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Personnages d'Animal Crossing regroupés sur une plage
© Nintendo

Plutôt trader ou communiste ? Sur Animal Crossing, il faut choisir son camp

Le 11 juin 2020

Le jeu Animal Crossing est pour certains devenu une sorte de Wall Street virtuel à base de navets et d’animaux. D’autres s’opposent à cette façon marchande de jouer et revendiquent un monde basé sur le partage et le don.

Pendant le confinement, le jeu Animal Crossing New Horizons a permis à des millions de joueurs de vivre une vie insulaire paisible, faite de pêche, de chasse au papillon et de travaux manuels. Paisible ? Pas tant que ça. Pour certains, Animal Crossing est devenu une sorte de nouveau Wall Street, analyse le Washington Post, qui consacre une longue analyse aux ressorts économiques du jeu. Le site Refinery29 va jusqu’à comparer le titre de Nintendo à une dystopie capitaliste.

On y spécule sur le prix des navets, on vend des habitants – les animaux anthropomorphiques qui peuplent les îles des joueurs – à prix d’or, on fait payer des droits d’entrée sur son île aux autres. Bref pour une partie de la communauté, le but du jeu se résume à faire du business et accumuler un max de clochettes (la monnaie d’Animal Crossing). Et vite s'il vous plaît. Jusqu’à créer de l’inflation, constate Le Washington Post.

Clonage et prévision du cours du navet

Pourtant cette façon de jouer va plutôt à l’encontre de l’expérience vendue par Nintendo. Animal Crossing New Horizons a été designé pour que les utilisateurs progressent lentement. Le temps du jeu est celui de la vie réelle. Les ressources, comme le bois ou l’argile, ne sont pas inépuisables : un certain stock quotidien est disponible sur l’île du joueur. Le magasin ne vend qu’un nombre réduit d’articles, qui sont renouvelés chaque jour. Il faut parfois être patient pour obtenir l’objet convoité.

Mais beaucoup de joueurs contournent ces règles en changeant par exemple le fuseau horaire de leur console pour voyager dans le temps ou en visitant un maximum d’îles d’autres joueurs pour accéder à d’autres boutiques et d’autres ressources, en exploitant des bugs du jeu pour dupliquer des éléments et les revendre, en utilisant des outils en ligne pour connaître à l’avance le cours du navet.

Nookazon, l'Amazon officieux des crosseurs

Sur les groupes Facebook et autres forums consacrés au jeu, on trouve des annonces de « crosseurs » (fans du jeu) qui vendent vêtements, plans de bricolage, habitants, meubles en échange de quelques clochettes… Mieux : la place de marché non officielle Nookazon, où l’on peut acheter et vendre toutes sortes d’éléments du jeu. Un système d’enchères y est également proposé.

Cette façon marchande de jouer à Animal Crossing agace une autre partie des aficionados du jeu. Ceux-ci se rassemblent sur le groupe Reddit NoFeeAC (Animal Crossing sans frais). Les quelque 40 000 membres s’échangent gratuitement des matériaux et autres objets, viennent arroser les plantes des uns des autres ou organisent des rencontres pour attraper des pétales de cerisiers en groupe...

Il existe également des services gratuits comme WeedCo Removal Services, où des joueurs proposent d’arracher les mauvaises herbes des autres gamers sans aucune contrepartie.

La journaliste Amelia Tait du Guardian, qui s’est intéressée à cette façon plus philanthrope de jouer, raconte que son expérience d’Animal Crossing est bien plus communiste que capitaliste.

Des joueurs contestataires

Certains joueurs n’hésitent pas à mener des actions choc (eh oui !) pour revendiquer un modèle de jeu plus bienveillant. Le twittos PokéNinja raconte à Polygon qu’il est parvenu à cloner Raymond, un chat blond un peu dandy (très convoité par les joueurs) et en a donné des exemplaires à une trentaine de personnes. Un moyen de protester contre les places de marché type Nookazon.

L'histoire ne dit pas si les heureux bénéficiaires n’essaient pas de revendre le précieux Raymond pour quelques millions de clochettes…

Marine Protais - Le 11 juin 2020
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