Macines à laver et sac de dollars

Cryptomonnaies : la plateforme Binance a servi à « laver » 2,35 milliards de dollars issus de la fraude

© Ekaterina Belinskaya et freepng

Binance, grande lessiveuse à argent sale ? C’est ce que révèle une enquête du média Reuters.

Trafic de drogue, vol de cryptomonnaies, fraudes diverses… Fini les valises de billets et les montages financiers complexes. Aujourd’hui, l’argent issu des activités illégales s’échange contre des devises numériques et transite par les grands intermédiaires que sont les plateformes d’échange. Leader mondial du secteur avec 120 millions d’utilisateurs, Binance a fait l’objet d’une enquête fouillée du média Reuters qui révèle que cette place de marché a servi à « lessiver » une part importante de l’argent issu de trafics divers et de vols de cryptomonnaies. En cinq ans, ce sont au moins 2,35 milliards de dollars (2 milliards d'euros) d'argent sale qui ont transité par la plateforme. Le groupe de hackers nord-coréen Lazarus, connu pour ses braquages 3.0, s’en est ainsi servi pour échanger des devises volées contre de l’argent propre.

2,35 milliards, une paille ?

Le sujet des liens entre l’écosystème crypto et le blanchiment d’argent fait l’objet d’une intense controverse. Le secteur se plait à minimiser le poids des transactions frauduleuses et du blanchiment au regard des volumes quotidiens de transactions. De fait, l’anonymat de certaines transactions rend difficile le traçage des fonds et l’estimation exacte du volume d’argent blanchi. Chainalysis estime qu’en 2021, 8,6 milliards de dollars ont été blanchis en cryptomonnaies. Cette somme représente une augmentation de plus de 30 % par rapport à 2020. À titre de comparaison, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime annonce près de 2 000 milliards de dollars de monnaies fiduciaires blanchies par an, soit plus de 300 fois le chiffre annuel du blanchiment d’argent lié à l’écosystème crypto.

Binance, une plateforme qui ferme les yeux sur le blanchiment

Du côté de Binance, on conteste l’exactitude des estimations de Reuters et on s’abrite derrière la politique de cybersécurité, « l’une des plus avancées au monde » . Des affirmations déjà contredites dans une précédente enquête du média Reuters, qui soulignait la faiblesse des mesures allouées à la lutte contre le blanchiment d’argent. En cause, l’emblématique patron de la plateforme, Changpeng Zhao, dit CZ. Celui-ci aurait sciemment ignoré les avertissements de certains de ses cadres dirigeants et exigé que l’entreprise se concentre sur son développement. CZ aurait également volontairement jeté un voile d’opacité sur les comptes et l’organisation de sa structure, allant jusqu’à dissimuler des informations aux régulateurs. Des informations que l’intéressé nie farouchement. Comme il est de coutume dans les luttes d’influence, la bataille se joue argument contre argument.

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