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Une foule de gens en train de traverser à un passage piéton
© Orbon Alija via Getty Images

Oui, les data peuvent changer la donne… mais il faut savoir qui les coordonne

Le 7 mai 2019

Sur le papier, les data nous ont promis monts et merveilles. Dans les faits… On n’en a pas toujours vu l’utilité. IPSOS remet du concret dans la donnée, en 3 tendances.

On a adoré la critiquer – mais c’est surtout parce que, pour beaucoup, elle restait un grand mystère. La donnée, graal ultime des entreprises, a beaucoup fait parler. Elle revient sur le devant de la scène en étant grandie, changée : ça y est, la donnée s’est humanisée. Et c’est tant mieux, si l’on en croit les équipes d’IPSOS. Lors de la conférence « Humanized Data », qui s’est tenue le 16 avril 2019, l’institut d’études est revenu sur les nouveaux champs d’application à considérer.

La data doit servir de baromètre sociétal

Dans un contexte marqué par une profonde remise en question des paradigmes actuels, la maîtrise de la donnée est devenue indispensable à une meilleure compréhension et une meilleure anticipation de phénomènes sociétaux parfois douloureux. Les exemples sont nombreux : du Brexit (qui s’est articulé autour de mouvements d’opinion on et offline) au mécontentement des Gilets jaunes (qui a surtout enflé sur les réseaux sociaux), les signaux de la colère sont souvent multiples avant les débordements.

Pour Brice Teinturier, Directeur Général Délégué d’IPSOS, il aurait d’ailleurs été tout à fait possible de prédire les tensions actuelles en confrontant les données avant que les manifestations ne commencent. La hausse des inégalités, la radicalisation de la violence, le sentiment de régression sociale… Tout a été exprimé et commenté avant les premiers éclats. Selon lui, l’analyse des données permet à la fois une compréhension des dynamiques sociétales et une compréhension plus fine des individus.  

Les dérives sont multiples, et la frontière est mince entre la prédiction et l’influence. C’est un terrain glissant, pour les réseaux sociaux notamment. Facebook, accusé d’ingérence lors des élections présidentielles américaines de 2016, a bien appris la leçon. La plateforme a mis en place une cellule de vérification des data en temps réel, où ingénieurs, chercheurs ou encore data-scientists veilleront au bon déroulé du scrutin lors des élections européennes. La tâche n’est plus confiée à des algorithmes, mais à des humains.

La data au service de la santé 

Dans un autre registre, la santé est un secteur qui pourrait aussi bénéficier de l’humanisation de la donnée. Proposer des thérapies adaptées et une meilleure prise en charge des patients : a priori, c’est positif. Pourtant, l’usage des données de santé dans le cadre des parcours de soins reste relativement limité. Un frein notamment lié à la sécurisation et à la confidentialité des données.

Pour Racha Abu El Ata, directrice santé chez Microsoft, il faut que ça change. « La technologie et l’intelligence numérique ont eu un rôle capital dans les progrès de la santé. Elles permettent par exemple une meilleure détection des cancers du poumon et du foie sans avoir à pratiquer de biopsie », rappelle-t-elle. Convaincue, elle prédit que l’intelligence artificielle permettra d’aboutir à une santé beaucoup plus personnalisée.

Elle imagine qu’à l’avenir, nous pourrions déceler des maladies avant même qu’elles ne se déclarent grâce à l’analyse des comportements humains. « L’exploitation des données de santé est le pilier de l’évolution de la médecine vers les 4P : participative, personnalisée, préventive, et demain prédictive ».

La data au service de l’information

Délivrer une info fiable – ça paraît être la base, et pourtant… La réputation des médias est mise à mal depuis quelques temps. Les coupables sont nombreux : théories du complot, fake news… Et dans ce climat de défiance croissant, les data peuvent s’avérer de précieuses alliées.

Les plus gros scandales financiers de notre époque (LuxLeaks, Paradise Papers) ont d’ailleurs été révélés grâce à l’exploitation de fuites de données par des journalistes, développeurs et experts en machine learning. Le tout a été coordonné via l’ICIJ (Consortium International des Journalistes d'Investigation). Cette organisation journalistique a privilégié l’usage de la blockchain pour tirer profit des données sans mettre les sources en danger, tout en assurant aux lecteurs une fiabilité de l’information.

Pierre Romera, Chief Technology Officer de la structure, explique l’importance d’avoir de bons outils pour traiter les données. « L’enquête sur les Paradise Papers a commencé en 2016, lorsqu’un journal allemand est venu nous voir à la suite d’une fuite massive de données - 13,6 millions de documents au total. À l’époque, leurs équipes n’avaient pas les outils pour exploiter ces informations. Nous avons donc mobilisé un réseau de 95 médias et plus de 390 journalistes, puis établi un plan d’action afin d’utiliser ces données et coordonner l’enquête pendant plus d’un an. »

Une infrastructure pour les data 

Ces différents exemples montrent que la déferlante de données ne suffit pas à obtenir des enseignements. Il faut impérativement pouvoir les analyser, les décrypter, et ce de manière fiable. Ceci pose la question de la gouvernance des données. Pour Primavera de Filippi, chercheuse au CNRS et au Berkman-Klein Center à l’université de Harvard, il faut s’interroger avant de foncer tête baissée. « Quelle est la fonction des données ? Et qui les contrôle ? »

Pour y répondre, il est d’abord nécessaire d’attribuer une définition plus juste à la donnée et de réfléchir à la typologie d’infrastructures à développer. L’objectif : permettre une bonne utilisation et une bonne circulation des données.

OK, mais par où commencer ?

De telles infrastructures doivent :

  • Favoriser l’accès aux données de façon à maximiser le bien public et le droit des individus à contrôler la collecte et l’utilisation de leurs données (notamment celles qui relèvent du domaine personnel)
  • Proposer une architecture décentralisée afin d’éviter tout risque d’attaque ou de surveillance par un opérateur
  • Garantir une forme de rémunération pour ceux qui fournissent les données

 

Il y a du boulot. La donnée humanisée demande qu’on s’investisse. Tous ! Mais en s’y prenant correctement, les promesses sont au rendez-vous. Plus de contrôle, plus de compréhension et plus d’éthique… de quoi satisfaire les utilisateurs et les entreprises.

POUR ALLER PLUS LOIN

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> L'innovation peut-elle être humaine ?

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