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Portrait de Sandra Giovannetti, fondatrice de Be My Space

Portrait de Sandra Giovannetti
© DR

L’ADN Le Shift est le collectif de L’ADN, son prolongement humain.
Il est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter aux pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. L’ADN Le Shift réunit celles et ceux qui veulent penser et faire le monde de demain. Avec ces portraits, nous leur donnons la parole.

 

Tout est parti d'une révélation. Lors d'une réunion à l'Opéra Garnier, Sandra Giovannetti réalise que les lieux du patrimoine peuvent devenir les espaces collaboratifs de demain. Depuis, elle a décidé de donner vie à cette idée pour répondre aux besoins d'un monde du travail en pleine mutation. 

 

Son nom de famille, ses cheveux noirs et sa peau mate trahissent des origines italiennes. Architecte de formation, elle m'explique d'une voix calme et posée, ponctuée par des inflexions enthousiastes et généreuses, qu'elle souhaite révolutionner le mieux-vivre au travail. Sa recette ? Impulser de l'innovation, de la créativité, et du bien-être dans le quotidien des salariés en mobilisant les ressources de l'architecture, de l'art et du patrimoine. C'est d'ailleurs pour atteindre ce but qu'elle a créé, en 2018, l'agence Be My Space. Tout un programme.

 

Quelle est la proposition de Be My Space ?

Sandra Giovannetti : Je veux transformer la journée de travail en une expérience unique. Il s'agit de proposer aux salariés des espaces inspirants situés dans des lieux extraordinaires, comme des musées ou des monuments, pour qu'ils puissent prendre du recul par rapport à leur routine et à leur bureau, qui sont la plupart du temps dépourvus d'émotion. Je suis convaincue que le salarié de demain travaillera dans des lieux en relation avec ses aspirations personnelles et professionnelles.

 

C'est donc une façon de réinventer le travail ?

S. G. : Absolument. D'un côté, il y a des entreprises et des salariés qui sont à la recherche de valeurs et d'inspiration. De l'autre côté, il y a des lieux culturels qui portent cela en eux, mais qui sont en souffrance économique. Je crée un pont entre ces deux mondes. Je vends quelque chose qui est invisible, à savoir l'empathie et les émotions. Pour un être humain, la capacité à s'émouvoir est fondamentale. Elle participe à son équilibre et à son ouverture sur la société. C'est la possibilité de ressentir le monde avec une dimension de plaisir et d'enthousiasme. Cette question est beaucoup plus utile qu'on ne pourrait le penser de prime abord. Le chercheur et philosophe Baptiste Morizot estime que nous vivons dans une société en crise d'émotions. Je pense qu'il a raison. Et il se trouve que notre quotidien est fait en bonne partie de notre travail. Nous sommes une génération qui a besoin de mettre du sens dans ce qu'elle fait et de retrouver une identité. C'est quelque chose qui est très fort actuellement.

Par ailleurs, je propose aussi un autre regard sur le présent. Un bâtiment qui a traversé le temps porte en lui une histoire faite d'autres cultures et d'autres modes de vie. Qu'est-ce qu'il nous enseigne ? C'est une dimension qui me semble capitale. Derrière tout ça, le véritable sujet reste l'humain.

 

L'émotion, le désir, le rêve et le plaisir pourraient donc favoriser la transformation de la société ?

S. G. : J'en suis persuadée. Avec ce projet, je rassemble deux notions qui semblent contradictoires, celle du travail et celle du plaisir. Elles sont cependant toutes les deux primordiales pour demain. L'être humain fonctionne au plaisir. De ce fait, c'est un puissant moteur d'engagement. Qu'est-ce qui me donne envie d'aller travailler ? Qu'est-ce qui me donne envie de m'investir ? Le plaisir et l'émotion font peur parce que ce sont des notions immatérielles qui semblent étrangères au monde du travail. C'est bien sûr une erreur.

 

Quel est l'intérêt pour les entreprises ?

S. G. : Ce projet est à la croisée de plusieurs problématiques que les entreprises rencontrent. Comment fédérer les salariés ? Comment les réengager ? Comment les rendre plus agiles ? La dimension immobilière est également à prendre en considération. Demain, le télétravail fera évoluer le foncier des entreprises. Dès lors, quelle typologie de lieux sera la bonne ? Qu'est-ce qu'on pourra y faire ? Ce nouveau modèle est encore à construire. Le bureau de demain sera un espace d'échange, de partage et de transmission. Ce sera une agora collaborative.

En outre, c'est également une façon de prendre soin des salariés, de leur montrer qu'on les écoute. Travailler dans des lieux qui ont du sens apporte une véritable valeur ajoutée aux équipes et aux collaborateurs. Il y a quelque chose de l'ordre de la curiosité et de l'émerveillement. C'est de l'extraordinaire dans la durée.

 

Et pour les lieux ?

S. G. : C'est un moyen de conquérir de nouveaux publics. Le travailleur nomade pourrait devenir le visiteur de demain. Ce projet permet également de rendre les musées vivants. C'est une question d'usage. Demain, que ferons-nous dans ces temples du patrimoine ? Pour aller plus loin, nous co-construisons l'offre avec eux. Qu'avez-vous envie de transmettre aux salariés ? Quelle est votre proposition ? Prévoyez-vous des conférences ? Des rencontres avec les artistes ?

 

Votre prochain challenge ?

S. G. : En parallèle de Be My Space, je compte développer « Le département des bureaux désirables ». C'est un label de podcasts qui a pour but de réfléchir à l'espace de travail de demain, en faisant appel à des anthropologues, des paléontologues, des sociologues, des philosophes, en travaillant notamment sur les questions de mouvement et de nomadisme. Par ailleurs, je souhaite étendre l'offre de Be My Space en lançant un concept de villa en collaboration avec plusieurs partenaires culturels et patrimoniaux, et avec une entreprise qui souhaite inscrire cette expérience dans sa conduite du changement et sa stratégie immobilière.

 

Pour en savoir plus sur L’ADN Le Shift et rejoindre le collectif, rendez-vous sur notre site.

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