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Un homme en train de faire la fête avec des paillettes à son bureau
© xavierarnau / Getty Images

Non, les Chief Happiness Officers ne sont pas là pour gérer le bonheur des employés

Le 27 nov. 2018

À la mode pendant un temps, le CHO est parfois jugé inutile ou cosmétique. Le problème vient peut-être d’une mauvaise appellation et d’un manque de compréhension. Explications.

Nous les premiers, on a adoré les détester. Les Chief Happiness Officers sont apparus sur le marché du travail avec la promesse miracle de rendre heureux les salariés. Sur le papier c’est alléchant, dans les faits on constate forcément que ça ne fonctionne pas tout le temps. Alors on en a fait la critique, de ces supposés charlatans du nouveau monde du travail. On a avancé que ce n’était pas aux entreprises de s’occuper du bonheur des gens. Et que quand elles s'y essayaient, c’était forcément pour proposer une vision du bonheur normée et biaisée.

Et puis on s’est dit qu’on allait interroger les premiers concernés pour voir ce qu’ils avaient à nous raconter. Rencontre avec Alexis Fressard, MojOffice Manager de l'agence Dare.Win.  

« Je ne suis pas là pour rendre les gens heureux. »

Son titre est inhabituel. « MojOffice Manager », ça veut dire qu’Alexis cumule les fonctions d’Office manager – il s’assure d’un environnement de travail adéquat, du bon fonctionnement du matériel et d’un mobilier adapté et confortable – et de Chief Happiness Officer. Sur ce dernier point, il explique que ses missions sont liées à l’événementiel et la communication interne. « Apéros, journées et soirées thématiques, team building, voyages d’entreprise… je gère tout ce qui permet de resserrer les liens des gens de l’agence. »

Il explique que les deux parties de son métier son très liées – « l’environnement de travail est une première approche du bien-être » - mais que son rôle n’est pas de rendre les gens heureux. « Quand le métier est apparu dans les années 2000, on l’a estampillé ‘‘bonheur’’ parce que les gens font tout le temps la gueule. Mais nous ne sommes pas des magiciens. Peut-être qu’il faut changer la dénomination, admet-il. Nous on a joué sur le côté « mojo », ça un côté plus cool et ça s’appuie moins sur une théorie philosophique du bonheur sur laquelle il y aurait matière à débattre. Je me considère plutôt comme un facilitateur. »

Parce que le quotidien d’Alexis, c’est de rendre service. S’assurer que les journées se déroulent sans encombre, qu’un ordinateur en panne soit rapidement réparé… En définitive, « faire en sorte que les collaborateurs se sentent bien, que l’environnement de travail soit idéal et qu’on puisse travailler dans les meilleures conditions possibles. » Par contre, il insiste : « je ne suis pas là pour rendre les gens heureux ou assurer le bonheur de chacun. Ça, ça passe par le management. »

Les mauvais managers existaient avant les CHO

Alors que certains estiment que les initiatives des entreprises visant à assurer le bien-être des employés seraient excluantes – « Untel n’est pas venu à l’apéro, il n’est pas corpo » -, il s’agirait avant tout… d’un problème de management. « L’objectif, c’est avant tout de créer des moments de convivialité. Juger des employés qui ne seraient pas intéressés ou pas disponibles pour y participer, c’est le signe d’un mauvais management. »

Il identifie un autre type de dérive. « C’est sûr qu’il y a des gens qui installent des baby-foots ou des canapés confortables en se disant que les gens resteront plus tard le soir. Mais ce type d’intention ne date pas d’hier ! J’imagine qu’il y a tout un tas de dirigeants sans scrupules, mais c’était déjà vrai avant que le métier de CHO ne soit créé » analyse-t-il.

Dans les faits, il estime même que les entreprises ont toujours bénéficié de ces « employés ++ » dont une partie du job était de s’assurer du bon déroulé des journées et de faire en sorte que les employés aiment leur boîte.

Ça n’était pas formalisé, c’est tout – ou alors au sein des comités d’entreprise.

En termes de modèle, on rêve encore des GAFA

Selon lui, le fait de formaliser ce métier justement n’est pas nécessairement le signe que les choses vont moins bien qu’auparavant. « Il y a toujours eu des burn-outs ou des gens qui n’aimaient pas leur boulot. Maintenant, c’est plus mis en avant. »

Notamment parce que nos attentes en matière de travail ont évolué. On n’imagine plus rester toute sa vie dans la même entreprise. Et l’environnement de travail devient un élément crucial du recrutement et de la rétention des talents… « Toutes les grosses boîtes américaines de la Silicon Valley ont créé des modèles hyper cools à ce niveau-là. C’est devenu une vraie demande des salariés. »

Au même titre que l’engagement d’une entreprise. Il explique qu’il veille ainsi à ce que l’agence dans laquelle il travaille soit plus responsable. « Plutôt que d’aller à Carrefour, on va utiliser des produits invendus pour nos apéros. On met en place le tri sélectif. On participe au Giving Tuesday. Mon job est façonné par ma personnalité, mais aussi par des réflexions communes avec les équipes. Il traduit un état d’esprit, le ‘‘petit plus’’ cool du quotidien. »

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