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Un homme sur une trottinette devant un mur jaune

Vélos et trottinettes en accès libre nous simplifient la ville ! Euh... vous êtes sûrs ?

Le 22 oct. 2018

Vélos et trottinettes en libre accès ont envahi Paris et de nombreuses grandes villes partout dans le monde. Ces nouveaux modes de transports ont pour vocation de simplifier nos déplacements... Mais c’est plutôt le contraire qui est en train de se passer.

La chasse aux Pokémons c’est fini… Vive la chasse aux trottinettes ! Aujourd’hui, à Paris, aller d’un point A à un point B nous laisse un choix désarmant. Pour accéder au plaisir ultime de slalomer entre piétons, scooters, voitures, bus, trottinettes et mono roue… il suffit de se géolocaliser.

Actuellement, Paris accueille six acteurs sur le marché. On compte deux services de trottinettes, Lime et Bird et quatre services de vélos en libre accès, Obike, OFO, Mobike et le petit dernier, Jump, appartenant au géant Uber. À tous ceux-là s'ajoutent évidement les scooters électriques CityScoot et Coup. Dans la catégorie du dessus, Renault propose son offre de voiture électrique en partage via l'application Moov’in arpès la mort d'Autolib'.

Cependant, cette révolution du free floating a un prix que municipalités et habitants payent de plus en plus cher. Loin de simplifier la ville comme elles aiment le faire croire, ces start-up ont plutôt tendance à apporter la complexité et le chaos partout où elles se déploient.

La chasse (frustrante) au véhicule

L'inaccessibilité des véhicules en libre-service reste le défaut numéro 1 pour les utilisateurs. En effet, si vous ne tombez pas directement sur un véhicule, il faut jongler sur plusieurs applications en même temps pour le géolocaliser. La plupart sont bien visibles sur les cartes interactives, mais de nombreux véhicules sont dissimulés derrière des portes cochères, ou bien immobilisés sur le trottoir pour cause de panne. D'après une enquête de Numerama sur le sujet, près d'une dizaine de véhicules sur un secteur sont privatisés par les utilisateurs. Si vous êtes pressé à une heure de pointe, mieux vaut prévoir votre propre moyen de transport ou miser sur les solutions collectives. Dans le cas contraire, vous pouvez toujours faire sonner les véhicules cachés, même si ça ne risque pas de changer grand-chose...

Une facture pas si légère que ça

Vous trouvez que les prix Vélib’ excessifs ? Alors vous n’avez pas vraiment fait le bon calcul. Pour rappel, le prix d’un abonnement Vélib est de 37,90 euros pour un an. Une fois en selle cela vous coûte 1 euro par tranche de trente minutes, passée la première demi-heure. Au final cela revient à 267,20 euros par an pour un usage d’une heure et demi par jour sur 5 jours. Pour la même utilisation, les vélos en free floating sont plus chers avec une moyenne de 315 euros pour la même durée d’utilisation. Le prix peut même doubler selon le service que vous utilisez. Côté trottinette électrique, les tarifs sont encore plus prohibitifs avec 1 euro la course puis 15 centimes la minute soit 10 euros pour une heure de trajet.
 
Mais pour Frédéric Héran, économiste et urbaniste spécialisé dans les déplacements en vélo, la présence de véhicules en libre accès provoque des coûts cachés pour l'ensemble des contribuables. « Tous ces véhicules qui encombrent l’espace public créent de la nuisance et de la délinquance qui monopolisent les services publics, explique-t-il. Au final, c’est le contribuable qui paye pour les enquêtes pour vandalisme, ou pour enlever les épaves des véhicules cassés. »

Une sécurité plutôt relative

Les chiffres ne sont pas tous à imputer au secteur des trottinettes en libre accès, le bilan des accidents est en continuelle augmentation pour ce moyen de transport. Le nombre de morts s’élève à 5 personnes pour 284 blessés en 2017, soit une hausse de 23 % par rapport à 2016. Les chiffres de 2018 devraient sans doute continuer dans cette direction pour Frédéric Héran qui rappelle que la trottinette, même électrique, est particulièrement instable. "Contrairement au vélo, vous avez un écartement des roues beaucoup plus petit, explique-t-il. Ce qui veut dire que vous pouvez aller très vite (25 km/h pour la plupart des modèles) avec une stabilité très mauvaise. »

