1%

Métavers et NFT : comme dans l'économie réelle, les seuls gagnants sont les « 1 % »

En 2021, les NFTs et les transactions sur le métavers ont explosé. Cette nouvelle économie numérique tient-elle sa promesse de décentralisation et d’ouverture au plus grand nombre ? Selon plusieurs études scientifiques, la réponse est non.

Décentralisation, autonomisation vis-à-vis des institutions financières, ouverture au plus grand nombre, redistribution… Sur le papier la nouvelle économie numérique a tout d’un système vertueux, voire d'une vraie alternative à une économie réelle centralisée et assujettie au capitalisme financier. Mais de récentes études scientifiques montrent que ce système reproduit pour le moment les mêmes biais. Celle publiée par la revue Nature démontre que le marché des NFTs est un marché plutôt concentré et dominé par quelques investisseurs très actifs. Un résultat corroboré par l’étude de la plateforme Chainalysis, qui décrypte le profil et les usages de cette élite, les « 1 % » du crypto-game.

Le marché des NFTs n’est pas ouvert au plus grand nombre

Sur le marché des NFTs, 10 % des traders actifs réalisent 85 % des transactions et concentrent 97 % des actifs numériques. Ces chiffres sont issus d’une recherche menée par un groupe de scientifiques et publiée dans la prestigieuse revue Nature. Les scientifiques ont analysé 4,7 millions de NFTs qui ont donné lieu à 6,1 millions d’échanges, principalement sur les blockchains Ethereum et WAX. Il ressort que les catégories d’échanges les plus populaires sont celles de l’art et du gaming. Mais seule une petite minorité d’investisseurs est très active pour s’échanger ces actifs numériques.

L’étude indique toutefois que le prix moyen d’un NFT dans la catégorie Art est de moins de 15 dollars dans 75 % des cas. À ce prix-là, tout le monde peut s’offrir un morceau d’abstraction encodé sur blockchain. Seuls 1 % des NFTs émis dépassent 1594 dollars. Mais si l’économie numérique fait miroiter la perspective de jouer dans la même cours que les gros investisseurs en acquérant un morceau du clip de Booba (pour 70 euros) ou une figurine CryptoPunk (pour 66 000 dollars en moyenne), la réalité est que les gros restent entre gros. D’ailleurs, qui a les moyens d’acquérir un morceau de la musicienne cyber-pop Grimes pour 6 millions de dollars ? Ou de débourser 458 000 dollars pour devenir le voisin du rappeur Snoop Dogg dans le métavers SandBox ? Évidemment de très gros investisseurs. Pour Andrea Baronchelli, le mathématicien qui a piloté l’étude publiée dans Nature, le marché des NFTs ne tient pas ses promesses de démocratisation et d’ouverture au plus grand nombre.

Le marché des NFTs reproduit les privilèges et les barrières à l’entrée

La plateforme Chainalysis a analysé les pratiques de ces « 1 % » qui contrôlent le marché des NFTs. Il ressort de leur étude que ces investisseurs aguerris amassent la plus grande partie des profits parce qu’ils sont privilégiés par certains mécanismes. C’est le cas du « whitelisting », un mécanisme qui permet à un petit groupe d’acheter des NFTs nouvellement émis à un prix bien plus bas, au cours de sessions de minage. Rentrer sur une « whitelist » permet d’acheter moins cher et de revendre plus cher. C’est la garantie d’un bénéfice futur. Et c’est évidemment un mécanisme très inégalitaire puisque seule une minorité y aura accès, ce privilège étant réservé à une poignée de happy few très actifs. Une pratique d’initiés, bien éloignée de l’idéal d’ouverture et de redistribution prônée par les adeptes de la finance décentralisée. Bien au contraire, le marché des NFTs reproduit les privilèges et les barrières à l’entrée.

L’économie numérique est un désastre écologique

Comment ne pas évoquer également l’aspect écologique, qui fait de l’économie numérique une industrie extrêmement énergivore et donc désastreuse sur le plan environnemental ? On pensait naïvement que le numérique était synonyme d’immatériel, il se révèle au contraire d’une profonde matérialité. L’ingénieur et artiste Memo Atken souligne ainsi que la production d’un seul NFT consomme autant d’énergie qu'un habitant de l’UE en un mois. Ce qui représente une quantité d’émissions de CO₂ équivalente à un vol en avion de 2 heures.

Autant d’éléments qui invitent à nuancer, voire à questionner franchement, les promesses associées à l’économie numérique, et notamment aux marchés des NFTs et des métavers. Les plus critiques, comme le journaliste économique de Mediapart Romaric Godin, voient même dans cette efferverscence « les symptômes d’un capitalisme crépusculaire. »

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire