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une capuche avec des visages pour se protéger de la reconnaissance faciale
© HKU Design - Anonymous

Reconnaissance faciale : et si les artistes pouvaient nous aider à nous protéger ?

Le 14 févr. 2020

À l’heure où la reconnaissance faciale et les données biométriques augmentent les capacités de surveillance, les artistes deviennent des garde-fous dont les alertes peinent pourtant à toucher le grand public.

2020, les outils de surveillance sont partout, mais n’intéressent pas grand monde. D’ailleurs, leur jargon technique rebute et nous pousse à dire « à quoi bon ? » Des profils sociaux qui aspirent nos données « malgré nous » au débat autour de la reconnaissance faciale qui n’intéresse que peu de monde en France, le défaitisme face à la tech est prégnant. Peu visibles ou méconnus du grand public, ce sont pourtant les créateurs qui nous aident à prendre conscience du danger et à nous y préparer.

 
 
 
 
 
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Polish designer Ewa Nowak [@noma_design_studio] created brass headware to deter facial recognition technology. Learn more about her aesthetic social commentary on Colossal, link in bio.

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Rendre la surveillance tangible

Designers, chercheurs ou artistes, parfois les deux, « ils préfigurent l’impact de ces technologies » sur nos vies, explique Stéphane Maguet, spécialiste en art numérique chez We Are Social. Ils ont la faculté de « les rendre tangibles en transmettant des émotions », même si le processus est long et ne donne pas tout de suite lieu à des prises de position de la part des citoyens.

Actuellement au cœur du débat, la reconnaissance faciale qui intéresse les autorités à des fins de surveillance questionne de plus en plus les artistes. Masques, coiffures, bijoux, casquettes, maquillage… ils sont nombreux à développer des oeuvres prototypes censées « armer » les citoyens contre la détection faciale, certains se plongeant dans un processus comparable à celui de la recherche et du développement. Du « look book camouflage » du chercheur Adam Harvey, au projet étudiant Anonymous reparu pendant les manifestations de Hong Kong en 2019 en passant par les bijoux de visage de la designer polonaise Ewa Nowak, une large variété d’applications fleurit.

Mais si « ces outils marchent sur les plates-bandes du design, ils sont encore loin de passer à l’échelle, tempère Stéphane Maguet. Ils sont à l'origine d'une certaine prise de conscience oui, mais s’apparentent davantage à des ‘’proofs of concept’’ pour le moment ("preuve de concept", soit la démonstration de la faisabilité d’un projet ou prototype, ndlr). »

Pas tous égaux face à la surveillance

Selon Stéphane Maguet, l’appropriation collective de ce type d’outils passe logiquement par trois phases ; celle de la prise de conscience (reconnaître qu’il y a un problème), s’y confronter de manière tangible (par le biais d’une performance artistique par exemple), puis éventuellement la mise à disposition de ces outils dans l’espace public.

Bien sûr, toutes les cultures ne se valent pas en matière de lutte. Fin janvier, les membres du collectif britannique The Dazzle Club protestaient contre la surveillance urbaine en défilant dans les rues de Londres, bariolés de ce fameux maquillage « anti-détection ». Idem pour l’artiste et activiste Ekaterina Nenasheva qui, en incitant les gens à faire de même, s’est retrouvée à l’arrière d’une voiture de police le 9 février dernier…

Propices à l’introduction de pratiques « techno-critiques », les contextes de manifestation restent aussi très inégaux. « On a pu voir de grandes différences de culture entre les manifestations de Hong Kong et celles des Gilets Jaunes, illustre Stéphane Maguet. En Chine, les outils de surveillance sont vécus de façon beaucoup moins anxiogène, il y a une culture numérique beaucoup plus ancrée. C’est ce qui explique que de simples outils aient été utilisés de façon plus créative », comme des lasers qui éblouissent les caméras ou le détournement d’applications pour localiser la police et lui tendre des embuscades.

Ouvrir la discussion aux citoyens… et aux artistes ?

En France, la prise de conscience sur le sujet de la surveillance est encore frileuse.

« Il y a un désintérêt global des Français vis-à-vis des lois sur la reconnaissance faciale, notamment parce que le débat est trop technique, trop obscur », poursuit le spécialiste. Pourtant, il faudra bien qu’une discussion démocratique demande un jour leur avis aux citoyens. « De la même manière qu’il y a un tournant avec la transition écologique, les prises de conscience vont s’intensifier sur le sujet. » Et les artistes peuvent y jouer le rôle que le théoricien McLuhan leur a souvent prêté, conclut Stéphane Maguet, celui de « radars culturels » qu’il faut intégrer pleinement au débat.

Margaux Dussert - Le 14 févr. 2020
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