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Un néon dans une vitrine qui dit
© Aneta Pawlik via Unsplash

RSE : « le monde des start-up s’en fout royalement »

Le 8 avr. 2019

On pensait que l'engouement pour le domaine était réservé aux jeunes – diplômés ou entreprises. Il n’en est rien : question RSE, ce sont les grosses boîtes et les profils plus expérimentés qui donnent le ton.

Les métiers du développement durable et de la RSE sont en plein essor ! Et c’est logique. D’un côté, les marques ont besoin de trouver de nouveaux modèles et de s’engager si elles ne veulent pas perdre leurs consommateurs. De l’autre, la question du sens au travail hante le quotidien des salariés. 

Bref, la RSE a le vent en poupe, le secteur est porteur... mais un constat s'impose : la RSE ne se développe pas forcément là où on l’attend.

La demande explose, mais on part de zéro

Caroline Renoux a fondé Birdeo en 2010. Ce cabinet de recrutement est particulier puisqu'il est le seul en France à s’être totalement spécialisé en RSE.

En qualité de chasseuse de tête experte du domaine, Caroline nous le confirme : oui, les entreprises cherchent de plus en plus de profils ! « Dans la plupart des cas, il s’agit de nouveaux métiers, et ils sont très pointus. Quand un client recherche quelqu’un qui soit à la fois un bon financier, et un expert de la RSE… clairement, il y a 10 candidats potentiels dans toute la France. » En gros, il ne suffit pas d’être passionné par le sujet pour se lancer dans la grande aventure de la RSE. « Il n’y a pas de formation précise. Il faut un réseau, une force de lobbying, une bonne connaissance du secteur et être engagé. Je comprends la frustration des jeunes. Oui, la demande explose, mais on part de zéro. Tout est à construire et les entreprises cherchent des profils très précis. »

C’est aussi pour ça que c’est compliqué pour les moins expérimentés de trouver du boulot. « La seule bonne volonté ne suffit pas. C’est un sujet très stratégique. » Elle se réjouit de voir les millennials se mobiliser sur ces sujets. « Mais il y a aussi une grande partie des jeunes diplômés qui ne savent pas bien ce qu’ils mettent derrière leur quête de sens. Pour certains, il s’agit d’avoir un impact sur la société. Pour d’autres, c’est d’être heureux au travail, d’avoir des horaires flexibles et des locaux sympas. Ce n’est pas la même chose. »

Développement durable vs digital

Par ailleurs, elle rappelle que le combat n’est pas facile à mener. Car les entreprises ont beau comprendre les enjeux de la RSE, elles ne sont pas toutes prêtes à déployer les moyens nécessaires pour faire avancer le sujet. « Se lancer dans une carrière dans le développement durable demande de la ténacité et du courage », prévient Caroline Renoux. Elle observe qu’en entreprise, deux lames de fond continuent de s’opposer : digital et développement durable. « Tout le monde a compris que le digital était important. Si vous intégrez le département numérique d’une entreprise, vous avez un gros budget à disposition, et on vous déroule le tapis rouge. C’est loin d’être le cas du développement durable. »

Elle partage le cas de Danone. « La marque est très engagée sur ces sujets. Avec son programme Livelihoods, elle s’efforce de mieux rémunérer les producteurs et d'améliorer leurs conditions de vie. Autant dire que ce n’est pas forcément dans le câblage des acheteurs ou des marketeurs, qui veulent aller vers les prix les plus bas possibles… »

Pour mener à bien les projets, il faut donc – encore – faire preuve de pédagogie, prendre le temps d’expliquer les sujets et pourquoi ils peuvent être source de business sur le long terme. Plus facile quand on n'est pas novice.

Jeunes start-up ou grosses entreprises : c’est toujours le patron qui fait la diff’ !

C’est évidemment plus facile si la direction de l'entreprise est engagée sur ces sujets. Pour Caroline Renoux, c’est clair : il n’y a pas de secret, les sociétés les plus avancées sont celles qui bénéficient du soutien de leur patron. Quant à savoir si la tendance est plus présente chez les jeunes entreprises… Pas vraiment !

