La famille Tenembaum

Les millionaires de la tech veulent sauver la planète grâce à leurs bébés

© Touchstone Pictures / La famille Tenenbaum

Faites la connaissance de Malcom et Simone Collins, deux « hipsters eugénistes », persuadés que c’est leur devoir de se reproduire pour éviter l’effondrement démographique de l’humanité.

Alors qu’ici-bas, de jeunes adultes refusent d’avoir des enfants par conscience écologique, quelques millionnaires de la tech s’acharnent à se reproduire le plus possible pour sauver l’humanité.

« Nous pourrions définir l’avenir de l’espèce humaine »

Dans un papier truculent, la journaliste Julia Black d’Insider fait le portrait de ces pro natalistes au travers de Malcom et Simone Collins, 36 et 35 ans, autobaptisés « eugénistes hipsters », accompagnés de leurs trois jeunes enfants : Torsten, Octavian, Titan Invictus et The Professor, leur corgi. Malcom et Simone travaillent pour des fonds d’investissement et écrivent des guides sur la vie de couple et la sexualité. Depuis leur second rendez-vous, ils envisagent d’avoir entre 7 et 13 enfants. D’après leur calcul, si ces derniers ont eux aussi 8 enfants chacun sur 11 générations « seulement », les Collins deviendront plus nombreux que la population mondiale actuelle. « Nous pourrions définir l’avenir de l’espèce humaine », juge Malcom.

Ce projet nataliste ne ferait pas exception dans une certaine frange de la population américaine. Le pro natalisme serait un mouvement de pensée de plus en plus en vogue dans la Silicon Valley et à Austin (Texas) – autre hub de la tech américaine, rapporte Business Insiders. Plusieurs CEO du secteur comme Sam Altman, le cofondateur de OpenAI, ou Luke Nosek de Paypal s’intéressent de près à cette idée. Cet intérêt se traduit notamment par des investissements de plus en plus massifs dans les technologies de reproduction, marché qui devrait atteindre 78,2 milliards de dollars d’ici à 2025 selon Research and Markets.

Elon et ses dix enfants

L’une des figures emblématiques de ce mouvement n’est autre qu’Elon Musk, lui-même père de dix enfants. Le milliardaire s’inquiète régulièrement du déclin de la population sur Twitter. Et selon des proches interrogés par Business Insider, il songe depuis plusieurs années à repeupler la planète avec sa progéniture et encouragerait ses amis riches à faire de même, persuadé que la richesse est directement liée au QI.

Comme Elon Musk, les autres pro natalistes sont motivés par la crainte de voir la population humaine s’éteindre progressivement à cause de la baisse du taux de natalité dans la plupart des pays développés. Une étude publiée dans The Lancet prévoit notamment qu’en 2100, 183 pays sur 195 passeront en dessous de la barre fatidique de 2,1 enfants par personne.

Le pro natalisme trouve ses racines idéologiques dans des courants de pensée plus généraux et très ancrés dans la culture de la tech : le transhumanisme, ou cette idée de créer grâce à la technologie des humains plus performants, le longtermisme, un courant philosophique qui envisage dès à présent les problèmes que l’humanité pourrait rencontrer dans des milliers d’années, et l’effective altruism, mouvement cher notamment au PDG déchu de FTX qui consiste à financer des œuvres de charité de manière efficace – quitte à faire quelques entorses à l'éthique.

Tous ces mouvements partagent l’idée d’un futur chaotique mais qu’une partie de la population peut encore sauver. En bref : l’humanité court à sa perte, mais pas de panique, la Silicon Valley est là. Et pour ses plus fortunés représentants, faire des bébés fait partie de la solution.

L’eugénisme is the new cool

Le témoignage des Collins révèle par ailleurs toute une économie naissante de la reproduction. Car pour mener à bien leur plan de reproduction, le couple qui est déjà dans leur trentaine, mise beaucoup sur la technologie. En 2018, année qu’ils ont rebaptisée l’« année de la récolte », ils ont congelé des embryons en grande quantité. Ceux-ci ont d’abord été passés aux cribles de la technologie de Genomic Prediction. Cette startup américaine a développé une technique permettant d’évaluer la viabilité d’un embryon et ses risques de développer différentes maladies dont la schizophrénie, le diabète et cinq types de cancer. Les Collins se sont ensuite tournés vers une seconde société – SelfDecode, qui a évalué les risques qu’encouraient leurs enfants en devenir de développer une obésité, des maux de tête, du stress… Le couple suit toutes ces données sur une feuille de calcul qui leur permet de déterminer quels embryons seront implantés dans l’utérus de Simone. Peu importe que ces entreprises soient controversées et que le lien entre certaines maladies ou traits de caractères et la génétique n’ait pas encore été prouvé.  

Le couple a également un système pour suivre le développement de leur progéniture baptisé « The Index ». Le but est d’enregistrer leurs émotions, leur carrière, leurs idéaux..., afin d’avoir un suivi sur plusieurs générations.

Conscients que ce courant de pensée n’a pas bonne réputation – on associe plus volontiers l’eugénisme au nazisme qu’à un grand projet sympathique de sauvetage de l’humanité – Simone et Malcom se sont donné pour mission de rendre leur combat cool et socialement acceptable via leur organisation Pronatalist.org. Ils avancent notamment des arguments censés être progressistes, et agitent la peur de voir certaines valeurs – activisme écologique, défense du droit des femmes – disparaître car elles sont portées par des personnes qui n’auront pas ou peu d’enfants. Même si rien ne prouve, encore une fois, que ces valeurs sont génétiquement transmissibles.

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