Les comportements face à ces nouveaux modes de déplacement posent aussi problème selon Matthieu, un usager de trottinette électrique. « Il n’existe aucune législation pour ce véhicule, explique-t-il. On est censés aller à 6 kms/h sur les trottoirs, mais dans les faits, on monte vite à 25 kms/h sur la route ou sur les pistes cyclables. Il m’arrive souvent de doubler les vélos et je ne porte même pas de casque. Mais le pire, ce sont les trottinettes qui ont un siège. C’est comme un scooter et les gens se comportent comme des gosses dessus. Ils prennent les sens interdits ou roulent au milieu des voitures. »

Un coût écologique pas si “green” que ça

En juillet 2017, le web découvrait effaré les photos du cimetière de vélos de la ville chinoise d’Hangzhou. Selon les informations locales, près de 23 000 bicyclettes en libre accès avaient été saisies par la police pour avoir tenté de concurrencer le système de vélos à bornes mis en place par la municipalité. Un véritable gâchis écologique qui fait tâche dans les discours des start-up du free floating faisant la promotion des transports propres. Pour Annie Chang, Project Manager pour l’organisme de SAE Internationale et spécialiste de la mobilité partagée, le coût écologique des trottinettes et vélos en libre-service est d’ailleurs loin d’être positif. « Pour recharger les trottinettes, les personnes qui s’occupent de cette tâche viennent les chercher en voiture ou en camion le soir et les déposent le matin. Même chose pour les vélos partagés qui subissent de nombreux dégâts et qu’il faut enlever en camion pour les réparer. Au final, l'existence de ces services crée plus de pollution qu’elle n’en enlève»

Disruption versus colère

Vous vous souvenez sans doute de Gobee Bike, l’une des premières start-up à avoir tenté la conquête de la capitale française avec ses vélos vert pomme. Après un peu plus d’un an d’exploitation, le service s'arrêta en France et un peu partout dans le monde. Durant cette année, les nombreux vélos retrouvés renversés ou laissés à l’abandon choquèrent de nombreux citoyens. La marque a d’ailleurs mis en avant ses chiffres effarants : 3 200 vélos dégradés et plus de 1 000 véhicules volés ou privatisés rien qu’en France. Gobee Bike désigna ces dégradations comme « le nouveau passe-temps d'individus, le plus souvent mineurs, encouragés par des contenus largement diffusés et partagés sur les réseaux sociaux ». Pourtant, la firme chinoise n’est pas la seule start-up à devoir faire face au vandalisme. Sur le compte Instagram de Bird Graveyard, un internaute recense toutes les photos et vidéos montrant la destruction de trottinettes électriques en libre-service, on peut voir ces dernières jetées depuis le toit de parkings, brûlées ou lancées dans l’océan.

 
 
 
 
 
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☠️🔥 @deadringer

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Cette violence quotidienne n’étonne absolument pas Frédéric Héran qui y voit un simple retour de bâton. « Quand une société privée commence à déverser des objets dans l'espace public sans rien demander à personne, il y a un vrai problème, affirme-t-il. Paris est la ville la plus dense d’Europe, donc si vous mettez des véhicules sur le milieu du trottoir, vous occupez illégalement un espace public. De mon point de vue, ce sont ces sociétés qui ont commencé les hostilités. Leur système nous pousse à considérer leurs véhicules comme des déchets. » Pour le moment la situation reste chaotique, mais la Mairie de Paris a mis en place une charte de bonne conduite, obligeant les entreprises de free floating à payer une redevance pour l’occupation de l’espace public. Mais pour l’urbaniste, cette mesure est encore loin d’être suffisante.

Un avenir pas si sombre ?

Et si au final, on avait passé le pire du free floating ? Pour Frédéric Héran, d’autres solutions, comme celle mise en place à Metz par la société Indigo, semblent montrer la voie. « Cette société ne s’implante pas sans avoir consulté la municipalité au préalable, explique-t-il. Grâce à ça, ils peuvent placer leurs vélos en libre accès dans les endroits qui peuvent le supporter ».

Pour Annie Chang, il est certain que le système va continuer de croître. « On devrait voir arriver dans un futur proche des mini-voitures électriques comme la Twizy de Renault en free floating, explique-t-elle. Elles devraient permettre de combler le fossé qui existe entre les trottinettes et vélos électriques et les sociétés de transport comme Uber. »

La disruption va continuer à faire partie du paysage, mais certaines compagnies pourraient bien améliorer leur image en participant financièrement à la construction de pistes cyclables des villes. Une chose est certaine : on n'a pas fini de pédaler, ni de patiner.

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