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un homme avec des trait de lumière qui sortent de son visage

Vous ne contrôlez qu'un tiers de votre identité en ligne

Le 13 févr. 2019

On imagine souvent que notre identité numérique est définie par les données que l’on poste volontairement sur les réseaux sociaux. Mais d’après la fondation Panoptykon, il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg.

Imaginons un instant que vous soyez extrêmement prudent quant à vos données personnelles. Vous avez paramétré Facebook et Instagram pour vous protéger au maximum, vous ne postez jamais de photo de votre visage et vous avez même renseigné une mauvaise date d’anniversaire pour brouiller les pistes. En bref, vous avez l’impression de contrôler votre identité numérique et d’être un ninja du web.

Vous avez tout faux. En effet, les données que vous postez en ligne ne sont que la partie visible d’un gigantesque iceberg. D’après la fondation Panoptykon (une ONG polonaise qui s’intéresse à nos données), et son graphique, notre identité en ligne est définie par trois couches de datas.

Votre identité en ligne est un oignon

La première couche d’identité, c’est celle que nous évoquions plus haut. Il s’agit de tout ce qu’on communique via les réseaux sociaux et les applications. Nos recherches, les notes et les commentaires que nous laissons, nos mots de passe, notre genre, nos contacts ou nos amis… la liste est déjà longue et impressionnante, mais ça n’est pas tout.

La seconde couche concerne notre comportement en ligne et les métadonnées que nous laissons derrière nous. Il s’agit par exemple du contenu que vous ignorez, du temps passé sur une appli, du mouvement de vos doigts ou de votre souris, de votre parcours sur le web (la manière dont vous allez d’un site à l’autre). Cette deuxième couche va aussi enregistrer les quantités de données que vous avez téléchargées, votre historique de SMS, ou tout simplement le type d’appareil que vous possédez.

En assemblant ces deux couches, les algorithmes vont alors produire un troisième niveau de données. Ce niveau, c'est un peu « ce que les machines pensent de vous ». Il regroupe des informations déduites comme votre santé, votre quotient intellectuel, votre niveau d’éducation, votre place dans la société, vos opinions politiques, votre religion, votre orientation sexuelle, vos habitudes de consommation, votre situation familiale, etc. En d’autres termes, il s’agit de votre reflet numérique qui permet de mieux cibler vos besoins d’un point de vue publicitaire.

Des données incontrôlables...

Pour la Fondation Panoptykon, ces deux couches d’identité sont totalement incontrôlables - et pour cause ! Personne n’a envie de donner ce genre d’informations de manière consciente à une entreprise privée ou à un État. Pour pallier ce manque de coopération, les algorithmes vont donc tenter de « deviner » votre double numérique en se basant sur la première et la seconde couche de l’oignon.

En fonction du résultat, les plateformes que vous utilisez vous donnent accès à des contenus différents. Aux États-Unis, ce sont les banques, les assurances ou les services de santé qui modifient leur comportement en fonction de ce reflet. En Chine, ces éléments permettent de calculer le fameux score social qui détermine votre place dans la société.

... et des erreurs parfois tragiques

Le problème avec ce système, c’est qu’il est surtout basé sur des corrélations statistiques. Cela veut dire que les machines se trompent assez souvent et produisent un double qui est rarement fidèle à la réalité. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la page de vos préférences sur Google ou Facebook. Vous risquez d’y trouver un bon nombre d’erreurs de profil. Dans ces cas-là, ce n’est pas très grave. Cependant il arrive que ce manque de précision mène à des conséquences plus dramatiques. Dans un article remontant à 2016, Wired racontait comment plusieurs personnes ont été victimes de confusion algorithmique. Ces derniers se voyaient retirer leur permis de conduire ou bien recevaient des rappels de paiements de pension alimentaire alors qu’ils n’avaient pas d’enfant. Pour Michal Kosinski, Professeur à Stanford et inspirateur de la technologie utilisée par Cambridge Analytica, « certaines informations sont faites pour rester secrètes. » Il évoque notamment la déduction vraie ou fausse d’une homosexualité dans un pays qui ne tolère pas cette orientation sexuelle.

« Si vous êtes un être atypique, il est possible que les algorithmes interprètent mal votre comportement, explique Katarzyna Szymielewicz, présidente de la fondation Panoptykon. Il peut faire des erreurs au sujet de votre travail, votre solvabilité ou vos droits à traverser une frontière par exemple. Si le système se trompe, il ne sera pas modifié pour autant. Vous n’êtes qu’une goutte de données dans un océan qui en compte des milliards.

Face au manque de contrôle, une seule solution : la transparence

Face à ce constat, cette spécialiste de la donnée recommande de reprendre le contrôle sur notre double numérique. Elle préconise d’être plus transparent, mais aussi de convaincre ceux qui s’occupent de faire nos profiling de changer d’attitude. « Tant que nous traitons les courtiers en données et les spécialistes du marketing comme des ennemis et qu’ils nous traitent comme une ressource d'exploitation, il n’y aura pas de place pour une conversation constructive ». En France c'est plutôt mal parti. En effet d'après une étude « RSA Data Privacy & Security Survey », seulement 45 % des Français pensent qu’une utilisation éthique de leurs données par l’entreprise est possible. 

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