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Homme portant un masque dans un supermarché en regardant son smartphone
© Jasmina007 via Getty Images

Les Deliveroo des supermarchés ont explosé pendant la crise

Le 26 juin 2020

Une plateforme, des supermarchés et des travailleurs payés à la tâche… C’est la recette (déjà vue ailleurs) d’Instacart et Supermercato24, qui ont largement bénéficié du confinement.

Deliveroo et UberEats n'ont pas connu le boom espéré pendant la crise du Covid-19. En revanche, leurs confrères spécialistes des supermarchés – l’Américain Instacart, l’Italien Supermercato24, et l’Irlandais BuyMie -– en ont bien profité.

Le principe est simple : plutôt que de vous connecter au e-shop d’un supermarché, vous passez par une plateforme qui réunit différentes enseignes. C’est un travailleur indépendant (appelé personal shopper, c'est plus chic) qui fait vos courses à votre place et vous les apporte. Le tout en moins d'une heure.

« Pendant le confinement, ces plateformes qui fonctionnaient déjà bien ont explosé, observe Matthieu Vincent, de DigitalFoodLab, agence spécialiste de la foodtech. Aux États-Unis, 57 % du commerce de courses en ligne passe par Instacart depuis le début de la crise sanitaire. » 300 000 personal shoppers ont été recrutés depuis mars pour suivre cet essor.

Chez Supermercato24, les commandes ont été multipliées par dix par rapport à la normale.

Supermercato24 pourrait s’installer en France

Mais la tendance était déjà prégnante avant la pandémie. « Depuis quelques années, la majorité des montants investis dans la foodtech sont dirigés vers les start-up de la livraison, et plus particulièrement celles spécialisées dans les courses », explique Matthieu Vincent. Instacart a été valorisée à 13,7 milliards de dollars, après une levée de fonds de 225 millions de dollars début juin.

Ce type de plateforme pourrait bientôt arriver en France selon l’expert. « Des start-up d’épicerie en ligne comme La Belle Vie et Epicery (qui ont leurs propres entrepôts) fonctionnent déjà bien. Elles ont été très utilisées pendant le confinement, car les sites des distributeurs classiques ont eu du mal à faire face à la forte hausse de la demande. » Supermercato24 devrait annoncer son lancement dans un autre pays européen d’ici la fin de l’année et cela pourrait bien être la France ou l’Espagne.

Après les dark kitchens, voici les dark groceries

Les distributeurs ne voient pas tous d’un bon œil l’arrivée de ces Uber des courses en ligne. « Cette tendance fait peur à certains. Car si leurs magasins ne sont fréquentés que par des indépendants, tous leurs investissements pour avoir une bonne localisation, rendre le magasin agréable, préparer les étales... n’ont plus aucune utilité. À terme certains magasins pourraient même être transformés en petits entrepôts. », se projette Matthieu Vincent. Aux États-Unis, quelques expérimentations de « dark groceries », des supermarchés sans aucun client (l’équivalent des dark kitchens qui fournissent les restaurants présents sur les plateformes type Deliveroo et UberEats) ont vu le jour. « Mais cela reste très expérimental pour le moment ».

Le modèle type Instacart permet aux marques de mettre leurs produits en avant moyennant une contrepartie financière, précise Matthieu Vincent. Ce qui signifie aussi une perte de contrôle pour les distributeurs.

Notons que la plupart des grandes enseignes du retail ont déjà des partenariats avec des plateformes de livraison, qui ne sont pas uniquement dédiées aux supermarchés. C'est le cas de Carrefour avec Glovo, de Franprix avec Deliveroo.

Livreurs appâtés par de gros pourboires… qui leur sont finalement retirés

Par ailleurs, le développement de ces plateformes donne naissance à une nouvelle population de travailleurs précaires. Depuis le début de la pandémie, les conditions de travail sont particulièrement difficiles pour les livreurs-acheteurs d'Instacart. Entre les queues à rallonge dans les supermarchés, les produits non disponibles, les clients mécontents d’attendre… le temps de travail s’est considérablement allongé. Le Los Angeles Times raconte comment une acheteuse a passé 5 heures à conduire et arpenter les allées d’un magasin pour ne gagner que 27 dollars, pourboires compris. Certains subissent la pratique peu reluisante du « Tip baiting » : des clients qui annonçent un gros pourboire pour être livrés au plus vite et qui finalement le baissent, voire le suppriment, une fois livrés.

Fin mars, plusieurs travailleurs de la plateforme ont fait grève pour demander une hausse de leurs salaires compte-tenu des risques qu’ils prenaient et du matériel de protection (gel et masque).

Marine Protais - Le 26 juin 2020
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