D’une part, les grandes entreprises sont obligées de faire des rapports sur leur politique de RSE. C'est dans la loi, et ça devient même un critère de sélection lors de certains appels d’offres. Elles savent aussi très bien qu’elles ne peuvent plus agir en toute impunité (surtout dans certains secteurs, comme l’agroalimentaire où les consommateurs sont très attentifs à ce qu’ils ingèrent). Enfin, les groupes familiaux ont souvent une vision plus long terme. « Quand ils s’y mettent, ils s’y mettent beaucoup plus sérieusement. » 

D’autre part… « le monde des start-up s’en fout totalement, c’est affligeant. » Caroline Renoux partage une anecdote surprenante. « J’avais approché un incubateur de start-up un peu branché avec d’autres personnes qui travaillent dans le développement durable. Le dirigeant m’avait répondu que ce qu’on demandait aux start-up, c’était de faire de la croissance, pas de la RSE. » Elle a bon espoir que les choses changent, notamment parce que ceux qui détiennent les cordons de la bourse s’y mettent aussi. De plus en plus de financiers exigent des marques dans lesquelles ils investissent qu’elles soient plus responsables. « Pour obtenir de l’argent en levées de fonds, ça va devenir compliqué de ne pas s’impliquer sur des thématiques sociales et environnementales. »

C’est clair – de plus en plus d’experts le confirment. Les boîtes qui ne s’engagent pas y laisseront plus que des plumes, et leurs dirigeants pourraient même finir en prison. Et pour celles et ceux qui en douteraient, non, « la RSE n’est pas un club excluant », conclut Caroline Renoux. Journées de formation, événements… il est facile et utile de se rapprocher des gens qui agissent !


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Commentaires
  • Voilà une analyse bien caricaturale... Comme vous le dites, tout dépend du patron. Il y a donc autant de chances qu'une start-up soit responsable qu'un grand groupe. Avec les mêmes phénomènes : les start-ups "pas RSE" perdent autant leurs collaborateurs que les grandes entreprises si elles ne les respectent pas. Et sur ce plan-là, les statistiques sur les grands groupes ne sont pas glorieuses (cf le nombre de jeunes diplômés qui refusent de travailler dans une grosse entreprise !). Les start-uppers sans vision ni éthique, cela existe, mais je ne suis pas sûr que leur espérance de vie soit très longue.

  • Déception !
    C'est mon sentiment en voyant ce titre accrocheur et hautement réducteur. Chose qui n'est pas courante avec l'ADN. Je ne me reconnais pas dans cette affirmation et je ne pense pas être le seul. Je suis en train de créer une marque dans la food et je m'efforce à avoir un impact sociétal et environnemental neutre, voire positif, que ce soit sur le sourcing, le packaging, etc. En tant que primo-entrepreneur (je ne dirais pas jeune de peur d'être considéré comme usurpateur), je pourrais opter pour nombre de possibilités plus simples et nettement moins onéreuses. Toutefois, j'ai pris le parti de prendre du temps et de l'énergie pour trouver des solutions en adéquation avec l'état de désolation de notre environnement. Certes, souvent plus chères. Afin de faire ma part du travail, comme le colibri, et limiter ma part de dégâts. Je suis convaincu que, dès la genèse d'un projet, ces valeurs de respect doivent s'inscrire afin de créer des habitudes ancrées. Et je ne pense pas être le seul, encore une fois.

    Donc, non, la RSE n'est pas l'apanage des grandes structures uniquement. Comme vous l'avez souligné, le dirigeant donne effectivement le ton.

    Autre point : je pensais avoir un article où des avis seraient opposés. Ou du moins, où différentes voix s'exprimeraient. Il s'avère que c'est un texte autour de l'interview d'une seule et même personne. Qui n'a été en contact avec les start-ups qu'à travers le prisme d'un seul dirigeant d'incubateur... Bref, j'ai comme un goût de pas assez, mais nul doute que l'ADN va y remédier.

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