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une femme seule dans le train

Transports : les contrôleurs vont prédire où sont les fraudeurs

Le 3 déc. 2018

Vous voyagez sans ticket ? Attention à vous ! Les régies de transport vont utiliser des intelligences artificielles pour débusquer plus facilement les fraudeurs. 

Le 23 octobre 2018 s’est tenue la plus grande opération antifraude jamais réalisée par la SNCF. Près de 550 agents ont été mobilisés et ont contrôlé 300 000 personnes aux heures de pointe. Les médias avaient été invités pour couvrir l’évènement, mais ces derniers n’ont cependant pas révélé l’information la plus importante de la journée : l’opération s’est soldée par un fiasco. Alors que la SNCF avait tablé sur 46 000 verbalisations, les agents n’ont finalement coincé que 3 300 personnes sans ticket, d’après Alexis Degarne, responsable de lutte antifraude du Transilien, interrogé par l’AFP.

Repérer les « nuggets » du métro

Jean-Michel Peretz pense connaître les raisons de cet échec. Pour le co-fondateur de Datategy, une entreprise qui propose des solutions de lutte contre la fraude, l’opération était bien trop visible pour être efficace. « Dès qu’ils ont posé le pied sur le perron de la gare, c’était terminé, raconte-t-il. La plupart des usagers qui fraudent utilisent des groupes privés sur des messageries ou des réseaux sociaux pour se coordonner. En général, ils sont souvent mieux informés que les contrôleurs. Ils savent rapidement où sont placés les barrages filtrants et quelles stations emprunter pour les éviter. » Un petit tour sur Facebook confirme rapidement cette information. Sur le groupe « Alerte contrôleur RATP Paris Roule Avec Tes Pieds », les internautes préviennent avec plus ou moins de régularité la présence de ceux qu'ils appellent « nuggets », « vampires » ou encore « X-Men » dans les couloirs du métro. Cette action peut toutefois être passible de 2 mois de prison et de 3 750 euros d'amende.

Une intelligence artificielle pour prédire les concentrations de resquilleurs

Mais les régies de transport n’ont pas dit leur dernier mot pour gagner au jeu du chat et de la souris. Certaines d’entre-elles se dotent d’intelligences artificielles afin d’améliorer le rendement de verbalisation. C’est notamment le cas des TICE, (Transports intercommunaux Centre Essonne) qui viennent de signer un partenariat avec Datategy pour mettre en place une application pouvant prédire où et quand vont se dérouler les cas de fraudes. À terme, cette application qui s’affiche sur le smartphone des agents contrôleurs, doit leur permettre de connaître les endroits favoris des resquilleurs.

Pour cela, l’application se base bien évidemment sur les historiques de fraude de la régie ainsi que sur des algorithmes de deep learning pour affiner ses prédictions. « Les contrôleurs savent dans quelles stations ils ont le plus de chance de verbaliser les fraudeurs, explique-t-il. Mais ce qu’on leur apporte, ce sont des statistiques bien plus fiables sur le nombre de personnes qu’ils peuvent intercepter. Nous leur indiquons aussi les stations périphériques sur lesquelles les fraudeurs se rabattent pour sortir incognito. Pour cela, on se base sur de nombreux critères comme la présence d’autres moyens de transport ou de la météo par exemple. »

Une IA pour contrôler les contrôleurs ?

Au-delà de la lutte contre la fraude, l’application sert aussi à contrôler le travail du contrôleur, qui doit devenir rentable. En effet, les régies de transport privées sont tenues par les agglomérations de communes de respecter un certain taux de contrôle. Si elles ne tiennent pas leurs objectifs, cela se transforme en pénalité de plusieurs centaines de milliers d’euros.

« L’application va permettre d’optimiser les itinéraires des agents, poursuit Jean-Michel Peretz. Un contrôleur va se rendre à un endroit précis en sachant qu’il va pouvoir faire 4 ou 5 verbalisations. C'est mieux que de rester posté toute une après-midi sans rien faire. L'application permet aussi de rapporter en temps réel l’information au manager qui peut voir l’ensemble de la situation sur toute la journée ou la semaine avec les statistiques de fraudes en temps réel. » De quoi augmenter un peu plus la surveillance et la supervision des travailleurs par des IA. Pour le moment, le système ne va être déployé que sur les Transports intercommunaux Centre Essonne. Mais la RATP pourrait bien être intéressée par cette IA anti-resquilleurs. En Ile-de France, la fraude coûterait en moyenne 1 million d’euros par jour à la régie.

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