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Richard Hendricks, personnage de Silicon Valley, devant le congrès américain.
© HBO

Silicon Valley, saison 6 : exit la satire légère, place à une remise en question profonde de la tech

Le 29 oct. 2019

La série comique d’HBO entame sa sixième et ultime saison. Au programme : humour potache... mais pas que. Le show émet de nombreux questionnements moraux sur le modèle des sociétés tech.

C’est devant le congrès américain que l’on retrouve Richard Hendricks (Thomas Middleditch), CEO brillant mais maladroit de Silicon Valley. La sixième et dernière saison de la série est diffusée depuis le 27 octobre sur HBO (et depuis le 28 octobre en France sur OCS). La scène est directement inspirée de l’audience de Mark Zuckerberg devant les élus américains suite au scandale Cambridge Analytica. Même raideur, même regard vitreux. Mais contrairement au patron de Facebook, Richard est venu défendre un internet décentralisé et critiquer le monopole des GAFAM. Ces sociétés « traquent chacun de nos mouvements, contrôlent chaque aspect de notre vie et exploitent nos données pour générer du profit », martèle-t-il.

Il le promet : sa société, Pied Piper, ne récoltera jamais les données personnelles de ses clients et construira un internet par et pour les gens. Pas de chance, il apprendra à son retour au bureau que l’un des développeurs qui utilise sa plateforme enregistre sans vergogne les conversations des joueurs de son jeu en ligne. 

Des petits travers de la tech aux questionnements éthiques

Cette introduction donne le ton de ce dernier opus de la série comique d’HBO : plus grave que les cinq précédentes. Depuis 2014, le scénariste Mike Judge et ses acolytes s’amusent à décortiquer les petits travers de la tech : ses séances de levées de fonds qui se transforment en concours d’ego, ses VC dont l’unique but est de faire partie du club select des milliardaires, ses patrons mégalos friands de nouvelles tendances absurdes, l’ambiance adolescente de ses bureaux... Au fil des années, la série a pris une tournure un peu plus sérieuse, le rire est devenu plus jaune. Peut-être parce que dans la vraie Silicon Valley, les petits tics énervants mais amusants du monde des start-up ont laissé place à des questionnements moraux et profonds sur le modèle de ces sociétés. 

Dans la série, Pied Piper est devenue une société qui pèse. Finies les heures passées à bidouiller des serveurs dans une maison-incubateur. Place aux discussions stratégiques dans de grands bureaux vitrés autour de rachat potentiel, d’investisseurs pas très honnêtes et de démissions. Les questionnements des héros se font plus lourds. Faut-il ou non garder un salarié talentueux mais peu soucieux de l’éthique ? La déontologie peut-elle résister à 1 milliard de dollars ? Peut-on utiliser des méthodes peu honnêtes pour servir une cause qui l’est ?

Un bot Slack pour ne plus discuter avec ses collègues

On rassure les fans de la série : les scènes potaches – et souvent très drôles – ont toujours leur place et allègent le propos. On retient notamment celle où Gilfoye (Martin Starr), développeur anarchiste et grognon, crée une intelligence artificielle de lui-même sous forme de bot Slack pour éviter de discuter avec son collègue Dinesh (Kumail Nanjiani).

Difficile de savoir si au fil de la saison, Richard réussira à faire concorder ses actes et son discours idéaliste tenu devant le congrès. Ou si Pied Piper finira par devenir similaire à « fu***** Facebook » (dixit le CEO fictif). Et difficile de se dire qu’à la fin de cet ultime volet, aucune série ne prendra le temps de poser un regard critique, satirique et souvent hilarant sur les errements de la Vallée.

Silicon Valley (HBO), saison 6, à voir sur OCS.

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