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homme qui espionne ses voisins
© RapidEye via Getty Images

Nextdoor, le réseau anti-Facebook où l'on se surveille entre voisins

Le 25 sept. 2019

La plateforme des voisins construit son image autour de la confiance pour échapper à la mauvaise réputation des réseaux sociaux. Mais son modèle est-il si différent ?  

Exploitations des données personnelles, fake news, cyberharcèlement, bulle de filtres… La toxicité des réseaux sociaux est régulièrement pointée du doigt et les utilisateurs s’en méfient de plus en plus (sans pour autant arrêter de les utiliser). Les nouveaux acteurs qui proposent des alternatives tentent donc de se démarquer en jouant la carte de la confiance. C’est ce que fait Nextdoor, le « local network » sur lequel les voisins d’un même quartier peuvent discuter, s’échanger des conseils et petits services…

« Le but n’est pas d’avoir des milliards d’utilisateurs rapidement »

Le réseau n’est pas si nouveau : il a été lancé en 2011 aux États-Unis, mais a fait ses premiers pas dans quelques pays européens dont la France il y a un an et demi. Environ 10 000 quartiers y sont connectés dans l’Hexagone. L’entreprise compte près de 250 000 quartiers dans le monde, soit quelques millions d’utilisateurs (elle ne communique pas le chiffre précis) dans 11 pays. Assez loin des 2,41 milliards d’utilisateurs actifs de Facebook par mois.  

 « Notre but est de construire le réseau quartier par quartier, brique par brique, pour que les communautés tiennent sur la durée, se justifie Prakash Janakiraman, co-fondateur de Nextdoor. L’objectif n’est pas d’avoir des milliards d’utilisateurs très rapidement. »

Être un antidote contre l’isolement

Comme Facebook, Nextdoor se targue de « connecter les gens ». « Mais contrairement aux autres réseaux sociaux notre architecture est basée sur la confiance, c’est notre principale valeur », avance Prakash Janakiraman. Nextdoor s’assure par exemple qu’une personne réelle est bien derrière chaque compte pour éviter bots et autres trolls anonymes. L’utilisateur doit donc fournir lors de son inscription un justificatif d’adresse : une facture ou un code envoyé par courrier.

Autre différence revendiquée par le co-fondateur : « sur Facebook, la plupart des gens échangent avec des contacts qu’ils connaissent déjà. Notre but est au contraire de créer de nouvelles connexions entre des personnes d’un même quartier. Nous pensons que le déclin des communautés locales a un mauvais impact sur la société. Les gens sont de plus en plus isolés. Nous voulons être un antidote contre cela. »

Une alerte pour inciter à être gentil

Là où les réseaux sociaux habituels nous maintiennent sur nos téléphones dans une petite bulle confortable, Nextdoor assure vouloir détacher les gens de leurs appareils. « Ils peuvent commencer la conversation sur leur smartphone, mais la finissent dans un café ou chez quelqu’un pour rendre un service », explique Prakash Janakiraman. Difficile de prouver cette ambition car l’entreprise ne sait pas précisément à quelle fréquence les interactions dans la vie réelle arrivent grâce à sa plateforme.

Dernier outil en date déployé par Nextdoor pour établir un climat de confiance et éviter la toxicité habituelle des réseaux : le « Kindness Reminder », lancé le 18 septembre 2019. Il s’agit d’une petite alerte qui signale à l’utilisateur que le message qu’il s’apprête à publier n’est pas très sympathique et lui suggère de le modifier. L’alerte est envoyé lorsque la publication ressemble aux messages déjà signalés sur Nextdoor. « 25 % des utilisateurs qui reçoivent l’alerte modifient leur message avant de le publier, donc ça marche ! », se félicite Prakash Janakiraman.

De la haine et de la pub : pas si différent des plateformes classiques

Nextdoor n’est pas pour autant le monde des Bisounours. Le réseau social est aussi connu pour les dérapages de ses utilisateurs que le compte Twitter Best of Nextdoor (plus suivi que le compte officiel de Nextdoor) répertorie. On y lit par exemple un sondage pour exclure une dénommée Cathy d’un quartier, des posts misogynes, règlements de comptes et insultes en tout genre. Aux États-Unis, le site est notamment populaire pour sa rubrique sécurité sur laquelle les voisins signalent les individus aux comportements suspects... Ambiance surveillance et délation bonjour. 

Et le modèle d’affaires du réseau social n’est finalement pas si éloigné des réseaux sociaux habituels. Il est basé sur la publicité. « Il y a deux piliers à notre business model : une plateforme publicitaire où les grandes entreprises promeuvent leurs produits à une communauté particulière, et les publications de business locaux. Un restaurant peut par exemple proposer une offre promotionnelle via la plateforme : un verre de vin gratuit tous les mardis soir s’il constate que la fréquentation est basse ce jour de la semaine », détaille le dirigeant. Les publicités sont personnalisées comme sur les autres réseaux, mais Nextdoor assure être le seul à accéder aux données de ses utilisateurs. Il ne les vend pas à des entreprises tierces contrairement à Facebook et consorts.

La recette semble fonctionner. Nextdoor fait partie du club select des licornes avec une valorisation à 2,4 milliards de dollars.  

POUR ALLER PLUS LOIN : 

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