Trois lectures pour faire de la crise du Covid-19 une opportunité pour changer

En semaine 5 de confinement, le temps commence à vous sembler long et les perspectives sombres ? Ici trois articles qui vous donneront envie de faire de la crise du coronavirus un enseignement utile pour la suite.

Et si on apprenait à faire avec les catastrophes prévisibles ?

Par Tim Harford, le 6 avril, dans Finantial Times - à suivre sur son site 

Si vous ne connaissez pas Tim Harford : 

C’est un journaliste anglais, économiste et philosophe de formation. Chaque fois que Tim écrit un livre (il a en écrit quatre), se fend d’une chronique (The Undercover Economist parait régulièrement sur le Financial Times), ou tourne une série (comme Trust me, I'm an economist sur la BBC), il monte au filet avec des idées qui claquent et un humour délicieusement acide. Et on se prend à trouver l’économie furieusement drôle et palpitante.

Le constat de Tim Harford : 

Quelques scientifiques compétents, certains observateurs avertis ont beau nous alerter des catastrophes à venir, il semble que nous sur-jouions toujours la surprise. Et pourtant. Si le monde est un endroit imprévisible, l'imprévisibilité n'est souvent pas le problème. Le problème est que face à des risques évidents, nous ne parvenons jamais à passer à l'action.

Trois idées fortes à retenir :

  1. Les risques de pandémies sont connus depuis longtemps. À revoir ici la conférence TedX de Bill Gates qui se la jouait lanceur d’alerte : La prochaine épidémie ? Nous ne sommes pas prêts. Mais les sources citées sont nombreuses et plus solides. Le Global Preparedness Monitoring Board (GPMB), par exemple, notait dans un rapport publié en octobre 2019 qu'une pandémie « semblable à l'ampleur et à la virulence de celle de 1918 coûterait à l'économie moderne 3 billions de dollars. » Des prévisions apparement trop énormes pour interpeller.
  2. Tim souligne que notre aveuglement est collectif. Lui-même, alerté par une épidémiologiste, le Dr Nathalie MacDermott du King's College de Londres, de l'éminence de la catastrophe dûe au Covid-19, s'est contenté d'en prendre bonne note.
  3. Pourquoi tant de déni ? Les psychologues décrivent des biais cognitifs : le biais de normalité, d'optimisme, l'instinct du troupeau... Et Tim Harford de rappeler que si prévoir les crises est vital, aucune prévision n'empêchera la catastrophe si on ne les prend pas au sérieux. Et de conclure : la prochaine fois, serons-nous mieux préparés ? Une question qu'on pourrait décider d'être notre actualité.

 

Les cygnes verts : le capitalisme est mort, vive le capitalisme régénératif !

Par John Elkington, le 14 avril, dans Sustainable Brands 

Si vous ne connaissez pas John Elkington : 

On dit de lui que c'est le « parrain de la durabilité ». John Elkington a écrit, sur les 30 dernières années, une vingtaine d’ouvrages archi-référents sur le développement durable et l’innovation sociale. Cet entrepreneur anglais parle clair et fort comme dans cette interview qu’il nous avait donné en 2019 : "Halte au business pas modèle". Les propos qu'il y tient paraissent encore plus pertinents par temps de Covid-19. Son dernier livre vient de paraître : Green Swans: The Coming Boom In Regenerative Capitalism. Et il pourrait faire date.

Le constat de John Elkington : 

Le titre « Green Swans » (les cygnes verts) fait référence au livre de Nassim Nicholas Taleb, souvent jugé révolutionnaire, Le cygne noir, prévoir l'imprévisible. Dans cet ouvrage, l’auteur définissait un cygne noir comme un événement rare caractérisé par son impact extrême et sa prévisibilité rétrospective. Il mettait l'accent sur les transformations dégénératives qu’il provoquait. Pour John Elkington, les cygnes verts auront des impacts tout aussi radicaux que leurs cousins noirs, mais à l'inverse d'eux, ils produiront des effets régénératifs sur nos sociétés, nos économies, nos cultures.

Trois idées fortes à retenir :

  1. Avec les changements climatiques, la pression démographique entre autres, le niveau d’incertitude augmente. Nous devons envisager que nous allons vivre une succession de crises systémiques et cycliques.
  2. Plutôt que de conduire à la dégénérescence comme de nombreux cygnes noirs, les cygnes verts peuvent nous aider à stimuler la résilience et la régénération.
  3. Pour John Elkington, les cygnes verts sont déjà en train d'élaborer un « capitalisme régénératif », et ils seront les seuls capables de survivre à la mort annoncé du capitalisme.

 

« Rester dans la grotte » ou comment un bon ascète peut en imposer aux dieux

Par Rémi Bordes, le 15 avril, dans Le Monde 

Si vous ne connaissez pas Rémi Bordes : 

Il est ethnologue, et enseigne à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) la littérature du Népal. Il a publié en 2017 Le Chemin des humbles. Chroniques d’un ethnologue au Népal, où il témoigne des personnes, des usages et des lieux qu'il croise pour ses travaux.

Ce que nous raconte Rémi Bordes : 

Il nous parle d’un ailleurs, du Népal donc, et on s'étonne de notre appétit décuplé d'aller à sa rencontre. On a vraiment envie de savoir, pas par curiosité intellectuelle, mais par besoin profond de comprendre comment d'autres ritualisent le confinement, et le transcendent. « Plutôt que d’isoler, ce type de confinement vous confie les clés d’un autre espace », raconte Rémi Bordes. Et quand il nous explique comment son « « moi » de petit Français » tente de s’accrocher d’abord comme l’avare à sa cassette, puis « subit une sorte d’érosion », on est vraiment avec lui, quelque part, loin, au Népal.

 

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