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Deux enfants tenant des liasses de billets

Numérique : nos enfants travaillent gratos… Et il est temps d’y remédier

Le 30 oct. 2018

Ils dansent sur Tik Tok, jouent sur Minecraft et se filment sur YouTube. Les kids abreuvent le net de contenus… le tout pour zéro euro de revenus. L’écrivain et chercheur Jordan Shapiro s’en émeut, au point de proposer de nouvelles législations quant au travail des enfants.

Au boulot les marmots !

Il n’est pas là question de faire ses devoirs ou d’aider à participer aux tâches ménagères… Mais d’un travail créateur de valeur pour une entreprise. Et oui, comme tout être connecté qui se respecte, les enfants participent activement à l’économie numérique. Et pour Jordan Shapiro, écrivain et auteur américain, il serait temps de légiférer un peu sur tout ça.

Playbour : siffler en travaillant quand on est un enfant

Dans une tribune publiée sur Medium, il reprend une notion empruntée au théoricien du jeu Julian Küchlich : celle du playbour, un mot valise mixant play (jeu) et labour (travail). L’intention derrière le mot est de montrer que la frontière entre le loisir et la production s’affine dangereusement. Surtout depuis qu’internet transforme nos jeux et nos envolées créatives en biens de consommation. Le principe n’est pas nouveau : je poste une photo sur Instagram et un autre utilisateur pourra l’apprécier.

Pour les plus jeunes, la démarche s’exporte sur d’autres canaux. Les enfants de l’auteur sont par exemple des inconditionnels de Minecraft, que les joueurs peuvent modifier à l’infini – cette pratique s’appelle le modding, pour ceux qui ne seraient pas familiers. Quand ils jouent, « ils augmentent la valeur d’un produit qui appartient à d’autres. Oui, ils s’amusent, mais Mojang et Microsoft – qui possèdent Minecraft – profitent financièrement du travail non rémunéré de mes enfants. »

On a accepté le freemium sans broncher. Mais ce qui rapporte du cash, ce sont les données

Il rappelle que la majorité des applications ou jeux qui séduisent les plus jeunes reposent sur le modèle du freemium – la version de base est gratos, et puis on paye pour une expérience plus poussée. « On l’a accepté aveuglément (…), au pire, on se plaint de techniques marketing agressives façon casino, analyse-t-il. Sauf que la majorité des profits ne viennent pas de ces petites transactions (…), mais plutôt des données générées par l’analyse des comportements des mineurs. »

Toutes ces données pourront, selon lui, alimenter le boom de l’économie de l’intelligence artificielle à venir. En ce sens, ces données doivent être considérées comme des ressources financières – « et il convient de protéger les droits des mineurs qui les créent. » Pour rappel, les internautes de moins de 16 ans ne peuvent accepter que l’on collecte leurs données selon les textes du RGPD, et le COPPA (Children’s Online Privacy Protection Act) aux Etats-Unis établit l’âge du consentement à 13 ans. Autant dire que les enfants sont carrément exclus – légalement – d’un système qu’ils alimentent en permanence.

 

Le temps c’est de l’argent

En considérant les données comme un bien de consommation, Jordan Shapiro imagine un système simple : de l’argent contre du temps d’écran. « Les organisations pourraient ainsi prendre en charge les frais de scolarité de mes enfants en les rémunérant en fonction du temps qu’ils passent devant les écrans à créer de la valeur avec leurs données. Imaginez un peu à quel point ça impacterait le débat sur le temps d’écran. »

Qu’il s’agisse de dividendes, de royalties ou de salaires, peu importe. « Le sujet, c’est que nous devons compenser nos enfants pour leur playbour. Il faut trouver un moyen de redistribuer la valeur qu’ils créent pour qu’ils puissent bénéficier de leur travail. Soit on fait comme ça, soit on continue de faire semblant de penser que les enfants produisent des données par charité, conclut-il. Et qu’ils devraient être heureux de partager les fruits de leur playbour gratis. »

Et pour nous autres, les plus vieux, la question semble tout aussi pertinente. Jusqu'à quand accepterons-nous d'être les playboureurs du Net ?


Jordan Shapiro est l'auteur de The New Childhood: Raising Kids to Thrive in a Connected World.

Crédit photo : Getty Images 

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