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Aurore Lalucq : « Parler de cryptomonnaies revient à s’exposer à un bashing systématique sur les réseaux sociaux »

Sur Twitter, une armée de cryptotrolls n’hésite pas à s’en prendre aux personnes qui défendent les projets de régulation du secteur. L’économiste et eurodéputée Aurore Lalucq en fait régulièrement les frais.

Injures, intimidations, harcèlement en ligne et effets de meutes semblent être des comportements communs dans la communauté des cryptomonnaies. Prompte à se sentir agressée à la moindre évocation de projets de régulation du secteur, celle-ci joue d'une image anti-système et flirte parfois avec le cyberharcèlement. Les récents affrontements entre des crypto bros et l’eurodéputée Aurore Lalucq en fournissent une illustration.

©Marie Rouge

Votre posture de défense de la régulation du secteur des cryptomonnaies vous vaut d’être l’objet de commentaires haineux et disqualifiants. Depuis quand et à quel propos ?  

AURORE LALUCQ : En tant qu’élue au Parlement européen, je commente fréquemment l’actualité et les débats autour des questions économiques et financières. Un jour j’ai retweeté un journaliste qui partageait des chiffres sur l’évolution du marché des cryptos, assorti d’un commentaire disant : « À un moment il faudra réguler ». J’ai immédiatement essuyé une véritable shitstorm, plusieurs raids très violents sur Twitter et des tentatives d’intimidation.

Ce climat de tension fait-il partie de votre quotidien ou est-ce plus sensible au sujet des cryptomonnaies ?  

J’ai le sentiment que parler des cryptomonnaies revient à s’exposer à un bashing systématique. Aujourd’hui je ne fais plus de pédagogie sur ces sujets par volonté de m’extraire de cette pression systématique. Elle émane en grande partie de crypto-trolls, mais aussi de certains acteurs de l’industrie qui semblent parfois s’amuser à souffler sur les braises. Les représentants de l’industrie sont certes courtois mais ils ne condamnent pas clairement les agissements de la meute. Je commencerai à débattre avec eux lorsque l’on s’adressera à moi correctement et que l’on cessera d’être complaisant vis-à-vis des raids en ligne. En tant qu’élue, je condamne cet état de fait, je n’aspire pas à me faire agresser à chaque fois que j’aborde ce sujet.

Ces commentaires sont-ils sexistes ?  

Ces débats sont d’une grande violence, même pour les hommes. Toutefois, en observant la nature des commentaires que je reçois, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a une part de sexisme. Je reçois beaucoup de commentaires qui soulignent ma supposée incompétence. Vous comprenez, une femme qui parle de sujets pareils est forcément idiote. Cette rhétorique fait écho au caractère misogyne de notre société qui a tendance à suggérer que les femmes méritent leurs châtiments. Je note un recours fréquent à l’inversion de la charge de la preuve, sur le mode du « c’est vous l’agresseur ». Afficher sa volonté de réguler les cryptomonnaies est-il un crime de lèse-majesté ? Mais enfin, je fais simplement mon travail. C’est mon rôle d’élue et de législatrice que de travailler à encadrer ces sujets. 

Comment comprenez-vous la réaction épidermique d’une partie de la communauté crypto face à la perspective d’un encadrement du secteur ?

D’après moi, le secteur des cryptomonnaies est à la croisée des chemins. Il devra choisir entre la loyauté à une image anti-système, qui n’est plus d’actualité aujourd’hui au vu des volumes financiers que ce marché représente, et une démarche visant à rentrer dans le rang. Après tout, la régulation fait partie du cycle normal de l’activité économique. C’est même peut-être la règlementation qui permettra au marché de survivre en le purgeant de tous les phénomènes délétères. Il me semble que ces injures et ces tentatives d’intimidation indiquent que l’on vise juste dans nos tentatives de réguler. De toute façon, la législation va passer, que l’on parle de MiCA au niveau européen ou bien des paquets législatifs qui se préparent aux États-Unis. La tendance est au ras-le-bol de la part des régulateurs et des superviseurs

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Bonjour
    Je pense Madame que le sujet intéresse les acteurs financiers.
    Laissez donc les particuliers investir si ça les amuse.
    Intéressez vous a la société générale, BNP Paribas, et autres banques qui engloutissent comme des baleines du bitcoin. Ils convertissent l épargne des français en cryptomonnaies. Puis ils nous vendent ces cryptomonnaies sous forme d actifs dans des contrats d assurance vie ou loi pacte. C est cela qu'il faut révéler et régler. Si ce que je dis est faux , est bien tant mieux, je suis content de m'être trompé mais vous aurez été prévenu.

  2. Anonyme dit :

    Quand on a rien à se reprocher, on n'a pas peur du KYC ! Si vous vous planquez, c'est que vous n'êtes pas clair, hein les détenteurs de Monero ?
    Soutien à Aurore Lalucq, qui a le courage d'affronter "la meute".

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