 2019

Vous pensez que la permaculture, c'est un truc de bobo ? Que - foutus pour foutus -, autant continuer à rouler en 4x4 ? Rob Hopkins pourrait bien vous faire changer d'avis. Les villes peuvent être écolos, et c'est réjouissant !

Rob Hopkins a fondé le mouvement des villes en transition - Transition Network - en 2005. Depuis, il parcourt le monde et partage les bonnes pratiques. Interview.

Pensez-vous que les villes doivent montrer la voie en matière de transition écologique ? Peuvent-elles être des laboratoires d’expérimentation avant de déployer des modèles à grande échelle ?

Rob Hopkins : Je ne suis pas certain que ce soit à quelqu’un ou à un endroit en particulier de « montrer la voie ». Nous faisons face à une urgence climatique, et la réponse doit venir de partout. Des gens, des communautés, des entreprises, des écoles, des gouvernements locaux et nationaux, des vieux, des jeunes...

Oui, les villes ont un rôle vital à jouer, un rôle majeur. Elles doivent être des lieux qui peuvent changer plus vite et créer des modèles vertueux. Aux États-Unis, où le gouvernement national refuse ne serait-ce que de reconnaître le problème, le sujet du dérèglement climatique est porté par les villes. Et elles font des choses formidables !

Quelles sont, selon vous, les villes les plus inspirantes ?

R. H : Des villes comme Barcelone ou Bologne sont incroyables. En plus de lutter contre le dérèglement climatique, on y propose de nouveaux modèles démocratiques. Création d’assemblées de voisins, de comités de locaux qui dessinent de nouvelles voies et qui influencent les politiques locales… À Bologne, le gouvernement de la ville s’est doté d’un Office for Civic Imagination, qui agit comme un pont entre les habitants et le gouvernement. Ce département permet aux gens de réaliser leur vision ou leurs rêves, alloue les bâtiments vides, et verse des fonds aux initiatives locales grâce à un budget participatif. Si on fait les choses correctement, les villes peuvent assurer une décarbonisation tout en étant plus démocratiques, plus imaginatives, plus ludiques et plus en lien avec la nature.

Des villes comme Detroit ou Medellin ont connu de terribles crises et sont aujourd’hui présentées comme des modèles en termes de transition. Est-ce que les villes doivent atteindre un certain seuil de saturation pour commencer une transition ? Est-ce qu’elles doivent être dans un état critique (de densité, de pollution, d’inégalités ou économique) ?

R. H. : Je pense que chaque ville du monde peut se déclarer en crise ! Le pouvoir du dérèglement climatique est qu’il va affecter tous les endroits du globe. D’un coup, l’idée de réimaginer et reconstruire devient pertinente à tous les niveaux.

Mais il est vrai que quand tout va bien, il y a moins d’intérêt à tout réinventer. Pour des villes de l’ère post-industrielle comme Detroit (Michigan), c'est une nécessité. D’autres, comme Jackson (Mississippi) ou Preston (Royaume-Uni), n’ont pas grand-chose à perdre. Ce sont souvent ces villes-là qui engendrent les transformations les plus aventureuses. Attention toutefois : les villes qui ont tout perdu ont un défi à relever. Soit elles se reconstruisent sur des fondations de justice sociale et d’inclusion, soit elles se reconstruisent sur une politique de la peur et de la xénophobie – c’est ce que l’on voit en Europe. C’est pour cela que nous avons cruellement besoin de bons exemples.

Qu’en est-il des villes nouvelles ? Est-il plus facile pour elles d’innover et d’être responsables que les villes plus anciennes ?

R. H. : Il y a des plus et des moins dans les deux cas. Les villes anciennes ont été créées avant l’apparition de l’automobile. Il est donc plus facile de les réimaginer sans voiture. Bien sûr, si vous construisez de nouvelles villes aujourd’hui, il n’y a aucune excuse pour ne pas les concevoir de façon à ce qu’elles rejettent le moins de carbone possible. Aucune excuse.

J’ajouterais qu’il ne faut pas concevoir les nouvelles villes en se basant sur de fausses idées. Dans un monde où l’on veut rester en-dessous des 1,5° de réchauffement climatique, on ne peut pas se contenter d’ajouter des panneaux solaires tout en gardant de vieux modèles. Les études scientifiques montrent que pour parvenir à cet objectif, il faudra réduire de 12% nos émissions chaque année, et avoir atteint la neutralité carbone aux alentours de 2030-2035. C’est un combat qui s’étend bien au-delà de la « durabilité » (voitures électriques, énergies renouvelables etc.). Pour moi, et pour l’ensemble du mouvement Transition, ça veut dire que le futur devra être intrinsèquement plus local. Que les villes devront produire la majeure partie de leur alimentation, à l’intérieur même des villes ou en périphérie. Les économies des villes vont être plus diverses, et nos cités vont devoir produire plus que ce qu’elles consomment. Nous allons moins voyager, mais vivre dans des quartiers plus cohérents et mieux connectés. La biodiversité des villes sera aussi plus favorisée.

Certains gouvernements sont profondément climato-sceptiques. Est-il possible pour les villes d’agir malgré tout ? Avez-vous des exemples précis pour les États-Unis ou le Brésil, par exemple ?

R. H. : Être climato-sceptique en 2019, c’est comme affirmer que la Terre est plate. Ou être créationniste. Ou affirmer que l’Homme n’a pas été sur la Lune. C’est une position ridicule, profondément indéfendable qui n’existe que parce que c’est considéré comme l’un des fondements de la droite conservatrice libertarienne. Aux États-Unis, on voit que certaines villes prennent le lead malgré le gouvernement climato-sceptique. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Californie, qui fait figure de leader mondial en matière d’énergie renouvelable. C’est très inspirant. Personnellement, je choisis d’ignorer ces gens. Débattre avec les climato-sceptiques est une totale perte de temps. Ils ne peuvent pas être convaincus, et sont souvent soutenus par de puissants investisseurs et des intérêts financiers. Plutôt que de se concentrer là-dessus, il faut se mettre à créer l’avenir et raconter les histoires de futurs possibles, dire qu’un monde bas carbone permettra plus de liens, moins de solitudes, plus de sens dans le travail, des repas plus sains et délicieux, plus de loisirs, de communautés et de joie. Le tout, soutenu par des énergies renouvelables.


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