Rapport de Pierre Person cryptoactifs

Cryptomonnaie : le « rapport personnel » du député Pierre Person suscite la polémique

Le député LREM Pierre Person publie un rapport dans lequel il décline ses 22 propositions pour que la France et l’Europe ne loupent pas le train des cryptoactifs. Un rapport trop partisan pour certains, qui pointent les liens étroits entre le député et le lobby du secteur. D'autant que, malgré le logo visible de l’Assemblée nationale, il n'a jamais été débattu au Parlement.

La lutte d’influence se poursuit autour de la question des cryptoactifs. Alors que le Parlement européen a récemment été le théâtre d’une intense bataille de lobbying autour de la régulation des cryptomonnaies, la publication d’un rapport personnel par le député LREM Pierre Person relance le débat. Intitulé « Monnaies, banques et finance : vers une nouvelle ère crypto. Un enjeu de souveraineté et de compétitivité économique, financière et monétaire », le rapport Person insiste sur l’idée que la France et l’Europe ne doivent pas louper le train des cryptos, sous peine de se voir déclassées dans la guerre monétaire en cours.

Les cryptomonnaies, leviers d'une guerre d'influence monétaire

« La nouvelle ère financière qui s’ouvre transformera irrémédiablement notre ordre monétaire et économique mondial. » Pour le député Pierre Person, les cryptomonnaies sont aujourd’hui incontournables. La vague déferlera, que les institutions financières ou les gouvernements le souhaitent ou non. La France et l’Europe doivent donc s’emparer de ces outils au plus vite et les modeler à l’image de leurs valeurs. Il plaide ainsi pour un euro numérique fort, qui puisse rivaliser avec les projets de monnaies numériques américains (stablecoins privés) et chinois (monnaie numérique de Banque centrale contrôlée par le gouvernement).

Fin du monopole des États sur la monnaie, monnaies numériques privées lancées par des entreprises, monnaies numériques de Banques centrales… Face à la prolifération des initiatives, Pierre Person défend l’idée d’un euro numérique, tout en restant assez flou sur les conditions de sa création et de sa mise en œuvre. Il insiste toutefois sur le fait que cet euro numérique ne doit pas être l’instrument exclusif de la BCE, sous peine de recréer ce que les défenseurs des cryptoactifs entendent combattre : le monopole d’une institution sur la création monétaire.

Pour lui, la création de cet outil numérique est un enjeu de souveraineté dans un contexte façonné par les tensions géopolitiques et les luttes d’influence entre puissances mondiales.

Un rapport personnel… et des polémiques

La publication de ce rapport suscite toutefois la polémique. Dès la couverture, la présence (en très gros) du logo de l’Assemblée nationale laisse entendre qu’il s’agit d’un texte officiel, débattu en commission et produit à l’issue d’une discussion contradictoire. Or ce n’est pas le cas, puisqu’il s’agit d’un rapport personnel et non pas d'un rapport parlementaire. Un flou que dénonce l’économiste crypto-critique Nicolas Dufrêne, lui-même administrateur à l’Assemblée nationale.

La journaliste Elisa Braün du site Politico Europe pointe également un possible conflit d’intérêt. En effet, Pierre Person a accompagné le projet de stablecoin d’une startup du secteur au cours de son mandat. Par ailleurs, il affiche sa proximité avec les figures du secteur, depuis Mélodie Ambroise, l’une des fondatrices de l’association des professionnels du secteur (l’ADAN) jusqu’aux entrepreneurs-phares de l’écosystème. La liste des remerciements ne mentionne pas de personnalités ouvertement critiques de l’écosystème des cryptos. Les liens étroits du député avec ces représentants d’intérêts peuvent laisser penser que ce rapport serait trop en faveur du secteur des cryptomonnaies.

Comme le résume la journaliste Elisa Braün, la question n’est pas d’être « pro ou anti-crypto », mais bien de savoir si un député en exercice peut contribuer à promouvoir un secteur qu’il a lui-même régulé, et s’il peut adopter des positions business favorables à un secteur au cours de son mandat.

Plus qu’un débat technique, les cryptoactifs font l’objet d’un débat de nature idéologique. Dans ce contexte, chaque camp met en scène ses arguments dans une lutte d'influence somme toute très politique.

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