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Le visage d'une femme analysé par système de reconnaissance faciale
© jxfzsy via Getty Images

Orientation sexuelle ou politique... quand l'IA prétend lire sur nos visages

Le 18 janv. 2021

On pensait la phrénologie, ou l'art de déterminer les caractéristiques d'un individu selon son apparence, reléguée aux oubliettes. C’était sans compter sur certains chercheurs en intelligence artificielle prêts à démontrer que le visage d’une personne passé à la moulinette d’un algorithme est révélateur de son orientation sexuelle ou politique.

Michal Kosinski, chercheur de Stanford en intelligence artificielle, n’est pas en odeur de sainteté. Pourtant son travail vient d’être reconnu par la prestigieuse revue Nature. Il y publie un article démontrant qu’un algorithme peut deviner avec une précision de 72 % si une personne est conservatrice ou libérale. Le tout en analysant les traits de son visage. En 2018, il publiait une étude similaire, expliquant qu’un algorithme pouvait déterminer si une personne caucasienne était homosexuelle, toujours à partir des traits de son visage. Son travail avait été qualifié par la presse de « gaydar » algorithmique.

Lui argumente que ces études sont un moyen d’alerter le public sur les dérives potentielles des systèmes de reconnaissance faciale. Mais d’autres chercheurs en intelligence artificielle et observateurs estiment son travail dangereux, car il déterre une pseudo-science nauséabonde (et prouvée fausse) : la phrénologie. À l’origine, cette théorie née au XIXème siècle avec Franz Joseph Gall prétendait que les bosses du crâne d’un individu reflétaient son caractère.

Les résultats statistiques apparemment satisfaisant - « 72 % de précision » - de l’étude de Kosinski sont trompeurs selon ses adversaires. Car comme le rappelle The Next Web, le chercheur et son équipe partent du principe qu’il est possible de connaître l’orientation politique (ou sexuelle) d’une personne en la regardant, qu’une orientation sexuelle ou politique est forcément binaire et ne change jamais au fil du temps. Les algorithmes utilisés pour ces études « datent d'il y a une demi-décennie. Ils ne sont pas intelligents, ils ne font que pervertir une technologie normalement utilisée pour déterminer si quelque chose est un hot-dog ou non », résume le média américain. 

Phrénologues en herbe

Michal Kosinski est loin d’être le seul à s’intéresser à la phrénologie sauce reconnaissance faciale. En 2019, des chercheurs de l'Université américaine de Harrisburg affirmaient avoir développé un logiciel automatisé capable de prédire si quelqu'un est un criminel uniquement sur la base d'une image de son visage… Ce type de théorie est appliqué en dehors des laboratoires de recherche. American Scientist rappelle que des entreprises (comme HireVue) se vantent de pouvoir deviner les traits de personnalité d’un candidat à un emploi en étudiant ses expressions faciales. En Chine, un logiciel de reconnaissance faciale d'Alibaba est utilisé pour identifier les Ouïghours. Dans des lycées américains, des logiciels de télésurveillance sont censés identifier les tricheurs en analysant le comportement des élèves, et notamment les mouvements de leur visage. 

Marine Protais - Le 18 janv. 2021
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