Femme asiatique avec casque VR

Neal Robert : « Demain, le Web3 sera aussi simple à expérimenter que le Web 2.0 »

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Un nombre croissant d’entreprises choisissent d’être présentes dans le métavers, pour communiquer, vendre des produits et travailler leur image. Quels projets y sont développés ? Interview de Neal Robert.

Neal Robert est le P.-D.G. de Bem Builders, l’une des premières start-up Metaverse Experience Factory en France, c’est-à-dire une usine qui fabrique des expériences dans le métavers. Cette jeune entreprise travaille avec les marques corporate pour démocratiser l’usage des mondes virtuels.

Aujourd’hui, quels sont les services que l’on peut trouver dans le métavers ?

N. R. : Il y a différents cas d’usage, dans l’éducation, les ressources humaines et, en général, dans l’apprentissage. Il y a également des applications industrielles. Par exemple, au Japon, on a répliqué un réseau ferroviaire pour faire des essais virtuels en 3D afin de tester un nouvel aiguillage. Faire une telle opération dans le monde physique aurait coûté trop cher et aurait été bien trop contraignante, car cela aurait impliqué la mise à l’arrêt d’une partie des lignes pendant vingt-quatre heures. C’était donc infiniment plus simple de le faire dans un environnement virtuel.

De votre côté, que faites-vous pour les marques ?

N. R. : Nous accompagnons la plupart des entreprises du CAC 40 qui souhaitent se positionner dans le métavers, comme Orange, FDJ, Carrefour, Casino, etc. Pour Orange par exemple, nous avons lancé une opération contre le cyberharcèlement en créant une safe zone dont la vocation est d’accompagner les victimes de ce type de violences et sensibiliser les consommateurs à ce sujet.

Pour Leader Price, nous avons créé un club dédié à l’enseigne dans The Sandbox, avec dix avatars qui donnent accès à dix services et privilèges différents sur la market place, comme des réductions sur des articles scolaires, des pâtisseries, des biscuits, du vin, des médicaments, un accès plus rapide au « service client », une livraison gratuite, etc. Pour simplifier l’accès à ce dispositif, une application mobile, mise au point par la start-up Arianee, permet aux clients de réclamer facilement leur avatar Leader Price en donnant seulement leur nom et un mot de passe, sans devoir passer par le processus complexe qui permet de posséder un NFT.

Avez-vous un autre exemple ?

N. R. : Nous avons travaillé aussi pour Carrefour. Cela fait déjà de nombreuses années que ce groupe apporte un soutien financier à la Fondation de France, notamment à travers le BeeFound, un fonds qui aide les apiculteurs à sauver les abeilles. Nous avons ainsi imaginé une autre façon de faire une donation en créant, sur la plateforme The Sandbox, la collection NFBee, qui regroupe une quinzaine de NFT différents à l’effigie de fruits et de légumes pollinisés par les abeilles, qui pourraient être amenés un jour à disparaître des rayons des supermarchés tant ces insectes sont dangereusement menacés. Ces NFT sont vendus 15 euros environ l’unité, un prix accessible au plus grand nombre.

Ce projet permet d’enseigner aux consommateurs le lien direct qui existe entre la biodiversité alimentaire et les abeilles. Par ailleurs, les propriétaires de NFBee reçoivent régulièrement du miel produit par la ruche qu’ils ont financée. Dans les magasins Carrefour, ils bénéficient également d’avantages sur les achats de produits de la gamme bio du groupe. Enfin, l’argent récolté grâce à cette vente de NFT revient à la Fondation de France, qui va s’en servir dans le monde physique pour protéger les abeilles. Nous avons réussi à vendre 200 NFT en seulement vingt-quatre heures à des clients qui ne savaient même pas ce qu’était une cryptomonnaie.

Pour les consommateurs, quel est l’avantage des plateformes décentralisées par rapport à celles qui sont restées sur un modèle Web 2.0 ?

N. R. : Si le métavers fonctionnait comme un réseau social classique, son contenu n’appartiendrait pas aux utilisateurs dès qu’il serait publié et partagé. De plus, il demeurerait sur la plateforme sur laquelle il a été généré et ne pourrait pas en être extrait. Avec le Web3, tout le contenu que les utilisateurs vont créer et développer restera leur entière propriété : ils peuvent le vendre sur une market place ou l’utiliser sur d’autres plateformes. Par ailleurs, on peut revoir ce principe de propriété avec une approche multi-usage, sous forme d’échanges, de prêts, de dons et de reventes.

Néanmoins, la blockchain et les cryptomonnaies restent difficiles à appréhender pour la plupart des gens. Ce n’est pas un frein à leur adoption ?

N. R. : Cette barrière technologique est vouée à disparaître. Les personnes qui possèdent un smartphone n’ont pas besoin de comprendre la technologie sous-jacente pour s’en servir. De la même manière, dans un avenir proche, il ne sera pas nécessaire de comprendre la blockchain pour l’utiliser. Tout sera accessible de façon intuitive. Les produits qui arrivent aujourd’hui sur le marché rendent invisible la partie blockchain. Ainsi, les consommateurs peuvent acheter des NFT avec leur carte de crédit dans les points de vente physiques, grâce à des bornes installées dans les supermarchés. Demain, le Web3 sera aussi simple à expérimenter que le Web 2.0.

commentaires

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  1. Thomas dit :

    En effet des possibilités infinies, je pense notamment au marketing digital des salles de sport par exemple. Ce serait super intéressant de pouvoir se projeter dans son futur club de fitness 3.0. Efin cela voudrait dire également que cela se démocratise. Très enrichissant comme article.

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