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Des ingénieurs dessinés travaillent autour d'un bouton like réseaux sociaux
© RaStudio via Getty Images

Si Facebook veut que les États régulent le web, c'est pour bloquer ses concurrents

Le 1 avr. 2019

Le PDG de Facebook invite les États à être plus actifs dans la régulation du web. À ses yeux, les sociétés comme Facebook ont trop de poids lorsqu’il s’agit de juger les contenus sur internet. Pour certains observateurs c’est aussi un moyen de contrer ses futurs concurrents.

Mark Zuckerberg, le roi des réseaux sociaux, veut moins de pouvoir. Poisson d'avril ? Apparemment non. Dans une tribune publiée sur plusieurs médias et sur sa page Facebook samedi 30 mars 2019, le PDG demande aux gouvernements de « jouer un rôle plus actif » dans la régulation d’internet.

« Les législateurs me reprochent souvent d’avoir trop de pouvoirs, et franchement je suis d’accord avec eux, tranche-t-il. Les sociétés comme Facebook ont d’immenses responsabilités. Chaque jour, nous décidons si tel propos est violent, si telle publication est une publicité politique (…). Ce sont des décisions importantes à prendre pour protéger notre communauté. Mais si nous recommencions tout à zéro, nous ne demanderions pas aux sociétés de prononcer de tels jugements toutes seules. »

Le dirigeant identifie quatre thématiques qui nécessiteraient de nouvelles réglementations : les contenus haineux, l’intégrité des élections politiques, la vie privée et la portabilité des données (le fait d’autoriser les individus à déplacer leurs données d’un service à l’autre).

Zuckie veut plus de standards

Mark Zuckerberg dit ne pas chercher à se décharger de toutes ses responsabilités. « Les entreprises numériques devraient être responsables de l’application des normes sur les contenus préjudiciables », dit-il. Ce que veut le PDG, ce sont plus de standards établis par les États, pour que Facebook et consorts puissent juger plus facilement de la violence d’un contenu, par exemple. « C’est impossible de retirer tous les contenus préjudiciables du net aujourd’hui ; les gens utilisent des douzaines de réseaux sociaux différents, avec chacun leurs propres règles et processus ».

Il souhaite aussi plus de standards concernant la communication politique. Facebook a interdit les publicités micro-ciblées émanant de partis politiques suite au scandale Cambridge Analytica. Mais son patron avoue ne pas toujours savoir identifier quelle publicité est politique ou non.

Autres demandes de Zuckerberg : étendre le RGPD européen à d’autres pays et créer un standard pour permettre aux citoyens de transporter leurs données d’un service à un autre.

Il suggère la création d’organismes tiers qui définiraient ces standards. Il propose aussi l’aide de Facebook pour les établir, rappelant que la société a déjà travaillé sur les quatre thématiques évoquées plus haut. Déléguer un peu de pouvoir, sans pour autant être exclu des décisions, donc.

Une réponse aux multiples scandales

Cette tribune intervient après une suite de scandales dans lesquels Facebook a trempé. À commencer par son partenariat avec la société Cambridge Analytica, qui a envoyé des publicités ciblées aux potentiels électeurs de Trump et du Brexit. Plus récemment, Facebook a été vivement critiqué pour avoir laissé la vidéo de la tuerie de Christchurch (Nouvelle-Zélande) en ligne 29 minutes après sa publication.

Les cyniques diront que Facebook tente ici une opération marketing, un coup de com' pour se dédouaner des différents scandales. D’autres estiment qu’il s’agit d’un aveu de faiblesse : la société est incapable de réguler tous les contenus publiés sur sa plate-forme. Pour Michael Arrington, fondateur de TechCrunch c’est simplement un moyen de contrer ses futurs concurrents. « Quand une grosse société demande plus de réglementations, ce qu’elle demande en réalité c'est d'instaurer des coûts réglementaires pour empêcher ses concurrents d’entrer sur le marché. Ça ne veut jamais rien dire d’autre. Jamais. », a-t-il analysé dans un tweet relayé plus de 3 000 fois. Les réglementations sont en effet considérées comme une barrière pour de nouveaux entrants sur un marché. Ces barrières peuvent s’avérer encore plus difficiles à franchir si c’est l’un des leaders du marché qui « aide » les gouvernements à légiférer.

Mais les plus optimistes pourront y voir un moyen de retirer du pouvoir aux GAFA. C’est d’ailleurs ce que demandent depuis longtemps les défenseurs de la liberté du web, comme l’association la Quadrature du Net. Son fondateur Benjamin Bayart s’était étonné lors du Grand Barouf numérique mi-mars de voir les gouvernements confier aux plate-formes de plus en plus de pouvoirs concernant les contenus haineux notamment.

Chacun se renvoie la balle

Les États, eux, ne semblent pas décidés à prendre davantage de responsabilités. Quelques semaines après l’attentat de Christchurch, l’Australie a estimé que c'était aux réseaux sociaux d'assumer la responsabilité, raconte Presse Citron. Le pays compte infliger des peines de prison aux dirigeants. Jusqu’à trois ans et des dizaines de milliards de dollars d’amende si les réseaux sociaux ne retirent pas les images. Notons que cette sanction ne s’appliquera qu’aux dirigeants résidant en Australie. Pour que cette action ait un réel impact, le Premier ministre australien a appelé les autres pays à suivre son exemple. Bref, chacun se renvoie la balle.

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