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deux hommes qui s'engueulent
© Selimaksan par Getty Images

Le monde d’après sera-t-il empêtré dans les mêmes débats que celui d'avant ?

Le 11 mai 2020

Les appels au changement des uns ravivent les exaspérations des autres. Alors, on se le mitonne à quelle sauce ce fameux « monde d’après » ?

Le « monde d’avant » sommé de passer à un autre après

Avez-vous remarqué que la semaine dernière, les invitations à créer le « monde d’après » se sont multipliées ?

Dans le journal Le Monde du 7 mai, on a pu lire une longue interview de Nicolas Hulot où l’ex-ministre proposait une transformation sociale, écologique, économique, fiscale et démocratique « radicale et cohérente ».

Le même jour, et dans le même quotidien, un collectif de personnalités lançait un appel aux dirigeants et citoyens pour « changer en profondeur nos modes de vie, de consommation et nos économies. »

Initié par Juliette Binoche et Aurélien Barrau, il était cosigné par 200 personnalités. On trouvait des artistes – de l’actrice Penélope Cruz à l’écrivain Alain Damasio, et des scientifiques internationaux dont une palanquée de Prix Nobel – Serge Haroche, Prix Nobel de physique, Dudley R. Herschbach et Roald Hoffmann, l'un et l'autre Prix Nobel de chimie, Gérard Mouroux, Prix Nobel de physique...

Ensemble, ils déclaraient : « Nous appelons solennellement les dirigeants et les citoyens à s’extraire de la logique intenable qui prévaut encore, pour travailler enfin à une refonte profonde des objectifs, des valeurs et des économies. »

Dans le même élan, un collectif de 70 associations lançait en ligne un appel à la reconstruction. Parmi eux, Emmaüs, WWF, ATD Quart Monde... et un seul message : « Ne ratons pas le rendez-vous de la reconstruction. »

Le « monde d'après » n'a pas changé ses invectives d'avant

La contre-offensive à toutes ces initiatives ne s’est pas fait attendre. Sur les réseaux, les vieux dossiers sur Nicolas Hulot ont été déterrés : le confort de ses maisons de Saint Lunaire et de Corse, son 4x4, son vote approuvant le traité de libre-échange du CETA...

Dans la presse, Le Point s’est fendu d’un billet d’humeur très acide sur ces mouvements qui « peuvent concourir pour l'Oscar de la bouffonnerie 2020. » Dans Valeurs actuelles, on vilipendait « les pétitions creuses de VIP, l’autre épidémie qui nous guette. »

Moins dans les extrêmes, beaucoup de quidams ont dénoncé ces incantations qui négligent leur réalité. La réalité des entreprises exsangues occupées à ne pas disparaître, ou celle de citoyens censément plus préoccupés par la fin du mois que par la fin du monde.

Bref. Avant ou après le Covid-19, les invectives fusent à l’identique, et les débats n’ont pas avancé d’un iota.

Alors, pour « l'après maintenant », est-ce qu'on pourrait se mettre d'accord ?

On ne réussira certainement pas à mettre tout le monde d'accord. Mais a minima, pourrions-nous reconnaître deux choses ?

D'abord, les défenseurs du « monde d'après » pourraient constater par eux-mêmes que les prises de position  de stars et les tribunes de scientifiques suscitent essentiellement des commentaires désobligeants. Aussi faudrait-il sans doute qu'ils invectivent moins et mènent plus d'actions concrètes.

Ensuite, les désabusés du changement doivent admettre qu'à la faveur de certains événements, le monde peut prendre des directions nouvelles.

Entre autres exemples, il faut se souvenir que les vagues de choléra de 1832, puis de 1849 ont fait advenir l'État hygiéniste. Le républicain Martin Nadaud a même prétendu : « Sans le choléra, en France comme à Londres, je doute que les pouvoirs publics eussent jamais songé à porter la pioche dans les quartiers pauvres. » Notre modèle social aussi a été conçu au sortir d'une crise. C'est tout juste après la Seconde Guerre mondiale, et en quelques mois, que la sécurité sociale a été mise en place.

Il est donc fort judicieux et opportun de se demander quelle direction nous voulons prendre pour « l'après ». Et les grands chantiers ne sont pas à négliger. Au contraire.

Bruno Latour a proposé son questionnaire. Le think-tank The Shift Project a présenté les grandes lignes de son plan de transformation pour décarboner l’économie française. Et L'ADN propose avec Et Demain notre ADN de faire le point sur les tendances et les opportunités de chaque secteur.

Car si les temps sont incertains, il est parfaitement opportun de penser et d'agir pour préparer nos lendemains.

 

Béatrice Sutter - Le 11 mai 2020
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