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Un plateau de télé où est assis un jury face à des caméras
© Serge ARNAL/M6

Qui veut être mon associé ? La Start-up Nation a sa télé réalité

Laure Coromines
Le 16 janv. 2020

Plus possible d'en douter : les entrepreneurs sont bien les rock stars des temps modernes. Pour preuve, la très mainstream chaîne M6 vient de lancer une émission de TV réalité dédiée aux entrepreneurs en quête de financements.

Au programme : quelques maximes rebattues (« Il faut miser sur la jeunesse », « Vivre le travail autrement », « Prendre son destin en main »...) enrobées d'émotions. L'intention, louable, de faire découvrir l'entrepreneuriat au grand public ne résiste pas aux sirènes des codes du genre : du gentil clash, du larmoyant et des juges impitoyables.

Pitche moi si tu peux

Mardi 14 janvier 2020, sur les coups de 21h, les téléspectateurs ont eu l'occasion de découvrir une poignée d'entrepreneurs venus défendre avec ferveur leur projet devant un parterre d'investisseurs aux pédigrées léchés : Delphine André (GCA Transport et Logistique), Catherine Barba (Cashstore), Éric Larchevêque (Ledger), Frédéric Mazzella (Blablacar), Marc Simoncini (Meetic, Jaîna Capital) et Marc Vanhove (Bistro Régent).

Les candidats n'ont que quelques minutes pour persuader ces six personnalités de mettre la main au portefeuille et de les accompagner dans le développement de leurs projets, qui sont tous très variés : du service de réparation de valise à roulette en passant par les cartes postales qui se transforment en plantes, à la brosse à dent qui réduit le temps de lavage à une dizaine de seconde, on a droit au meilleur et au pire de l'innovation de la Start-up Nation.

Des candidats comme vous et moi

Les ingrédients réunis sont, a priori, assez énervants : un jury, un générique pénible, et des codes usés depuis les premiers télé-crochets. Et pourtant... on l'avoue, on a quand même (presque) versé une larme lorsque Mehdi a réussi à convaincre Marc Vanhove d'investir dans son projet, ou quand un autre se fait recaler sans égards. Il faut dire que les profils sont bien éloignés des clichés des startuppers issus d'école de commerce biberonnés aux business plans et aux elevator pitches. Une jeune et pétillante caissière à mi-temps, un chaleureux père de famille qui a très tôt déserté les bancs de l'école, une femme inspirée par son frère polyhandicapé... La plupart des candidats font preuve d'une humilité et d'une sincérité touchantes, qu'on ne peut s'empêcher de trouver assez rafraîchissantes.

Démocratiser l'entrepreneuriat... et ses fables

Le sujet de l'entrepreneuriat est devenu très populaire ces dernières années dans les médias, mais il était jusqu'alors quasiment absent des chaînes de télé généralistes. De ce côté-là, on ne peut que saluer la démarche.

Notons aussi que les investisseurs ont mis la main à la poche pour financer eux-mêmes le programme. « C’est une émission que j’aime beaucoup parce que c’est le jury qui la paie » avait d'ailleurs précisé Nicolas de Tavernost, président du directoire de la chaîne, en décembre dernier.

Attention en revanche à ne pas perpétuer certains clichés encore tenaces, qui véhiculent l'idée que l'entrepreneuriat est accessible à tous, sans distinction de milieu social. Dans son ouvrage Start-up Nation, overdose de bullshit, l'entrepreneur et journaliste Arthur de Grave rappelle : « Nous ne sommes pas tous égaux face à la création d'entreprise. Apparement, posséder un solide réseau, savoir que papa et maman seront là en cas de coup dur et ne pas avoir à raquer 1 200 euros par mois pour un 22 mètres carré aident beaucoup à emprunter une voie qui risque de déboucher sur un plantage dans 9 cas sur 10. »

Shocking. Reste à voir si les épisodes suivants feront mention du véritable parcours du combattant du startupper en devenir.

Laure Coromines - Le 16 janv. 2020
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