Armstrong

Après s'être enrichis, les patrons de la crypto licencient

Les secousses sur le marché des cryptomonnaies poussent les entreprises du secteur à licencier. Au-delà de la conjoncture, c'est le modèle de développement de ces entreprises qui est en question.

« J’ai conscience que la suspension de vos adresses mail peut être perçue comme brutale (…) ». Dans un message posté sur le site de l’entreprise, Brian Armstrong, le CEO de Coinbase, s’adresse à ses employés. Le patron de la plus grosse plateforme d’échanges et de trading de cryptomonnaies américaine vient d’annoncer qu’il se sépare de 18 % de ses effectifs. Les 1 100 personnes concernées ont vu leurs boîtes mail professionnelles gelées dans la nuit, elles découvrent donc le message sur leurs boîtes personnelles.

Brian Armstrong parle de « décision difficile » et se justifie. Le marché des cryptomonnaies est en pleine Bérézina : Bitcoin vient de passer en dessous de la barre symbolique des 20 000 dollars (à son plus haut, en novembre 2021, 1 BTC valait 69 000 dollars). Certaines cryptomonnaies présentées comme stables ont disparu des radars, à l’image de Terra (Luna). Et c’est maintenant au tour des intermédiaires d’encaisser le choc. La plateforme Celsius, fondée par des entrepreneurs israéliens à partir de fonds aux origines douteuses (ainsi que le révèle une enquête du quotidien Times of Israël), vient de brutalement geler les avoirs de ses parties prenantes.

Les failles du modèle d’hyper-croissance

Plus qu’un retournement de marché, il s’agit d’un grand nettoyage, en partie accéléré par la décision de la Fed (la Banque centrale américaine) de relever ses taux directeurs. L’argent disponible étant plus cher, les investisseurs préfèrent se tourner vers des valeurs solides. Ils délaissent donc les actifs technologiques et les cryptomonnaies, des investissements plus risqués. Le dirigeant Brian Armstrong s’abrite derrière la conjoncture. C’est le contexte de « crypto winter » (en pleine canicule) qui le pousse à sabrer les effectifs au nom de la réduction des coûts. Mais Brian Armstrong l’admet de lui-même, c’est aussi le modèle de croissance de l’entreprise qui est en question. « We grew too quickly » (nous nous sommes développés trop vite), explique le dirigeant. Pour faire face au boom qui caractérisait jusque-là le marché des cryptos, l’entreprise a recruté à tour de bras. Aujourd’hui, le dirigeant se montre beaucoup plus prudent quant à l’attractivité du secteur. Il avoue même avoir conscience que « retrouver du travail dans ce contexte pourrait prendre du temps ». Grand seigneur, Brian Armstrong propose à ses employés 4 mois de couverture santé offerte, avec la possibilité d’accéder à un soutien psychologique.

Après l’hypercroissance, l’hyperdéclin ? À l’image d’autres entreprises de la tech (la société de vélo de fitness Peloton, la startup de mode algorithmique Stitch Fix ou bien le loueur de véhicules 2.0 Carvana), Coinbase marche désormais sur des œufs. Les coûts auxquels sont confrontées ces entreprises explosent, leurs revenus stagnent et les économies d’échelle se font attendre. Pour certains analystes, ce type de vices de forme les condamne à plus ou moins long terme.

Vendre ses actions, empocher les dollars et... licencier

Si les licenciements chez Coinbase font grincer des dents, c’est aussi parce qu’ils interviennent après que les dirigeants de l’entreprise se soient largement rémunérés en vendant leurs actions en mai. Brian Armstrong et Fred Ehrsam, les deux dirigeants, mais aussi Emilie Choi et Surrojit Chatterjee, deux hauts cadres ont empoché 1,2 milliard de dollars (1,1 milliard d'euros) à eux quatre. Juste avant que le cours de l’action de l’entreprise ne se mette à plonger. Les licenciements interviennent après une période houleuse au sein de l’entreprise. Certains employés caressaient même l’idée de « virer les dirigeants », inquiets des perspectives économiques de court terme. Ils s’estimaient alors trompés car, pour eux, les dirigeants ont longtemps entretenu l’image d’une entreprise en bonne santé financière. Des accusations balayées d’un revers de main par le CEO Brian Armstrong. Quelques jours plus tard, celui-ci annonçait sa décision de se séparer de 18 % de sa masse salariale.

Depuis, quelques anciens salariés remontés ont pris la parole. Malgré la colère, l’un d’eux s’estime soulagé : « Les cryptomonnaies sont une vaste arnaque. Je suis heureux de laisser ce casino de pyramides de Ponzi derrière moi. » Le compte Twitter qu'il utilisait sous le nom de Can Colakoglu a depuis été supprimé.

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