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babyfoot joueurs en gros plan

Vous pensez qu'un bon team building va souder vos équipes ? Heu... n'en soyez pas si sûrs

Le 6 nov. 2018

Un tournoi de baby-foot, un cours de yoga organisé par les RH, une session de méditation de pleine conscience... Oui, les rituels de team building fonctionnent... à quelques nuances près, et pas mal de précautions. Explications avec Michael I. Norton, professeur à la Harvard Business School.

Les rituels renforcent la cohésion et la confiance

Michael I. Norton, psychologue de formation, mène différentes études pour évaluer les effets des rituels adoptés en entreprise. Premier enseignement : l’amélioration de la performance des équipes est un résultat qui n’est pas observé par les études menées actuellement. « Les managers doivent comprendre que les bénéfices d’un rituel ne sont pas forcément ceux que l’on attend. »

« En revanche, les équipes fonctionnent mieux en tant que groupe si elles établissent des rituels communs. » Ce postulat, Michael I. Norton l’a validé au cours d’une étude menée avec d’autres en 2017. Le modus operandi était simple : chaque participant devait réaliser un rituel chez lui, pendant une semaine. Puis, il se voyait confier 10 dollars qu’il pouvait partager avec un autre participant. « Il n’y avait aucun problème lorsqu’il s’agissait de partager avec quelqu’un qui avait performé le même rituel. Les participants se sentaient confiants et pensaient tous qu’ils allaient revoir leur argent à un moment donné. »

Même son de cloche chez Art Markman, professeur de psychologie et de marketing à l’université du Texas à Austin. Il détaille les résultats d’une étude au cours de laquelle un groupe devait réaliser des exercices physiques de façon synchronisée, tandis qu’un autre était libre de ses mouvements. Un troisième groupe était chargé d’observer les deux premiers. À la suite de la séance, il a été demandé aux membres des différents groupes de choisir, ensemble, des produits.

Les participants du premier groupe – celui des exercices synchronisés – ont eu tendance à trouver rapidement un consensus. « Cela suggère que des individus sentent un lien fort quand ils doivent agir de manière synchronisée, vers un objectif commun », explique Art Markman. Répliquer ce type d’expériences au bureau permet de créer une meilleure cohésion de groupe – « même si les participants sont réticents au début, précise Michael I. Norton. Le simple fait d’en parler entre eux réunit les employés ».

 

Les rituels peuvent aussi créer des tensions

Avant de se lancer, quelques précautions sont à prendre. Les études de Michael I. Norton comme celles d’Art Markman démontrent que les rituels ont tendance à exclure ceux qui n’y participent pas – et à créer des tensions. Ainsi, Michael I. Norton explique que lorsque les participants devaient partager les 10 dollars avec des individus qui avaient performé des rituels différents, « ils étaient beaucoup plus réticents » et, en général, partageaient moins. « Il y a une sorte de méfiance qui s’instaure à l’encontre de ceux qui sont identifiés comme ne faisant pas partie du groupe. » Attention, donc, aux rituels qui ne concernent pas toute l’entreprise : il est facile de créer des clivages entre différentes équipes.

Mais la méfiance est à double sens !

Le troisième groupe de l’étude d’Art Markman – celui des observateurs – était très critique à l’égard du groupe qui performait les mouvements de façon synchronisée. « Ils pensaient les participants moins libres, plus contraints. » Le résultat, c’est que lors de l’étape suivante, ce groupe était incapable de se mettre d’accord. « Ils accordaient tellement d’importance à leur liberté individuelle qu’il leur était impossible de trouver un consensus. »

En ce sens, les rituels favorisent des connexions autant que des tensions. « Le rituel en lui-même n’a pas d’effet négatif sur ceux qui le pratiquent, mais il peut engendrer par ricochets des frustrations et un sentiment d’exclusion ». À ce titre, Michael I. Norton précise qu’il convient de bien choisir la personne qui sera responsable d’instaurer des rituels. « Un chef d’entreprise cristallise parfois les griefs des salariés. Il est plus souhaitable de confier ce type de mission à un autre membre. »

Quoi qu’il en soit, les rituels proposés à l’initiative des équipes elles-mêmes fonctionneraient mieux que les rituels imposés. « C’est flagrant lors de funérailles, par exemple, poursuit Michael I. Norton. Les gens vont assister à des cérémonies traditionnelles, mais pour faire leur deuil ils élaboreront des rituels personnels. C’est valable aussi en entreprise : il est tout à fait possible d’initier une démarche où les employés définiraient eux-mêmes la façon dont ils élaboreront et pratiqueront un rituel. »

 


Cet article est paru dans la revue 16 de L'ADN consacrée aux nouveaux rituels. Vous en voulez encore ? Vous pouvez commander votre exemplaire ici.


 

À VOIR

Michael Norton, « The Psychology of Ritual », at USI, sur YouTube.

À LIRE

N.M. Hobson, F. Gino, M.I. Norton, M. Inzlicht, « When Novel Rituals Lead to Intergroup Bias: Evidence from Economic Games and Neurophysiology », Psychological Science, no 6 (juin 2017) : p. 774-750.

 

À CONSULTER

The Team Building Rituals that Companies love Can Actually Tear Workers Apart

The Effects of Synchrony on Conformity

 

Crédit photo : Unsplash

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