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Un homme dans un sweat noir en train de propager un fumigène rouge
© Unsplash

Dans l’enfer des métiers parallèles de l’économie numérique

Le 15 nov. 2018

Les acteurs du numérique créent des emplois, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est plus en revanche, ce sont ces métiers « à côté », auxquels personne n’aurait pensé. Ça part souvent de bonnes idées… mais ça finit parfois dans l’illégalité ou en labeur sous-payé.

Avec le numérique est apparue toute une panoplie de « métiers parallèles ». Chaque start-up, chaque modèle fait des petits, qui ne sont pas toujours anticipés. En général, c’est présenté comme un bon moyen pour arrondir ses fins de mois. Dans les faits, c’est vite compliqué : des horaires « flexibles » qui cachent une exigence de disponibilité à tout moment, des salaires de misère et des employeurs pas très regardants sur les conditions d’embauche.

Résultat, ces petits boulots qui peuvent être à l’origine très réglos finissent en exploitation 2.0.

Concierge Airbnb

Il n’y a pas que les propriétaires d’appartements qui peuvent gagner de l’argent avec Airbnb. Un certain nombre d’activités gravitent autour de la location d’appartements entre particuliers, notamment par le biais de sociétés privées.

Parmi ceux-ci, on retrouve les concierges, qui gèrent tout ce que la plateforme n’inclut pas. Ça va de l’accueil des voyageurs au ménage en passant par la gestion des clefs.

Sur le papier, tout est clean. En réalité, c’est loin d’être parfait. Un article paru dans Le Monde dénonçait les abus dont sont victimes certains employés, notamment d’un point de vue de la disponibilité. A propos de la plateforme Welkeys, qui propose ce type de services de conciergerie, Le Monde rapporte ainsi qu’il faut que les personnes qui postulent « parlent anglais, produisent un casier judiciaire vierge, disposent d’un smartphone, se déplacent à leurs frais. Et… soient disponibles à toute heure, le week-end, à Noël ou au mois d’août. » Dans un autre style, RTL partageait le témoignage d’une femme de ménage employée par une société de conciergerie pour Airbnb. En 2017, elle a saisi le conseil des Prud’hommes de Fontainebleau à cause du rythme infernal qui l’a conduit à l’hôpital.

« Sous-livreur »

C'est comme sous-louer son appart', sauf qu'ici on parle de taff. Que ce soit sur Deliveroo ou UberEats, cette sombre pratique existe. Il s'agit donc de « sous-louer » son compte professionnel à des personnes en difficulté, sans papiers ou mineures. La démarche est simple : un individu fournit les pièces d’identité, un statut d’auto-entrepreneur et une photo pour s’enregistrer sur la plateforme de livraison de son choix. Ensuite, il peut en faire « profiter » qui il souhaite – en général, des gens qui n’ont pas le droit de s’inscrire sur la plateforme – en contrepartie d’un pourcentage de l’argent gagné sur une course donnée. Une enquête de « L’œil du 20 heures » rapporte les propos d’un livreur Deliveroo : les gens concernés sont, selon lui, dans une forme de « précarité extrême ». Dès lors, même une course rémunérée 2 euros peut valoir le coup. De l’aveu des plateformes elles-mêmes, le problème n’est pas clairement identifié. Et de fait, les sanctions peu appliquées.

Chargeur de trottinettes électriques

Impossible de passer à côté : les trottinettes électriques pullulent dans Paris, au point d’en agacer certains qui jugent insupportable la pollution visuelle que cela entraîne.

Avec cette nouvelle offre de mobilité est apparu un nouveau métier : celui de chargeur de trottinettes. Aux Etats-Unis, le phénomène est moins récent et entraîne une guerre sans merci. On aurait pu penser qu’en connaissance de cause, le marché français aurait été mieux préparé pour éviter les dérives... il n’en est rien. Le quotidien des chargeurs de trottinettes n’est pas plus aisé ici que sur le sol américain. Encore une fois, les dérives sont nombreuses : le job est proposé comme un « complément » de revenus, sauf qu’en réalité, c’est un business très bien organisé. Dans un témoignage accordé à Ouest-France, un homme dépeint une concurrence rude, notamment de la part de « gens organisés avec des camions » pour prendre en charge le plus de véhicules possible. Couplé à un changement dans la stratégie de rémunération – Bird, un des acteurs du marché, a informé que plus un véhicule est facile à trouver, moins il est rémunérateur – et à du matériel vandalisé – une trottinette endommagée ne pourra pas être payée -, le phénomène rend ce travail très peu rentable. 

Digital playbour

Celui-là est plus méconnu : et pour cause, il s’agit d’un emploi… invisible, et non rémunéré ! Le playbour est, à l’origine, un mot valise qui joue sur les mots play (jeu) et labour (travail). Sur internet, tout le monde produit du contenu « par plaisir »… jeunes inclus. L’écrivain et chercheur Jordan Shapiro est révolté par le phénomène, au point qu’il voudrait proposer une nouvelle législation pour le travail des enfants. Parlant de la relation entretenue entre ses enfants et le jeu vidéo Minecraft – que les joueurs peuvent modifier à l’infini selon la pratique du modding - il écrit : « Ils augmentent la valeur d’un produit qui appartient à d’autres. Oui, ils s’amusent, mais Mojang et Microsoft – qui possèdent Minecraft – profitent financièrement du travail non rémunéré de mes enfants. »

Commentaires
  • Et si le véritable enjeu était plutot celui de réconcilier les milleniums avec la génération x. Le monde change vite et se digitalise a touf de bras mais a-t-on le droit de laisser les gens a quai. Demain les milleniums seront aussi dépassés. Que penseront-ils alors ? Qu'ils sont devenus des has-been trop payés avec des connaissances dépassées.... ou se place notre responsabilité sociétale dans tout ça ?

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