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Couple analysé par un système de reconnaissance faciale à l'aéroport
© Izusek via Getty Images

Quels sont les arguments des défenseurs de la reconnaissance faciale ?

Le 16 oct. 2019

Le système de reconnaissance faciale Alicem porté par le ministère de l'Intérieur a soulevé un vent d’inquiétude. Pour le contrer, les défenseurs de la technologie avancent leurs arguments : simplicité, sécurité et neutralité…

Depuis quelques jours, Alicem, l’application du ministère de l’Intérieur permettant de se créer une identité numérique via la reconnaissance faciale, fait débat. Ceux qui l'utiliseront pourront ensuite accéder à divers services en ligne : assurance maladie, impôts, inscription au permis... Ce système, qui devrait être mis en place avant la fin d'année, a soulevé de nombreuses inquiétudes. Les défenseurs des libertés numériques y voient un moyen de banaliser la reconnaissance faciale. De quoi craindre pour certains un glissement vers un état de surveillance dopé à l’intelligence artificielle similaire à la Chine. Cette semaine, les défenseurs de la technologie avancent leurs pions.

La techno permet à nos industriels « de progresser »

Cédric O, secrétaire d’État au numérique, s’est exprimé dans les colonnes du Monde sur le sujet. Pour lui, « il ne faut pas avoir une vision exclusivement nihiliste » de la technologie. « Il y a beaucoup d’usages qui, s’ils sont bordés juridiquement et techniquement, ne posent aucun problème et apportent de la simplification – par exemple, pour tout ce qui nécessite aujourd’hui de se présenter à un guichet ou pour valider une formation en ligne », argumente-t-il. Le secrétaire d’État estime par ailleurs que les expérimentations de reconnaissance faciale comme Alicem sont nécessaires pour « faire progresser nos industriels ». Paradoxalement, Cédric O se montre conscient des risques liés au sujet et plébiscite un débat citoyen. « Il me semble par ailleurs important qu’il y ait une supervision de la société civile car le sujet est trop sensible : l’État doit se protéger de lui-même. » Une instance d'évaluation des projets de reconnaissance faciale en France composée « de membres issus de différentes administrations et régulateurs, sous la supervision de chercheurs et de citoyens » devrait être créée.

« La technologie est neutre »

« La technologie est neutre, c'est l'usage qui en est fait dont il faut surveiller les dérives », explique Marc Darmon, directeur général des systèmes d'information et de communication sécurisés chez Thales, interrogé par Les Échos. Thales est un industriel français propriétaire de Gemalto, société qui a développé la technologie d'Alicem. L’argument de « la technologie est neutre » est difficilement recevable lorsqu’il a été prouvé à plusieurs reprises que les intelligences artificielles qui régissent les systèmes de reconnaissance faciale ne sont pas dénuées de biais sexistes, racistes… Elles s’appuient sur des bases de données élaborées par des humains, et donc rarement neutres. 

La technologie n’est pas obligatoire

Dans L’Usine Nouvelle, Jérôme Létier, directeur de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) en charge du projet Alicem, répond point par point aux différentes craintes liées à ce système. Pour lui, agiter le spectre d’une reconnaissance faciale généralisée est « exagéré ». Il rappelle qu’Alicem n’est pas obligatoire. « L’application est un nouveau service, proposé en plus des alternatives déjà existantes pour se connecter et s’identifier (et accéder aux services publics en ligne). Ceux qui ne veulent pas utiliser la reconnaissance faciale ont donc le choix de ne pas utiliser Alicem. Nous ne leur portons pas préjudice. Si Alicem se généralise, nous veillerons à ce qu’il y ait des alternatives à la reconnaissance faciale. Mais nous avons le temps pour cela. »

Il ne faut pas en avoir peur mais la surveiller

« N'ayons pas peur de Big Brother ». C’est avec cette accroche pour le moins déroutante que le journaliste David Barroux commence une analyse dans Les Échos en réaction aux inquiétudes suscitées par Alicem. Pour l’éditorialiste les aspects négatifs de la technologie ne doivent pas nous priver de toutes les utilisations qui peuvent en découler. Il avance notamment l'argument sécuritaire. « Et si demain, une telle technologie permettait d'arrêter un terroriste avant qu'il ne commette un attentat, qui pourrait s'en plaindre ? », justifie-t-il. De plus, nous utilisons déjà la reconnaissance faciale – pour débloquer notre smartphone par exemple – sans s’en offusquer, estime-t-il. La technologie étant déjà là, rien ne sert d’en avoir peur donc ? L'argument paraît un peu léger. Pour le journaliste il est en tout cas inutile de l’interdire, il faut par contre surveiller et encadrer ses usages.

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