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Pourquoi l’accident mortel d'une Tesla questionne nos peurs profondes

Quel rapport entre l’accident mortel d’une Tesla, la question des vaccins et une histoire de tramway ? Toutes ces histoires questionnent la manière dont on opère nos choix. Par Fabrice Cavarretta, Professeur de Management, ESSEC Business School.

Un accident mortel d’une Tesla a de nouveau surgi dans l’actualité cette semaine. Le cas ressemblait à un roman d’Agatha Christie : aucun conducteur n’était au volant lors du crash et deux passagers ont été retrouvés, morts dans le choc et l’incendie qui a suivi. Dans la pratique, tout le monde soupçonne évidemment un usage abusif de l’autopilote, un usage non autorisé qui a possiblement mené à la mort des passagers.

Quel est le problème ?

Comme pour les crashs précédents de voitures Tesla, le public s’est passionné de manière inquiète sur la possibilité qu’une Tesla automatique puisse avoir un accident. En parallèle, le PDG emblématique de Tesla, Elon Musk, clame que ses voitures sont dix fois plus sûres qu’une voiture normale. En supposant que cette statistique soit vraie, le public ne semble néanmoins pas à l'aise avec l’idée que l’on déploie des voitures autonomes et que celles-ci puissent avoir des accidents.

Pourquoi c’est important ?

Le paradoxe est le suivant : pourquoi avoir une surcrainte des accidents avec une voiture automatique si celle-ci est pourtant plus sûre qu’une voiture conduite par un chauffeur ? Ceci rentre dans une grande classe de questions en éthique et en psychologie, où l’être humain rechigne à intervenir si la conséquence de son action peut aussi être dommageable. Cette question a été théorisée par la science de l’éthique sous la forme du problème du tramway : est-il préférable de détourner un tramway qui a perdu ses freins vers une voie de garage, ce qui tuerait un ouvrier, plutôt que de ne pas intervenir au risque de tuer dix personnes en gare ?

Pourquoi le problème du tramway est d’actualité en 2021...

Le choix de déployer un vaccin revient à un problème du tramway. En effet, la plupart des vaccins sont conçus pour avoir un avantage/inconvénient positif, c’est-à-dire de sauver beaucoup plus de personnes qu’ils pourraient en tuer. Néanmoins, la décision de faire vacciner au risque de tuer – même seulement une personne – est perçu comme particulièrement problématique, identiquement au malaise face au déploiement de voitures automatiques qui parfois tueront leurs clients, ou à la décision d’un chef de gare qui choisit de tuer un de ses ouvriers…

Naviguer entre l’efficacité, notre confort, et nos biais

Il n’y a pas de solutions simples à ces questions. La bonne décision ne peut émerger qu’en combinant la prise en compte des trois points de vue impliqués, dans un processus respectueux et collectif.

Tout d’abord, la décision doit évidemment s’aborder sous un angle de la science de la décision, c’est-à-dire du calcul rationnel, par exemple ici établir (ou non) que cette classe de véhicule tue 10 fois moins, que le vaccin sauve 10 fois plus qu’il ne tue, etc. 

Ensuite, ceci doit être soumis à une évaluation éthique, par exemple s’assurer qu’aucune alternative n’est disponible, qu’aucun effet long terme de ce type de décision puisse avoir été négligé, etc.

Finalement, indépendamment de ce que les cerveaux froids et nos cerveaux moraux peuvent conclure, la suite dépendra de la capacité à contourner notre psychologie, nos biais qui souvent dirigent nos décisions, ici la peur instinctive que notre action puisse nuire.

Notre réticence naturelle contre la voiture qui pourrait tuer, ou contre l’injection d’un produit qui pourrait blesser, si elle s’avère être le bon choix, doit néanmoins être inlassablement discutée, étudiée, expliquée, adaptée…

C’est là où le politique ou le manager se retrouvent face à la tâche la plus ardue de leur travail : accompagner les humains dans toute leur complexité.

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