visage féminin démultiplié

Pseudonymat : le Web3 veut consacrer le grand retour de l'anonymat en ligne

© Diane Serik via Unsplash

Le web 2.0 s'est construit sur un modèle où chacun·e devait déclarer son identité, ce qui n'a pas manqué de susciter des dérives, parmi lesquelles un traçage quasi-systématique. Le Web3 annonce le retour du pseudonymat. Identités multiples, anonymat : une bonne idée ?

La notion est controversée et anime régulièrement les débats. Et effectivement, choisir entre un Internet qui respecte l'anonymat ou qui favorise la révélation des identités, c'est choisir entre des Internets très différents. Mais avant tout, le pseudonymat, qu'est-ce que c'est ? C'est la possibilité pour un individu d’utiliser un ou plusieurs pseudonymes pour se présenter en ligne. Ce principe de non-identification était l’une des valeurs cardinales des pionniers du web, défenseurs de l’Internet libre, mais avec l’avènement des géants du web 2.0, la question de l’identité digitale a basculé. Google+ et Facebook ont en effet choisi de contraindre des millions d’utilisateurs et utilisatrices à lier leur activité en ligne à leur identité réelle. Au départ, cette proposition de sortir des interactions anonymes avait été perçue favorablement par la majorité des acteurs. Car dissimuler sa véritable identité et opérer derrière un pseudonyme a pu servir de catalyseur à la diffusion de la haine en ligne, du harcèlement, des effets de meute, des raids de trolls… Mais pour les enthousiastes du Web3, la question du pseudonymat pourrait être réexaminée à l’aune des possibilités nouvelles offertes par la technologie blockchain.

Accorder une valeur au principe de réputation, grâce à la blockchain

Holyn Kanake fait partie de ces activistes du Web3. Très influente, l’ancienne employée de Twitter qui est désormais active dans le secteur des cryptomonnaies s’est fendue d’une tribune en défense du pseudonymat. Pour elle, la technologie blockchain vient apporter la solution qui permettrait de revenir au pseudonymat, tout en évitant les dérives. Concrètement, la blockchain permettrait de tracer l’activité en ligne associée à un pseudonyme ou un avatar donné, fournissant un bilan des actions, engagements voire des transactions associées à ce profil, tout en garantissant la non-divulgation de l’identité véritable de la personne. Le principal apport de la technologie blockchain appliquée aux identités en ligne serait donc d’accorder une valeur au principe de réputation, qu’elle soit sociale ou financière.

« Le pseudonymat, encodé sur la blockchain, a la capacité de valoriser les comportements vertueux et non-toxiques, et donc de garantir des échanges sereins et sécurisants », explique ainsi Holyn Kanake.

Célébrer des identités numériques multiples

Eric Anziani est un fervent crypto-enthousiaste, il en a d’ailleurs fait un business puisqu’il dirige les opérations de crypto.com, l’une des grosses plateformes d’échange de cryptomonnaies avec Coinbase, Binance ou eToro. Dans une tribune publiée sur le site du Financial Times, il s’enthousiasme sur le fait que les NFT permettent désormais d’interagir sous des identités multiples, tout en étant traçables.

« On a tendance à considérer l’identité comme étant stable et uniforme. Pourtant les NFT permettent de subvertir cette stabilité, pour la découverte ou simplement le fun, d’une manière qui demeure sécurisée », avance Eric Anziani.

En clair, je peux me présenter au monde sur mon profil Twitter avec une image de singe revêche, et incarner ce singe si je le désire, en lui créant de multiples profils sur d’autres plateformes mais aussi en lui faisant réaliser des échanges en ligne, sous la forme de shopping ou d’achats divers. Mais tout ceci sera sécurisé et encodé sur un registre blockchain. Je pourrais me réclamer de cette identité et apporter la preuve qu’il s’agit de la mienne, tout en conservant mon anonymat.

Le bourgeonnement des DAO, ces communautés affinitaires qui se développent en ligne, fournit déjà une illustration de la vitalité du pseudonymat dans le Web3. Les plus enthousiastes imaginent déjà une économie des avatars se développer, quand d'autres, plus frileux, pointent du doigt le risque de nouvelles dérives et autre scams à l'identité.

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