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Portrait d'Olivier Ibanez, directeur de la communication et du développement de la Fondation Carmignac

Portrait d'Olivier Ibanez
© Thibault Chapotot

Habitué à la performance, à l'effort, au chemin long et douloureux vers le résultat, Olivier Ibanez, ancien sportif de haut niveau, sait ce que signifie se mettre au service du collectif. Aujourd'hui, il entend faire de la culture et de l'intérêt général des leviers de transformation de la société.

 

Son costume impeccablement coupé et sa barbe finement taillée ne laissent rien deviner de son passé. Aucun indice sur ses titres de gloire remportés avec l'équipe de France de Pentathlon, une médaille d'or lors de la coupe du monde en 1999, une autre en argent en 1995. Depuis la fin de sa carrière sportive, Olivier Ibanez œuvre pour les institutions culturelles françaises, d'abord en tant que conseiller mécénat pour le Centre des Monuments Nationaux puis en tant que directeur de la communication du Mobilier National... Ce quadragénaire hyperactif, qui n'aime pas perdre de temps, est depuis peu en charge de la communication et du développement de la Fondation Carmignac. Convaincu que l'art, le sport et l'éducation peuvent améliorer la société, il compte mettre son énergie et son talent au service de cet objectif.

 

Quelle est votre vision du changement ?

Olivier Ibanez : Elle est celle de l'empathie et de la bienveillance. Cela fait plusieurs années que je travaille dans le secteur de la culture qui est celui de la transmission, de l'élévation intellectuelle, et de l'intérêt général. Il faut développer davantage de projets en lien avec le bien commun et favoriser l'accès à la culture en diversifiant l'offre en fonction des publics. Il faut considérer que sans culture, sans sport, sans éducation, le monde n'avancera pas. Pour moi, tout est également une question d'engagement. Je me définis avant tout comme un porteur de projets. Or, pour promouvoir des actions culturelles ou lever des fonds, il faut y croire. Je ne peux pas convaincre quelqu'un si je ne suis pas moi-même convaincu. Il faut incarner un projet pour trouver des mécènes, des soutiens ou des partenaires et donner aux autres l'envie de s'engager.

 

Le réchauffement climatique concerne chacun d'entre nous. À ce titre, la revalorisation de l'intérêt général et du bien commun pourrait nous permettre d'avancer dans la bonne direction ?

O.I. : Je pense que c'est le cas. Œuvrer en ce sens permet aussi d'être droit dans ses bottes chaque jour. J'aime bien l'idée de la goutte d'eau. Je l'utilisais en sport... On n'ouvre pas un robinet pour s'entraîner, mais on apporte, chaque jour, un petit progrès, une petite goutte d'eau, chacun à son niveau, chacun avec ses moyens. Je crois au principe de continuité et à une approche globale des choses. L'action sociétale passe par des gestes qui paraissent anodins, mais qui, accumulés au fil du temps, produisent des résultats. Elle passe aussi par de grands gestes qui ont plus d'ampleur et qui ouvrent plus de possibilités. Nous devons développer une conscience et une responsabilité commune. Chacun de nous, à son niveau, peut faire bouger les lignes. Il y a souvent trop d'attentisme. Il faut passer à l'action. C'est ce que j'essaye de faire.

 

Justement, comment les institutions culturelles se mobilisent-elles en faveur de l'environnement ?

O.I. : Lorsque j'étais au Mobilier National, nous avons commencé à réfléchir sur les circuits courts, notamment pour les laines car celles que nous utilisions pour l'art textile provenaient de Nouvelle-Zélande. Nous nous étions rendu compte qu'en France, la laine était considérée comme un déchet et que les moutons n'étaient utilisés que pour leur viande. Sous l’impulsion d’Hervé Lemoine et Marc Bayard nous avons alors rejoint le Collectif Tricolore, en nous associant avec des marques, pour mettre en place une filière d'approvisionnement en circuit court. C'est la première action que nous avons menée. Ce n'est pas la seule. Nous avons découvert que le point de dentelle du Puy en Velay avait la même forme que l'exosquelette du corail. Nous avons développé des métrages spécifiques, nous les avons testés dans des bassins, au centre Nausicaa avant de pouvoir pousser plus loin l’expérience au large du Pacifique. La dentelle s'agrège et aide à la conservation des récifs coralliens. Ces projets très concrets et pragmatiques ont permis à des manufactures nationales, qui ont parfois 400 ans d'existence, de montrer qu'elles étaient dans la modernité et dans la création.

En parallèle, nous avons également ouvert le Mobilier National au public, lors des Journées du Patrimoine. Avec le MN Lab, nous avons numérisé nos collections pour les rendre accessibles en open source, avec un catalogue de plus de 80.000 objets. Le mobilier de la nation, qui est un bien commun, est consultable par toutes et tous. C'est un vrai progrès culturel et d'intérêt général.

 

Selon vous, la sauvegarde du patrimoine est un enjeu qui pourrait inciter les citoyens à passer à l'action ?

O.I. : Il y a le principe de continuité de nos traditions et de nos monuments... Et il y a donc forcément la question de leur préservation. Notre patrimoine fait partie de notre univers commun et les Français y sont très attachés. Il suffit de voir l'engouement déclenché par la restauration de Notre-Dame, ainsi que pour certains monuments tombés en désuétude... Tout ceci nous appartient. C'est notre histoire, notre passé. Et il y a également un autre patrimoine, celui de nos vies, de notre santé, et de nos écosystèmes. Il est moins palpable, mais aujourd'hui, tout le monde en a pris conscience. Toute la question est en effet d'arriver à passer à l'action. Et pour y arriver, il y a sûrement un manque de pédagogie tant le défi paraît totalement incommensurable. Je crois qu'il y a beaucoup de gens qui ne savent pas par où commencer. Quel chemin prendre ? Quelles actions mener ? Pour autant, je suis un éternel optimiste. Je crois en l'être humain. Je crois en l'élévation intellectuelle. Je crois en une réaction, sûrement tardive, voire in extremis, mais qui aura lieu.

 

Votre grand projet ?

O.I. : Je viens de débuter une nouvelle mission. Mon objectif est de faire rayonner la Fondation Carmignac et de lui apporter un nouvel élan. Parler le mieux possible de ses actions qui ne sont pas suffisamment connues, notamment son prix de photojournalisme qui existe depuis dix ans et qui récompense les meilleurs reportages dans des zones difficiles du monde. Il y a également les projets artistiques proposés par la Fondation à la Villa Carmignac, située à Porquerolles, où nous préparons la prochaine exposition qui aura pour thématique le labyrinthe. Avec l'équipe que je viens de rejoindre, il y a la volonté de passer un cap.

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